Deux cadeaux sur le mariage : Ce mariage éphémère & Le mariage

Introduction : (lire les deux livres si possible !)

L’un des combats majeurs auxquels doit se livrer le croyant en Jésus-Christ dans notre contexte contemporain, c’est la défense du mariage : rester accroché à la conception biblique, lutter en faveur de la santé de notre couple et/ou de celui des membres de notre Eglise, servir les célibataires avec amour et façonner l’attente de celles et ceux qui aspirent au mariage… Il s’agit d’un combat rude, car les valeurs de nos sociétés occidentales s’éloignent de plus en plus des normes bibliques, et cela à une allure impressionnante… Mais ce combat est glorieux…

Les maisons d’éditions Clé et BLF ont toutes deux fourni des armes précieuses destinées à nous équiper pour ce combat. Soyons reconnaissants envers elles, et armons-nous ! Tim Keller et John Piper, auteurs respectifs des livres en question, sont parmi les pasteurs chevronnés les plus influents et respectés du milieu évangélique de notre époque, et ils ont fait leurs preuves dans le domaine du mariage. Les deux livres s’adressent aux mariés comme aux célibataires. Les deux sont édifiants, centrés sur le Christ, persuasifs, imbus de réalisme et d’authenticité, pratiques et pastoralement sensibles. Ces deux ouvrages sont cependant suffisamment différents dans leur approche et dans leur contenu pour qu’on les considère complémentaires l’un par rapport à l’autre. Si vous avez la possibilité de vous procurer, et de lire les deux livres, il n’est pas nécessaire de poursuivre avec la lecture de cet article. Si, par contre, votre budget et/ou emploi du temps exige que vous vous limitiez à un seul de ces livres, ou si vous souhaitez ne recommander qu’un seul livre aux personnes de votre entourage, les remarques qui suivent sont destinées à vous servir.

Comment cibler l’ouvrage optimal ? Quatre considérations pourraient nous influencer.

 

1. Quelles convictions existantes chez le lecteur ?

D’abord, il est à noter que Keller fait davantage l’interaction avec les présupposés de la société, engageant une démarche pour convaincre des sceptiques ou des évangéliques moins affermis au plan biblique. Par moments il semble marcher sur des oeufs. Le déroulement du livre paraît habilement conçu pour gagner les lecteurs « non acquis à la cause » des prises de position bibliques sur le rôle des hommes et des femmes, le célibat, la façon de s’y prendre dans la recherche d’un conjoint, le mariage en tant qu’unique cadre pour les relations sexuelles. Le chapitre 6, écrit par Kathy Keller,sur la distinction des rôles entre homme et femme au sein du couple pourrait être recommandé en tant que première approche de ce sujet délicat pour quelqu’un n’ayant jamais réfléchi à la question. En revanche, Piper, quoique pastoralement sensible sur toute la ligne, affiche et explique, sans ambages et avec un courage remarquable, les données bibliques sur les questions peu « politiquement correctes ».

2. Quelle approche du texte biblique ?

Deuxièmement, même si les deux ouvrages sont foncièrement bibliques, Piper fait davantage preuve du souci de démontrer cet ancrage biblique, d’argumenter directement à partir des Ecritures et de faire le tour des passages bibliques pertinents. Son livre consiste en effet en un traitement englobant des données scripturaires, appliquées avec conviction et passion. Des éléments de répétition stratégiques contribuent à la clarté lumineuse du livre.

Par contre, l’approche de Keller est beaucoup plus intellectuelle, voire philosophique. Des données bibliques sont moins régulièrement évoquées, et une place majeure est accordée à la voix de C. S. Lewis. D’autres théologiens et auteurs contemporains sont aussi régulièrement cités. Un certain niveau de sophistication chez le lectorat serait donc avantageux.

3. Quels accents en ce qui concerne le contenu ?

Troisièmement, en termes de contenu, l’importance de mettre à mort l’égocentrisme figure au premier plan chez Keller, et la notion de « mariage-amitié » se trouve également sur le devant de la scène1.

Chez Piper, le mariage en tant que reflet de la relation entre le Christ et l’Eglise occupe très nettement la place centrale, non seulement dans le sous-titre mais encore à titre de leitmotiv pour le livre tout entier :

« …[L]a signification la plus profonde et la plus importante n’est ni l’intimité sexuelle (aussi bonne soit-elle), ni l’amitié, ni l’aide mutuelle, ni la procréation, ni l’éducation des enfants, mais la présentation en chair et en os dans ce monde, de l’amour d’alliance entre le Christ et son Eglise » (p. 207).

En même temps, Piper aborde de front la question du divorce, et il considère également la procréation et l’éducation des enfants.

Piper est peut-être plus clair sur l’essentiel de la repentance, du pardon et de la grâce qui doivent avoir régulièrement cours au sein de tout mariage sain. L’importance de la prière est également frappante chez lui.

Il convient pourtant de signaler le chevauchement qui existe entre les deux livres, du moins dans les grandes lignes, dans la mesure où ils consacrent tous deux une place non négligeable à la sanctification, à la gestion de conflits, aux relations sexuelles et au célibat.

4. Quels bémols au vu des Ecritures ?

En quatrième lieu, considérons ce qui pourrait laisser à désirer dans les deux livres. Le relatif manque d’exégèse directe chez Keller2 – et le fait qu’il privilégie en grande partie la « sagesse générale » d’une façon qui rappelle le livre des Proverbes – est une particularité mais pas forcément une faiblesse. Mais j’aurais souhaité que Keller vise à étayer bibliquement certains propos qui ne m’ont pas d’emblée convaincu3 ou à éviter l’hyperbole malencontreuse4. De plus, la démarche de citer de grands pans de C. S. Lewis (p. ex., p. 98ss, 112ss) risque d’être difficile à comprendre par certains lecteurs qui sont attachés à la suffisance et à la clarté des Ecritures. Enfin, le sujet de l’amitié est traité (ch. 4-5) de façon sans doute disproportionnée au regard de la Bible (j’hésite à le dire, car cet accent m’a fortement stimulé et mis au défi).

Par rapport au livre de Piper, tous ne se rangeront pas derrière son point de vue – qu’il reconnaît être « très minoritaire » (p. 205) – quant à l’interdiction du remariage5. Par ailleurs, dans le cadre de son traitement de l’éducation des enfants, il est mystérieux qu’il ait pu couvrir le début d’Ephésiens 6,4 (relatif à l’impératif d’éviter la colère) tout en omettant la suite (relative aux dimensions importantes de « la correction et l’instruction du Seigneur »).

Conclusion : Keller pour deux catégories de lecteur, sinon Piper

Keller et Piper sont sur la même longueur d’ondes au plan théologique, et ils oeuvrent ensemble au sein de la Gospel Coalition (dont l’antenne francophone est Evangile 21 et dont nous recommandons le ministère) – cela au grand profit des progrès du règne du Christ, y compris en Europe francophone. S’il fallait absolument choisir l’un ou l’autre de ces livres, celui de Keller serait préférable pour deux catégories de lecteur :

1. le « sceptique intelligent » (y compris le croyant peu instruit bibliquement mais doué académiquement) ;
2. le couple solide, profondément enraciné déjà dans Ephésiens 5,21-33, souhaitant renforcer la lutte contre l’égocentrisme et chérir davantage l’un l’autre – mari et femme pourraient alors lire les chapitres 2 à 5 et 8 en parallèle et discuter de l’application à leur couple.

Sinon, j’exprime une préférence pour l’ouvrage de Piper qui est plus démontrablement biblique et axé sur l’essentiel, fait plus chaud au coeur, est plus accessible (y compris en termes de longueur et de prix), et permet de valoriser plus aisément le mariage à sa juste mesure – et ainsi de reconnaître le caractère glorieux du combat que le croyant doit mener

Post scriptum : le « top cinq » des citations édifiantes

« …[D]eux tiers des mariages malheureux deviennent heureux en l’espace de cinq ans, si le couple ne divorce pas. Deux tiers ! Qu’est-ce qui peut garder un couple uni pendant les périodes difficiles ? Les promesses. » (Keller, p. 85)

« Si vous épousez avant tout un partenaire sexuel ou un partenaire économique, vous n’allez en fait nulle part. Et ceux qui ne vont nulle part ne peuvent avoir de compagnon de voyage. » (Keller, p. 119)

« Ce n’est que si mon réservoir émotionnel est rempli de l’amour de Dieu que je peux être patient, fidèle, tendre et ouvert avec ma femme quand les choses vont mal dans la vie ou dans notre relation. » (Keller, p. 123)

« Le mariage vous renvoie une image réaliste et peu flatteuse de vous-même, puis il vous prend par la peau du cou et vous oblige à en tenir compte. 8Cela peut paraître décourageant, mais c’est pourtant la voie de la liberté. » (Keller, p. 139)

« Si la deuxième personne de la Trinité se soumettait et prenait le rôle de serviteur sans que cela ne constitue une atteinte à … sa divinité (mais le mène plutôt à une plus grande gloire), comment le fait d’assumer « le rôle de Jésus » dans mon mariage pourrait-il me nuire ? » (Kathy Keller, p. 174-175)

« « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » ou « tant que nous vivrons » est une promesse d’alliance sacrée – de la même nature que celle que Jésus a faite à son épouse lorsqu’il est mort pour elle. » (Piper, p. 29)

« …[O]ui, chacun de vous a été choisi, mis à part et aimé par Dieu. Suppliez le Seigneur que cela devienne le moteur de votre vie et de votre couple. » (Piper, p. 64 ; c’est lui qui souligne)

« Messieurs, est-ce que nous cherchons à ce que notre épouse ressemble au Christ en étant autoritaires avec elle ou en mourant pour elle ? » (Piper, p. 79)

« L’esprit de service n’abolit pas le rôle de chef ; il le définit. » (Piper, p. 92)

« La beauté de l’amour d’alliance entre le Christ et son Eglise brille de son plus bel éclat lorsque rien d’autre que le Christ n’est en mesure de l’entretenir. » (Piper, p. 211)

Télécharger l’article ici.
  1.  Sous ce rapport, il renvoie ses lecteurs au livre de Gary Chapman, Les langages de l’amour.
  2.  Même si des portions d’Ephésiens 5 sont citées en tête de la plupart des chapitres, le lien exégétique entre ces citations et le contenu des chapitres n’est pas très direct.
  3. « Il n’y a rien de mieux que le mariage pour amener quelqu’un à la maturité » (p. 22) ; il faudrait chercher un conjoint qui « partage … étroitement notre fil conducteur » (p. 211).
  4. « Être tenu en estime par quelqu’un qu’on admire est la meilleure chose au monde » (p. 147).
  5. Sauf en cas du décès du conjoint.