« Abba ! Père ! », Une théologie biblique de l’adoption

Cet article reprend essentiellement le texte de la conférence apportée lors de la séance d’ouverture de l’Institut du 27 septembre 2015. Le style oral a été largement conservé.

Introduction : un défi pastoral

La pertinence du thème de l’adoption n’est pas difficile à démontrer. En l’abordant dans une perspective biblique1, nous pourrons garder à l’esprit deux tendances qui s’observent en Occident et dans la géopolitique du Moyen Orient et de l’Europe. La première, ce sont les bouleversements qui ont lieu dans le domaine de la famille : nous constatons, souvent avec peine, que, pour toutes sortes de raisons, un nombre croissant d’enfants naissent en dehors d’une union stable, grandissent sans connaître la présence continue, à la maison, d’un père et d’une mère, ne connaissent pas les points de repère familiaux qui auraient pu être tenus pour acquis en Occident il y a cinquante ans. La seconde tendance, c’est la crise des réfugiés qui défraye la chronique depuis plusieurs semaines et qui est le sujet d’une profonde préoccupation pour nos responsables politiques partout en Europe. Ces tendances concourent à rendre l’oeuvre pastorale au sein de nos Églises plus difficile : de plus en plus de nouveau-nés en Christ risqueront de provenir d’un arrière-plan instable au plan familial ; des familles-modèle (bibliquement parlant) au sein de nos communautés chrétiennes risqueront de devenir de moins en moins nombreuses ; le défi pour l’enseignant de la parole risquera de devenir de plus en plus considérable quant à rendre intelligibles des concepts bibliques en lien avec la famille.

Cela dit, quel privilège pour le nouveau converti, qui est maintenant en Christ, que de découvrir qu’il a été adopté par le Saint-Esprit et qu’il crie dorénavant « Abba ! Père ! » Cette conférence a pour but d’explorer ce privilège qui découle de l’Évangile – de le creuser dans l’optique de la théologie biblique, autrement dit, à la lumière du dévoilement de cette thématique au travers de l’histoire du salut, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse.

1 ALLIANCES ADAMIQUE ET SINAÏTIQUE : DES TYPES ET UN PROBLÈME APPELANT UNE SOLUTION

Mais là, nous sommes tout de suite face à un problème. Cette idée nous est familière : le croyant en Jésus-Christ est adopté et se trouve dorénavant dans la famille de Dieu. Le Nouveau Testament – et, en particulier, les épîtres de Paul – en parle. Mais si nous voulons commencer par l’Ancien Testament, quelles sont les informations qui pourraient nous intéresser ? Des stipulations concernant l’adoption au sein de la loi de Moïse ? Je ne pense pas qu’il y en ait. Des occurrences du terme « adoption » ou « adopter » dans l’Ancien Testament ? Je ne pense pas qu’il y en ait. Des exemples du concept de l’adoption – des cas particuliers – qui se trouvent dans l’Ancien Testament ? Certains spécialistes pensent qu’il y en a2 : on cite parfois Eliézer, Moïse, Ephraïm et Manassé, Esther3. Mais même pour ce qui est de ces cas potentiels, force est de constater que des preuves claires manquent quant à une pratique socio-légale reconnue en Israël en matière d’adoption.

Israël : libération, service, héritage… et des menaces de malédiction

Mais une donnée précieuse du Nouveau Testament nous met sur la bonne piste. Nous lisons dans Romains 9,4 que l’adoption est l’un des privilèges appartenant à Israël. Nous nous voyons donc contraints de nous demander si l’Ancien Testament ne met pas ce privilège en évidence… et les textes qui parlent d’Israël comme étant le fils de Dieu viennent alors immédiatement à l’esprit. Exode 4 : Moïse doit préciser auprès du pharaon que « Israël est [le] fils de Dieu, [son] premierné » et doit, par conséquent, être libéré de l’esclavage en Egypte, alors que le fils, le premier-né du pharaon, sera tué si le pharaon ne laisse pas partir le peuple d’Israël (v. 22-23). Israël, en tant que nation, est le fils de Dieu ; et le fait de passer par l’exode hors d’Egypte reflète le rôle d’Israël en tant que partenaire et bénéficiaire de l’alliance abrahamique (Gn 15,13-16) – et cela par pure grâce. Osée 11 : « Quand Israël était jeune, je l’aimais : d’Egypte j’ai appelé mon fils »4. Le privilège que le peuple d’Israël connaît du fait d’avoir Dieu pour Père se manifeste dans cette libération, cette délivrance, ce salut face à l’esclavage en Egypte.

Cette libération, qui voit le peuple quitter l’Egypte, a pour but l’adoration de Dieu, et cela notamment dans la terre promise que le peuple recevra en héritage5. La vie des Israélites est régie par l’alliance du Sinaï – par la loi de Moïse. Exode 4 à nouveau : « Laisse partir mon fils, pour qu’il me serve »6. Exode 19 : ce peuple a été libéré en vue d’être le « bien propre » de Dieu qui respecte les clauses de l’alliance sinaïtique (dont les « dix paroles »), des commandements qui doivent être mis en pratique sous peine de malédiction et de destruction (Dt 28) – sous peine d’expulsion de sa terre bénie, sous peine de connaître même le renversement de l’exode hors d’Egypte : « Le SEIGNEUR te ramènera en Egypte sur des bateaux, et tu feras ce chemin dont je t’avais dit,  » Tu ne le reverras plus !  » Là, vous vous vendrez à tes ennemis, comme esclaves et comme servantes… » (Dt 28,68). En l’absence de l’obéissance, le peuple sera condamné à revivre l’esclavage égyptien, et, cette fois-ci, comme le précise la fin du verset, « il n’y aura personne pour [l’]acheter ». Plus loin dans la révélation biblique, chez les prophètes et dans les Écrits, la déportation hors de la terre promise – l’exil – sera présentée comme étant la « mort » de la nation7.

Parallèles entre Israël et Adam

Les parallèles entre l’alliance du Sinaï et l’alliance conclue avec Adam dans le Jardin d’Eden sont suffisamment nombreux et frappants pour qu’on se demande si Adam lui-même n’est pas présenté, lui aussi, comme étant un « fils de Dieu ». C’est en effet le cas, explicitement dans Luc 3,38, mais implicitement aussi dans la Genèse. Dans Genèse 5, ces réalités sont juxtaposées8 : Adam créé par Dieu en image de Dieu, et Seth engendré par Adam en image d’Adam. Seth étant le fils d’Adam, Adam n’est-il pas le fils de Dieu ? Certainement pas à tous égards dans le même sens, mais quand même… Créé en image de Dieu, Adam, fils de Dieu, est mandaté pour régner sur la création9.

Or, de même qu’Israël, fils de Dieu, est privilégié, de même Adam, fils de Dieu, est privilégié – dans sa relation avec Dieu qui se promène dans le Jardin où Adam réside, ce lieu de bénédiction. Mais lui aussi est appelé à obéir à Dieu. De même que Dieu donne à Israël des commandements auxquels obéir sous peine de malédiction et de mort, de même Dieu donne à Adam un commandement auquel obéir sous peine de malédiction et de mort. De même qu’Israël ne peut être authentiquement, pleinement le saint peuple de Dieu qu’en obéissant à Dieu, Adam ne peut être authentiquement, pleinement humain (au sens le plus fort) qu’en obéissant à Dieu10.

Quel « père » pour des rebelles ?

Nous connaissons la suite, à la fois pour Adam et pour Israël. De même qu’Adam a transgressé le commandement de Dieu, ainsi les Israélites ont transgressé la Torah. De même qu’Adam a dû subir les conséquences de sa rébellion en étant exilé du Jardin (ce qui le prive d’accès à l’arbre de la vie), ainsi Israël a dû subir les conséquences de sa rébellion en étant exilé du pays.

Que nous ne sous-estimions pas la gravité de la rébellion commise par Adam ! Dieu voit les êtres humains comme étant « en Adam », en lui qui est le chef et le représentant de la race humaine tout entière11. Notre rébellion contre Dieu se trouve en continuité avec celle d’Adam, d’où les conséquences pour nous êtres humains en termes de mort et de malédiction, voire d’enfer qui nous attend si ce n’est que « en Adam » que nous restons. Il y a sans doute un sens dans lequel les êtres humains continuent à jouir du statut d’enfants de Dieu : Actes 17,28 – « nous sommes sa race », c’est-à-dire celle de Dieu. Mais par nature, livrés à nous-mêmes, en Adam, nous sommes les objets de la colère de Dieu12.

Que nous ne sous-estimions pas non plus la gravité de la rébellion commise par Israël ! Nous trouvons le langage de Père-fils en rapport justement avec la rupture de l’alliance sinaïtique. Selon les termes de Deutéronome 32, « [t]u as dédaigné le Rocher qui t’a fait naître, tu as oublié le Dieu qui t’a engendré » 13. Esaïe 1 : « J’ai éduqué et élevé des fils, mais ils se sont révoltés contre moi »14. Malachie 1 : « Un fils honore son père, et un serviteur son maître. Si je suis Père, où est l’honneur qui m’est dû ? »15 Malachie 2 parle de la profanation de l’alliance qui devrait être impensable compte tenu du fait que Dieu est le « Père » d’Israël. Dans le Psaume 80, l’orant supplie Dieu de « faire revivre » l’Israël exilé, décrit comme étant son « fils ». On comprend, au fur et à mesure du dévoilement biblique, qu’avoir l’ADN israélite ou juif n’implique pas en lui-même pouvoir appeler Dieu « Père ». Jésus sera amené à dire à des Juifs qui s’opposent à lui : « Vous, vous êtes de votre père, le diable… »16

2 NOUVELLE ALLIANCE : LES ANTITYPES ET LA SOLUTION EN CHRIST

Dernier Adam et vrai Israël : représentation et substitution à la croix

En revanche, une solution au problème adamique et israélite est bien proposée en lui, en Christ. Dieu promet à David une descendance dont le trône sera affermi. Dieu précise : « …[J]e serai pour lui un père, il sera pour moi un fils »17. Dans des expressions ultérieures de cette alliance conclue avec David, Dieu explique que ce Fils doit être obéissant18. Or, son obéissance se révèle représentative : il récapitule le parcours d’Adam et d’Israël, mais, là où Adam et Israël ont échoué, Jésus réussit19. Lui, le Fils bien-aimé, en qui le Père a pris plaisir, est le « dernier Adam »20 et la « vraie vigne »21, le vrai Israël. Et il est prêt à mourir afin de conduire « beaucoup de fils à la gloire »22. Oui, Dieu le Père « n’a pas épargné son propre Fils, mais … l’a livré » en sacrifice23. Et du fait de la mort de Jésus-Christ sur la croix, la punition qui est due aux Israélites ainsi qu’aux êtres humains plus largement est assumée – et cela en faveur de quiconque se trouve « en lui ». Comment se trouver « en Christ » ? Eh bien, en se soumettant à sa seigneurie en tant que Fils de Dieu, en tant que Roi suprême, en tant que Dieu en chair et en os ; et en plaçant sa confiance en lui. Selon les termes d’une nouvelle alliance, qui remplace l’alliance adamique et l’alliance sinaïtique pour les personnes en bénéficiant, il est ainsi possible de devenir « fils de Dieu », « enfant de Dieu ». Déjà, l’Ancien Testament parle de cette nouvelle alliance et pressent ce privilège comme étant une possibilité s’appliquant aux Israélites qui feront partie d’un « reste » fidèle, repentant24. Par exemple, Osée 2,1 : « …au lieu même où on leur disait : « Vous n’êtes pas mon peuple ! » on leur dira : « Fils du Dieu vivant ! » ».

Tout tourne autour de l’événement qui se situe au coeur de l’existence, de la vision, de la vie de l’Institut, à savoir la mort de Jésus-Christ :

Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l’adoption filiale. Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans notre coeur l’Esprit de son Fils, qui crie : « Abba ! Père ! » Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier, du fait de Dieu25.

Sept contrastes nous permettant d’apprécier nos privilèges

Lorsque nous considérons cette bénédiction qu’est l’adoption à la lumière du déroulement de l’histoire du salut, nous sommes plus aisément en mesure de l’apprécier à sa juste valeur. En effet, passons depuis le type jusqu’à l’antitype, de l’ombre à la réalité, de ce qui est flou ou en filigrane à ce qui est net et clair. Plusieurs considérations de contraste sont à noter entre l’adoption d’Israël et la nôtre.

D’abord, la dimension personnelle. On entre dans une relation personnelle au niveau individuel. On ne peut vivre cette relation en passant par une tierce personne ou en faisant appel à un groupe de personnes. Alors que dans l’ancienne alliance, Israël en tant que nation (les Israélites collectivement) était considéré comme étant le « fils » de Dieu en bloc mais ses membres individuels plutôt pas26, dans la nouvelle alliance, il faut individuellement se rattacher à Jésus-Christ. Jean 1 : « Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu… »27. A coup sûr, notre relation avec notre Père entraîne des relations avec des frères et soeurs en communauté – en famille –, dans le contexte notamment de l’Église locale, mais cela présuppose le rattachement individuel du croyant au Christ.

Deuxièmement, on a affaire à une relation intime. Celles et ceux qui placent leur confiance en Jésus-Christ reçoivent, dans leur coeur, l’Esprit Saint par lequel nous nous adressons à notre Père : « Abba ! Père ! » Le Saint-Esprit rend témoignage à notre esprit humain naturel que nous sommes enfants de Dieu28. Le terme araméen « Abba » correspond approximativement à « Papa », mais il n’est ni enfantin, ni irrespectueux. Cela dit, il est bien familier29. Dans la nouvelle alliance, nous jouissons d’une relation intime avec notre bon Père généreux qui prend soin de nous, qui pourvoit à nos besoins, qui sait ce dont nous avons besoin avant même que nous le lui demandons30. En Christ, nous avons un libre accès à sa présence, par la prière. Et dans cette relation Père-enfant que nous vivons par la prière, il nous incombe de ne pas confondre Père céleste et pères terrestres. « Les pères humains peuvent être trop égoïstes pour écouter, trop fatigués pour pouvoir s’y intéresser, trop ignorants pour comprendre et trop faibles pour changer quoi que ce soit31. » Mais pas notre Père qui est aux cieux !

Troisièmement, la libération dont nous bénéficions – l’exode auquel nous participons – se situe à un autre plan par rapport à la libération qui a eu lieu hors d’Egypte. Nous puisons principalement dans Romains 8. Nous étions esclaves de la loi du péché et de la mort32 : incapables de lutter contre le péché, sous la colère de Dieu et voués à la mort éternelle, sous l’emprise de la crainte de la mort. Mais si nous sommes en Christ, nous avons reçu l’Esprit Saint – non pas « un esprit d’esclavage, pour être encore dans la crainte », mais un « Esprit d’adoption, par lequel nous crions « Abba ! Père ! » »33. De cette servitude envers le péché – ce péché qui conduit à la mort – nous sommes libérés. Nous, qui sommes conduits par l’Esprit de Dieu, pouvons désormais lutter pour mettre à mort le péché dans notre vie34. Nous ne sommes plus « débiteurs de la chair »35. Et la mort a été vaincue : nous avons la perspective de vivre éternellement. « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous »36.

Quatrièmement, la ressemblance. A la différence de la désobéissance chez Adam et Israël, notre libération du péché nous permet d’imiter notre Père. Dans les Écritures, « fils de quelqu’un » connote souvent « ressembler à quelqu’un ». Lorsque Saül donne sa fille aînée en mariage à David, il demande à David de devenir « fils de vaillance »37 – non pas de changer de père, mais de faire preuve de la caractéristique de vaillance. De même, Jésus, Fils de Dieu, fait preuve des caractéristiques de son Père, Jean 538. Dans le Sermon sur la Montagne, ce sont les « artisans de paix » qui seront appelés « fils de Dieu », car Dieu lui-même est suprêmement un artisan de paix39. Que Dieu nous donne de vivre notre ressemblance familiale : comme des enfants obéissants, que nous puissions être saints comme l’est notre Père40. Ephésiens 5 : « Imitez donc Dieu, comme des enfants bien-aimés… »41. En tant qu’enfants de Dieu, que nous puissions briller comme des flambeaux dans le monde42. Pour promouvoir notre imitation, il arrive à notre Père adoptif de nous corriger – Hébreux 12 –, marque de son amour.

Cinquièmement, notre héritage est plus glorieux que celui que les Israélites ont connu. Romains 8 : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ… »43. Romains 4 : nous qui faisons partie de la descendance d’Abraham du fait d’avoir la foi en Christ, nous recevons le monde en héritage44. Il s’agit d’une nouvelle création. Ce monde doit être « libéré de son esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu »45. Ce qui fait que cette création « attend, avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu »46. Et une fois que nous serons dans notre terre promise, ce sera pour toujours. Israël pouvait se voir expulsé de sa terre du fait de la désobéissance, ce qui s’est d’ailleurs produit ; mais dans la nouvelle création, nous ne pécherons plus, et nous y serons définitivement.

Sixièmement, du fait de notre adoption, nous participons au règne avec le Christ47. En arrière-plan de ce privilège est l’échec d’Adam qui avait été mandaté pour régner sur le monde mais qui avait bafoué l’autorité de Dieu. Le fait que notre union avec le Christ nous permet de régner avec lui est mis en relief de façon frappante : la promesse s’appliquant à la descendance de David finit par être appliquée aux croyants – à la fois sous la forme originale de 2 Samuel 7 et sous la forme du Psaume 2. 2 Samuel 7,14, « …[J]e serai pour lui un père, il sera pour moi un fils », trouve son accomplissement directement dans la royauté de Jésus-Christ48, mais il passe aussi par un élargissement aux enfants de Dieu : « Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles » (2 Co 6,1849) ; « Tel sera l’héritage du vainqueur ; je serai son Dieu, et il sera mon fils » (Ap 21,7). Ce n’est pas pour autant que les distinctions entre Jésus en tant que Fils de Dieu et nous en tant que fils de Dieu soient supprimées ; mais, après sa résurrection, Jésus peut dire : « je monte vers celui qui est mon Père et votre Père… »50

Septièmement, notre adoption comporte une dimension de souffrance. Nous sommes solidaires du Christ à cet égard. Là encore, il y a une distinction à reconnaître par rapport à l’ancienne alliance dans le cadre de laquelle la souffrance allait plus étroitement de pair avec le péché. Romains 8,17 : « …[N]ous sommes héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui ». Lorsqu’il écrit aux Philippiens, Paul déclare que c’est une grâce – un don de la part de Dieu – de pouvoir souffrir pour le Christ51 et qu’il ambitionne de « connaître … la puissance de [l]a résurrection [du Christ] et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort »52. C’est par ce chemin-là que nous devons passer, nous qui sommes adoptés mais qui connaîtrons notre adoption finale parfaite dans l’avenir, au moment de recevoir notre héritage – au moment de la « rédemption de notre corps ». Les deux perspectives sont présentées, pratiquement côte à côte, en Romains 853 : nous sommes déjà adoptés – et pas encore adoptés. La preuve que notre adoption finale et totale aura lieu dans l’avenir, c’est la présence en nous du Saint-Esprit à titre de « prémices », mais, pour le moment, nous gémissons…

Conclusion : un défi réjouissant

Nous avons parlé en introduction du défi que constituera l’explication des concepts bibliques en lien avec la famille à des personnes qui ont été déracinées au plan familial avant de se convertir au Christ. C’est en effet un défi – mais un défi réjouissant. Car le statut privilégié accordé à la personne qui entre dans la famille de Dieu est extraordinaire. « Dans son amour, [Dieu] nous a destinés d’avance, par Jésus-Christ, à l’adoption… » (Ep 1,4-5). « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes » (1 Jn 3,1).

James Packer, l’un des théologiens les plus respectés du 20e siècle, a affirmé ceci : « si l’on veut juger à quel point quelqu’un comprend le christianisme, il suffit de considérer à quel point il valorise l’idée d’être un enfant de Dieu, d’avoir Dieu pour Père »54. Si jamais l’un ou l’autre diplômé du jour risquait de vouloir se procurer un plus grand plaisir à recevoir son diplôme ou même à exercer son ministère qu’à se savoir enfant de Dieu, il lui faudrait recommencer sa formation à l’IBB. Mais rassurez-vous : la réalité, c’est que les diplômés n’auraient pas les mots pour décrire à quel point ils sont ravis de connaître le privilège inestimable d’avoir été adoptés par le Saint-Esprit, d’avoir Jésus pour frère55, d’avoir Dieu pour Père.

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  1. La littérature traitant directement de l’adoption dans la perspective de la théologie biblique n’est pas volumineuse, mais nous avons profité des ouvrages/articles suivants : Wayne GRUDEM, Théologie systématique, Introduction à la doctrine biblique, tr. de l’anglais (Systematic Theology, 1994/2007) par Jean-Philippe BRU, Anne-Christine FOURIER, Michèle SCHNEIDER, Charols, Excelsis, 2010, ch. 37, p. 811-821 ; Trevor J. BURKE, Adopted into God’s Family, Exploring a Pauline Metaphor (New Studies in Biblical Theology 22), Nottingham/Downers Grove [Illinois], Apollos/ Intervarsity, 2006, 233 p ; Donald A. CARSON, Jesus the Son of God, A Christological title often overlooked, sometimes misunderstood, and currently disputed, Nottingham, IVP, 2012, 117 p. ; John OWEN, Communion with God, abrégé et simplifié par R. J. K. LAW, Edimbourg/Carlisle [Pennsylvanie], Banner of Truth, 1991, ch. 17, p. 153-167; Peter J. GENTRY, Stephen J. WELLUM, Kingdom through Covenant, A Biblical-Theological Understanding of the Covenants, Wheaton [Illinois], Crossway, 2012, 848 p. ; Sinclair B. FERGUSON, La vie chrétienne, tr. de l’anglais (The Christian Life, 1989) de Charles GODIN, Montréal, Cruciforme, 2014, ch. 10, p. 105-115 ; Edmund P. CLOWNEY, « A Biblical Theology of Prayer », dans Donald A. CARSON, dir., Teach Us To Pray, Prayer in the Bible and the World (World Evangelical Fellowship), Grand Rapids/Exeter, Baker/ Paternoster, 1990, p. 160 ; William E. BROWN, « Adoption », dans Walter A. ELWELL, dir., Evangelical Dictionary of Biblical Theology, Grand Rapids/Carlisle, Baker/Paternoster, 1996, p. 11-12 ; Roy E. CIAMPA, « Adoption », dans T. Desmond ALEXANDER, Brian S. ROSNER, dir., Dictionnaire de théologie biblique, tr. de l’anglais (New Dictionary of Biblical Theology, 2000) par Christophe PAYA et François CHAUMONT, Cléon d’Andran, Excelsis, 2006, p. 415-418 ; Gerald L. BRAY, God is Love, A Biblical and Systematic Theology, Wheaton [Illinois], Crossway, 2012, p. 642-647 ; James I. PACKER, Connaître Dieu, tr. de l’anglais (Knowing God, 1973), Mulhouse, Grâce et Vérité, 19942, ch. 19, p. 218-251. Les commentaires de Douglas J. MOO sur Romains et Galates sont également recommandés.
  2. BURKE, p. 29, 198-201.
  3. Peter H. DAVIDS considère que les textes suivants pourraient se rapporter à l’adoption d’esclaves : Proverbes 17,2 ; 19,10 ; 29,21 (« Adoption », dans Walter A. ELWELL, dir., Evangelical Dictionary of Theology, Carlisle/Grand Rapids, Paternoster/Baker, 1984, p. 13).
  4. V. 1.
  5. P. ex., Ex 32,13 et les nombreux textes dans le Deutéronome qui parlent du pays comme « héritage ».
  6. C’est nous qui soulignons.
  7. Ez 37 ; Am 5 ; Esd 9,9.
  8. GENTRY et WELLUM, p. 398.
  9. Gn 1,26.28.
  10. Cf. Thomas W. MANN, The Book of the Torah, The Narrative Integrity of the Pentateuch, Atlanta, John Knox, 1988, p. 161.
  11. Henri BLOCHER, La Doctrine du péché et de la rédemption (Collection Didaskalia), Vaux-sur-Seine, Edifac, 2000, p. 91.
  12. P. ex., Ep 2.
  13. V. 18.
  14. V. 2.
  15. V. 6a.
  16. Jn 8,44.
  17. 2 S 7,14.
  18. P. ex., 1 R 2,4.
  19. Jn 15,1 (cf. Ps 80 ; Es 5) ; Mt 2,15 (cf. Ex 4,22 ; Os 11,1) ; Mt 3,15 ; Lc 3,23-38 ; Lc 4,1-12 ; Rm 5,19 ; 1 Co 15,22 ; Hé 2,5-8 ; Hé 10,5-10 (cf. Ps 40,7-9).
  20. 1 Co 15,45.
  21. Jn 15,1.
  22. Hé 2,10.
  23. Rm 8,32.
  24. Es 63,16 ; 64,8 ; Jr 31,9 ; Os 2,1.
  25. Ga 4,4-7.
  26. Dt 14,1 faisant figure d’exception à cet égard. Cf. Charles E. B. CRANFIELD, The Epistle to the Romans (International Critical Commentary), vol. II, Edimbourg, T & T Clark, 1979, p. 461.
  27. V. 12 ; cf. Ga 3,26-27.
  28. Rm 8,15-16.
  29. Cf. Henri BLOCHER, « Pour une théologie biblique de la prière », Théologie évangélique 5, 2006, p. 101.
  30. Mt 6 ; Lc 11 ; 1 P 5,7.
  31. Richard COEKIN, Our Father, Enjoying God in Prayer, Nottingham, IVP, 2009, p. 41.
  32. V. 2.
  33. V. 15.
  34. V. 13.
  35. V. 12.
  36. V. 11.
  37. 1 S 18,17.
  38. V. 17ss.
  39. Mt 5,9.
  40. 1 P 1,14-17 (cf. Lv 19,2, passim).
  41. V. 1.
  42. Ph 2,15.
  43. V. 17.
  44. V. 13.
  45. Rm 8,21.
  46. Rm 8,19.
  47. 2 Tm 2,12.
  48. Hé 1,5
  49. C’est nous qui soulignons.
  50. Jn 20,17 ; c’est nous qui soulignons.
  51. 1,29.
  52. 3,10.
  53. V. 14-23.
  54. James I. PACKER, Knowing God, Londres, Hodder and Stoughton, 1973, p. 224 (notre traduction).
  55. Hé 2,12.