Aperçu introductif des Solas de la Réforme – Au 16e et au 21e siècle

Les trois bases de la foi protestante découlent de la prédication de Martin Luther (1483-1546).

1.

Grâce à son étude de l’épître aux Romains, Luther va rencontrer le Dieu de grâce qu’il cherchait depuis longtemps.

C’est particulièrement en méditant « jour et nuit » sur « l’enchaînement des mots » en Romains 1.17 que ses yeux spirituels se sont ouverts et que Dieu va lui ouvrir les portes du paradis. Luther s’aperçoit qu’il n’est pas question d’apaiser le Dieu de colère par ses bonnes œuvres.

Il saisit le sens de l’enseignement de l’apôtre Paul au sujet de la justification par la foi seule, à savoir que le Christ est mort à la croix pour le pécheur qui accepte, par la foi, cette œuvre et demande pardon pour ses fautes. Luther se rend compte que « la foi qui justifie, c’est celle qui saisit Jésus-Christ ».

Le premier socle de la foi protestante était posé : sola fide, par la foi seule. Le salut s’obtient par la foi en Jésus-Christ seul.

2.

Luther sera amené à exprimer sa pensée sur la condition humaine.

Il va dire : « L’homme est incapable de se relever seul d’un péché quelconque. – Toutes les vertus humaines sont péché devant Dieu ». Il lui apparaît clairement que le salut est pure grâce à cause des mérites de Jésus à la croix.

C’est le deuxième socle de la foi protestante : sola gratia, par la grâce seule. Malgré le fait que l’homme reste pécheur, il peut être juste devant Dieu à cause de l’œuvre du Christ.

3.

Voilà ce que Luther chante à quiconque veut bien l’entendre, ce qui commence à faire grand bruit.

Les autorités romaines ne sont pas contentes ; à plusieurs reprises, elles recommandent fermement à Luther de se taire. Il est menacé d’excommunication s’il ne revient pas à l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique. Au début, le pape Léon X pense qu’il ne sera pas difficile de venir à bout de cette querelle de moine.

Mais c’est plus compliqué.

Finalement, le pape convoque Luther à Rome pour hérésie. Luther décide de ne pas s’y rendreet est condamné, excommunié le 3 janvier 1521. Malgré toutes les menaces qui pèsent sur lui, Luther ne se rétracte pas. Il est alors convoqué devant l’empereur à la diète de Worms, en 1521. C’est la dernière chance qui est donnée à Luther. On lui propose de nier son enseignement, pour rester dans l’Eglise catholique et garder son poste et son salaire. Mais sa conscience est liée par la parole de Dieu. La troisième racine de la Réforme était ainsi plantée : sola scriptura, par l’Ecriture seule.

Sans surprise, Luther est excommunié et mis au ban de l’empire en mai 1521.

En plus de ces trois solas propres à Luther, il faut mentionner deux autres racines du protestantisme sur lesquelles deux autres Réformateurs insisteront.

4.

Le Suisse alémanique Ulrich Zwingli (1484-1531) ajoutera aux trois bases ci-dessus le solo Christo, par le Christ seul : il s’agit d’un accent sur le fait que c’est le Christ seul qui sauve.

5.

Enfin, le Français Jean Calvin (1509-1564) insistera sur le fait que la glorification de l’être humain est exclue, le salut s’opérant non seulement par Dieu seul mais encore uniquement pour sa gloire : soli Deo gloria, pour la gloire de Dieu seul !

Aujourd’hui ces socles de la Réforme gardent toute leur pertinence.

Pour nous croyants en Jésus-Christ, le naturel revient vite au galop, et nous pouvons si aisément perdre de vue la doctrine de la justification par la foi seule. C’est pour cela qu’il est bon de nous prêcher constamment l’Evangile et de nous rappeler que nous avons à réformer sans cesse notre pensée. « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Ep 2.8-9). Dieu ne donne pas sa gloire à un autre (Es 48.11c) ! Et il convient d’affirmer les solas, toujours et encore :

– Devant ceux qui pensent qu’en plus de la foi, il faut coopérer par ses œuvres à son salut, quele salut s’obtient en payant telle ou telle chose, en pratiquant tel ou tel rite, nous protestons etrépliquons que le salut s’obtient par la foi en Jésus-Christ seul. « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé… » (Ac 16.31).

– Devant ceux qui voudraient prier Marie pour être entendu de Dieu ou s’appuyer sur leurs rêveries ou imagination en vue d’entrer en bonne relation avec Dieu, nous leur demandons : que dit l’Ecriture ? (cf. Rm 4.3a). Nous leur répliquons ainsi par l’Ecriture seule.

– Devant ceux qui estiment qu’on doit ajouter à la grâce des mérites humains, comme faire des aumônes, aller à Lourdes ou à Banneux, nous protestons et rappelons que la foi biblique est dans le Christ seul, par la grâce seule. « Le salut ne se trouve en aucun autre ; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4.12).

Pour aller plus loin :
  • Albert GREINER et al., Martin Luther, prédicateur : arrêts sur images, Cléon d’Andran, Excelsis, 2002, 120 p.
  • Daniel OLIVIER, La Foi de Luther, Paris, Beauchesne, 1978, 252 p.
  • Albert GREINER, Luther : essai biographique, Genève, Labor et Fides, 1956, 203 p.
  • Marc LIENHARD, Martin Luther : un temps, une vie, un message, Genève, Labor et Fides, 1983, 471 p.
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