Introduction à l’herméneutique biblique (Matthieu SANDERS)

Introduction à l’herméneutique biblique, Matthieu SANDERS (Didaskalia, Vaux-sur-Seine, Edifac, 2015)

L’arrivée d’un nouveau livre de référence en français sur l’herméneutique est la bienvenue, d’autant plus que les deux ouvrages classiques datent de 1991 (Alfred Kuen, Comment interpréter la Bible, Éditions Emmaüs) et de 1982 (Gordon Fee et Douglas Stuart, Un nouveau regard sur la Bible, Vida). Le livre de Matthieu Sanders est publié dans la série Didaskalia et s’ajoute aux deux autres de cette série d’études qui sont liées au cursus théologique de la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine (La doctrine du Christ et La doctrine du péché et de la rédemption, tous deux de Henri Blocher). De même que pour les autres livres de la série, le contenu de certains chapitres peut étonner – la présence de la doctrine du Saint‑Esprit dans Péché et rédemption et, dans le présent ouvrage traitant de l’herméneutique, l’inclusion de chapitres sur le canon (ch. 1), la critique textuelle (ch. 2), la bibliologie (ch. 3) et les traductions (ch. 6). Cela s’explique sans doute par le choix de l’agencement de ces matières dans le cursus à la Faculté de Vaux.

Cet ouvrage se démarque des deux autres de la série dans la mesure où il est nettement plus accessible : les citations en langue étrangère, les néologismes et le style très dense ont laissé place à un texte plus fluide, aéré et résolument français (l’anglais contenu dans le livre se limite aux titres des livres auxquels la bibliographie abondante fait référence). Il est cependant moins rigoureux en ce qui concerne les références bibliographiques1. Pour ce qui est du contenu, il est important de saisir la distinction faite par l’auteur entre l’herméneutique et l’exégèse. Si la définition de l’herméneutique utilisée est presque un lieu commun en théologie – c’est la science de l’interprétation (p. 9) – la façon dont Sanders définit l’articulation entre herméneutique et exégèse peut surprendre. Pour lui, « l’herméneutique est l’approche théorique qui permet d’effectuer une exégèse juste » (p. 9). L’herméneutique est ainsi conçue comme étant l’étude des principes de méthodologie et d’orientation dans l’étude d’un texte, alors que l’exégèse est considérée comme étant la mise en pratique de ces principes face à un texte donné. Ce modèle théorie—pratique (herméneutique—exégèse) diffère de celui adopté dans le cursus de l’IBB : l’exégèse a trait à la détermination du sens du texte (ce que les lecteurs originaux auraient dû comprendre), tandis que l’herméneutique porte sur les principes de l’application de ce sens objectif à des lecteurs contemporains (sa portée). Une fois l’approche de Sanders à cet égard comprise (et elle se justifie bien), le contenu du livre est très stimulant, et il présente une mine d’informations utiles. En particulier, la deuxième section du livre, qui fournit des outils d’interprétation pour les divers genres littéraires bibliques (loi, récit, prophétie, sagesse…), est excellente, même si une bonne proportion de la matière est parallèle à ce que l’on trouve dans le livre de Fee et Stuart.

S’il y a une faiblesse dans le contenu du livre, c’est qu’il se limite presque uniquement aux questions de l’herméneutique spéciale, c’est-à-dire de la science de l’interprétation de la Bible, et n’aborde que très peu l’herméneutique générale, c’est-à-dire l’interprétation de n’importe quel texte écrit. En amont de l’étude d’un texte biblique, il est important d’être clair

  • sur la manière dont un texte véhicule un sens,
  • sur le rôle déterminant de l’intention de l’auteur dans la bonne compréhension d’un texte
  • et sur l’importance des techniques stylistiques dans l’encodage d’un message dans un texte – langage imagé, figures de style, rhétorique, structure…

Ce livre gagnerait beaucoup en utilité s’il comportait un ou deux chapitres consacrés à ces sujets. En effet, savoir combien la Bible ressemble aux autres livres aide à cerner comment utiliser les approches modernes de la littérature séculière pour mieux saisir son message. Cela permet également de se rendre compte que les spécificités de la Bible si bien traitées dans les chapitres 7 à 15 découlent naturellement de ce qui rend la Bible unique – son origine divine, son inspiration, son utilité pour équiper l’homme de Dieu en vue de toute oeuvre bonne (2 Tm. 3.16-17).

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  1. Voici trois exemples : (1) page 44 : la même monographie apparaît deux fois dans une seule liste ; (2) page 80 : la note 2 renvoie à la mauvaise source ; (3) page 82 : la note 6 renvoie à une page inexistante d’un article.