Jonas – La grâce : pour moi ! Le jugement : pour les autres !

Cet article reprend essentiellement le texte de la conférence apportée lors de la cérémonie d’ouverture de l’Institut du 26 septembre 2010.1

Introduction

Portons notre attention sur la semaine la plus importante de l’année académique. Au mois de mars, les étudiants à temps plein, certains étudiants à temps partiel et les professeurs seront, Dieu voulant, en train de vivre la semaine d’évangélisation. Nous remercions par avance nos deux Eglises partenaires de cette année – à Kraainem et à Somain en banlieue lilloise. Nous vous demandons de prier pour cette semaine. Et nous pensons approprié de réfléchir ensemble à notre travail d’évangélisation lors de cette séance d’ouverture.

Il est vrai que l’un des objectifs de la semaine d’évangélisation est de promouvoir nos compétences en tant qu’évangélistes ; un autre objectif, qui y est lié, est de nous exposer à une bonne gamme d’expériences, de forums et de cadres dans lesquels l’annonce de l’Evangile a lieu ; mais plus important encore que ces considérations est la question de notre attitude envers les personnes qui ne connaissent pas encore le Christ – c’est notre sujet de réflexion cet après-midi. Je prêche au premier chef à moi-même ; je prêche aux étudiants sortants qui seront engagés dans l’œuvre de l’évangélisation, sur les campus universitaires et ailleurs ; je prêche à nous toutes et tous en nous exhortant à combattre un certain syndrome néfaste qui risque de miner le travail d’évangélisation et en nous exhortant à avoir l’attitude qui convient. C’est le livre de Jonas qui nous permet de saisir de manière frappante cette attitude qui plaît à Dieu. C’est en effet le syndromede Jonas qu’il nous faudrait combattre.

Comprenons dans un premier temps ce qu’est le syndrome de Jonas en parcourant le petit livre qui porte son nom depuis le début jusqu’au verset 3 du chapitre 4. Sachons, dans un deuxième temps, comment combattre ce syndrome en profitant du reste du chapitre 4. Et résolvons-nous, dans un troisième et dernier temps, à marcher sur les traces de celui qui se révèle un « Plus-que-Jonas » et un « Anti-Jonas », notre Seigneur Jésus-Christ.

D’abord, que nous puissions comprendre ce qu’est le syndrome de Jonas

1. Comprendre le syndrome de Jonas (1,1—4,3)

Il y a tout lieu de croire que nous avons affaire dans ce livre à un récit historique – c’est là une thèse que je défends en cours de Théologie biblique de la mission (second semestre) – et, en même temps, c’est un livre qui regorge d’ironie. C’est là en effet le moyen dont l’auteur se sert, sous l’inspiration du Saint-Esprit, pour nous instruire – son outil pédagogique majeur, c’est la satire, l’ironie, la parodie, et, par endroits, l’humour. Nous sommes censés trouver ce récit amusant ! Et pourtant, alors que nous sommes toujours en train de rire, nous découvrons que nous risquons de rire à nos propres dépens, comme nous pourrons le constater…

Vous le saviez sans doute déjà : les gens de Ninive correspondent au grand ennemi du peuple de Dieu, et, face à l’appel à prêcher aux Ninivites, Jonas fuit Dieu. Cette fuite est mise en relief par le mouvement de descente. Jonasdescend à Jaffa/Joppé (1,3) ; il descend plus loin dans le navire (1,3) ; il descend plus loin encore au fond du navire (1,5)… Peut-il descendre encore plus loin ?

Mais oui : Jonas se trouve noyé etdescend, nous est-il dit, « jusqu’aux ancrages des montagnes » (2,7).

Jonas fuit ainsi la présence de Dieu. Et pourtant, lorsqu’il dévoile son identité aux marins païens, que dit-il ? « Je suis hébreu, et je crains l’Eternel » (1,9). Ah bon, il craint l’Eternel ?

Au contraire ! Il est en train de lui désobéir – et cela de manière flagrante ! En fait, ce sont les marins païens, eux, qui craignent l’Eternel (1,14.16) :

« Alors ils invoquèrent l’Eternel et dirent : « Eternel, nous t’en prions, que nous ne périssions pas à cause de la vie de cet homme, et ne nous charge pas d’un sang innocent ! Car toi, Eternel, tu as agi comme tu l’as voulu » … Ces hommes furent saisis d’une grande crainte de l’Eternel. Ils offrirent un sacrifice à l’Eternel et firent des vœux ».

Lorsqu’enfin Jonas prêche la parole de Dieu aux gens de Ninive (au chapitre 3), les Ninivites réagissent de manière exemplaire, par la repentance et la foi. Dans ce livre, ce sont les païens – ceux qui ne font pas partie du peuple de Dieu – qui constituent des modèles à suivre, et cela par opposition au prophète de Dieu lui-même…

De quoi devaient-ils se repentir, les Ninivites ? Là encore, un jeu de mots est employé pour mettre en évidence un contraste frappant. Le mot qui revient est le « mal » ou la « méchanceté » qui devrait normalement donner lieu au « malheur » infligé par Dieu – c’est-à- dire, au jugement (3,8.10). « Mal » ; « méchanceté », « malheur » : c’est le même mot2. Les Ninivites se repentent de leur mal, de leur méchanceté. Mais, pour Jonas, c’est là le sujet d’un grand malheur (même terme encore ; 4,1).

En fait, Jonas est tellement fâché qu’il souhaite que sa « vie » lui soit ôtée (4,3) – ce qui est pour le moins bizarre vu qu’il a, au chapitre 2, remercié Dieu de ce que sa vie lui avait été préservée à la suite de la noyade… Qu’est-ce qu’il veut, ce prophète ? Sa vie ou sa mort ? N’est-il pas schizophrène ? C’est une question qui se pose, car le texte nous invite à considérer les contrastes qui se dégagent de sa prière du chapitre 2 comparée à celle du chapitre 4. Les deux prières sont introduites par la même formule (2,2 et 4,2) : « Et il pria l’Eternel et il dit ». Mais quant au contenu des prières, c’est le jour et la nuit. Au chapitre 2, Jonas loue Dieu pour la miséricorde dont il avait fait preuve en le sauvant de la noyade ; il accueille la bienveillance de Dieu ; il offre des sacrifices3 au Dieu de son salut. Au chapitre 4, il se plaint de la miséricorde et de la bienveillance de Dieu – sujet pour lui d’un grand malheur. Qu’est-ce qu’il veut, ce prophète ? La grâce de Dieu ou le jugement de Dieu ? Ou peut-être les deux – tour à tour ? N’est-il pas ainsi schizophrène ?

Mais non : Jonas n’est pas schizophrène. Le syndrome de Jonas ne se situe pas à ce niveau-là. Dans un sens, Jonas est parfaitement cohérent dans son attitude. En effet, il accueille la bienveillance de Dieu lorsqu’il en est lui-même le bénéficiaire ; mais il la repousse lorsque les autres en sont les bénéficiaires – lorsque ses ennemis en sont les bénéficiaires. C’est parfaitement cohérent ! Mais c’est risible, égoïste et détestable. Et c’est en effet là le syndrome de Jonas – se réjouir de la grâce de Dieu qui coule en faveur de soi-même tout en repoussant la grâce de Dieu qui coule en faveur des autres.

Jonas ne voulait absolument pas que les Ninivites fussent sauvés. Et, par conséquent, il ne voulait pas avertir les Ninivites du jugement qui risquait de s’abattre sur eux. Car il connaissait le caractère de Dieu. Il savait pertinemment que, si les Ninivites se repentaient de leur méchanceté, Dieu se repentirait de l’idée de leur infliger le malheur, le jugement. Et c’est là exactement ce que Dieu fait. « …[J]e savais que tu es un Dieu qui fais grâce et qui es compatissant, lent à la colère et riche en bienveillance, et qui regrettes le mal » (ou « … qui reviens du projet de déverser le malheur » ; 4,2).

Qu’aurions-nous fait à la place de Jonas ? Passons dans notre esprit les personnes que nous avons du mal à aimer. Y a-t-il le danger que nous souhaitions que ces personnes souffrent ? Si oui, nous ne sommes pas à l’abri du syndrome de Jonas. Vouloir soi-même bénéficier de la grâce alors que d’autres en soient privés : certains croiraient peut-être que nous sommes schizophrènes, mais la réalité est plus sérieuse… La réalité, c’est que nous sommes des égoïstes, et que c’est un état horrible…

Poussons l’application plus loin. C’est vrai que Jonas était exceptionnel pour son époque : tout le monde au sein du peuple de Dieu au 8e siècle av. J.-C. n’était pas appelé à annoncer la parole de Dieu au grand ennemi de l’époque. Mais à l’époque où nous sommes de l’histoire du salut, l’Evangile est censé se répandre jusqu’aux extrémités de la terre, et nous, membres de la nouvelle alliance, nous sommes censés avoir le souci de cette propagation de l’Evangile à toutes les nations. Y a-t-il des personnes que nous avons du mal à aimer au point d’être contents qu’ils soient privés du salut, qu’ils aillent en enfer ? Ce serait qui ? Des membres d’Al-Qaïda ? Kim de Gelder, le tueur de bébés dans une crèche flamande l’an dernier ? Marc Dutroux ? Des personnes particulières qui nous ont fait beaucoup de tort ? Le cambrioleur qui a pénétré chez vous récemment ? Certains étrangers profiteurs qui vivent aux crochets d’autrui ? Des banquiers qui auraient une part de responsabilité dans la crise économique actuelle ? Des patrons durs et injustes ? Des groupes de personnes qui polluent notre société – les pédophiles, les trafiquants de drogues, les pirates informatiques et les hackers qui propagent des virus néfastes et volent des informations… ?

L’important, c’est de savoir combattre le syndrome de Jonas.

2. Savoir combattre le syndrome de Jonas (4,4-11)4

Nous nous tournons donc dans ce deuxième temps vers la fin du livre qui nous conduit dans la salle de classe divine. Dieu est le pédagogue expert qui vise à faire évoluer Jonas dans sa pensée – et faire évoluer notre pensée également. Discernons la stratégie pédagogique divine.

L’Éternel répondit : Fais-tu bien de te fâcher ? Jonas sortit de la ville et s’assit à l’est de la ville. Là il se fit une hutte et s’assit dessous, à l’ombre, afin de voir ce qui arriverait dans la ville. L’Éternel Dieu fit intervenir un ricin, qui s’éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l’ombre sur sa tête et pour lui ôter sa mauvaise humeur. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin.  Mais le lendemain, quand parut l’aurore, Dieu fit intervenir un ver pour s’attaquer au ricin, et le ricin sécha.  Au lever du soleil, Dieu fit intervenir un vent d’est étouffant, et le soleil s’attaqua à la tête de Jonas, au point qu’il tomba en défaillance. Il demanda la mort et dit : La mort m’est préférable à la vie. Dieu dit à Jonas : Fais-tu bien de te fâcher à cause du ricin ? Il répondit : Je fais bien de me fâcher jusqu’à la mort. Et l’Éternel dit : Toi tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait grandir,  qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille êtres humains qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des bêtes en grand nombre !

Vous avez remarqué que tout comme les meilleurs pédagogues, il arrive à Dieu de procéder par des questions.
A deux reprises Dieu pose cette question : « Fais-tu bien de te fâcher ? » (v. 4, 9). Dans le contexte de la première occasion où il pose cette question, Jonas est fâché parce que Dieu a fait preuve de compassion et de bienveillance envers les Ninivites. En clair, Dieu le pédagogue a pour but d’amener Jonas à cesser de se fâcher de la compassion et de la bienveillance qu’il a montrées envers les Ninivites. Le but est d’amener Jonas à se réjouir de la grâce dont ses ennemis sont les bénéficiaires. Le but est d’amener Jonas à combattre son syndrome détestable.

Vous avez remarqué également qu’à trois reprises Dieu « fait intervenir » quelque chose dans cette salle de classe. Tout comme les meilleurs pédagogues, il arrive à Dieu de se servir de supports visuels. Dieu avait déjà « fait intervenir » un grand poisson (même verbe en 2,1), mais les trois jours et trois nuits passés dans les entrailles du poisson n’avaient pas suffi pour que Jonas apprenne la leçon une fois pour toutes. Dieu le pédagogue fait donc intervenir un ricin d’abord. Quelle que soit la forme de cette plante, elle a pour effet de protéger la tête de Jonas face au soleil et de réjouir le cœur de Jonas. Ensuite, Dieu le pédagogue fait intervenir un ver qui s’attaque à cette plante, et, du coup, elle sèche. Enfin, Dieu le pédagogue fait intervenir un vent d’est qui lui aussi dessèche la plante, si bien que le soleil tape maintenant sur la tête de Jonas. Bilan ? Jonas est à nouveau fâché. Dieu le pédagogue lui pose la question :
« Fais-tu bien de te fâcher à cause de la plante ? » Jonas n’en démord pas.

C’est comme si Dieu le pédagogue continuait ainsi : « Alors, Jonas, réfléchissons ensemble. La destruction de cette plante, ça te prend aux tripes, ça provoque ton indignation, c’est un sujet de profonde préoccupation pour toi. Et moi, je n’aurais pas le droit d’être pris aux tripes par la destruction potentielle de 120 000 êtres humains ainsi que beaucoup d’animaux ? Cela ne pourrait pas être le sujet d’une  profonde préoccupation pour moi, le sort de ces gens ? Cette petite plante, elle n’est même pas de ton ressort finalement – ce n’est même pas toi qui l’as fait pousser ! Une petite plante éphémère, tu te préoccupes de son sort, tu déplores sa destruction, tu es en colère à cause de sa destruction au point de vouloir mourir… Et tu ne voudrais pas que moi, je m’occupe du sort d’êtres humains ? »

Or Ninive est décrite au verset 11 comme étant « une grande ville ». A ce stade du livre, il me semble que le lecteur n’est pas en droit de considérer que cet adjectif « grand » ait simplement trait à la taille de la ville, au nombre de personnes que Ninive comprenait. Il existe une dimensionqualitative à cet adjectif. Je ne suis pas en train de nier la gravité des péchés des Ninivites – la méchanceté, le mal avait aussi été qualifié de « grand » ! Mais Ninive est une « grande » ville dans ce sens-ci : elle est grande dans le cœur de Dieu. C’est ce que le chapitre 3 nous a déjà amenés à comprendre : « Ninive était une grande ville devant Dieu » (3,3) : « …devant Dieu » ou « aux yeux de Dieu » ou « dans l’optique de Dieu ». Si Jonas n’avait pas fait pousser la plante, il en est tout autrement du rapport entre Dieu et Ninive – les Ninivites sont ses créatures à Lui quand même !

« Je n’aurais pas pitié de Ninive… ? » Le livre s’achève ainsi par cette question du verset 11. Nous ne savons pas comment Jonas y a répondu. Mais connaître la réponse de Jonas n’est pas l’essentiel. C’est notre réponse cette année qui compte, et cette question du verset 11, nous ne pouvons l’esquiver : « Je n’aurais pas pitié de Ninive… ? » Qu’est-ce que nous en pensons par rapport à notre contexte ? Voudrions- nous que nos ennemis soient sauvés ? Ces créatures de Dieu ? Ou bien nous préoccupons-nous davantage du sort de l’équivalent du ricin – de notre confort matériel, de notre réputation, de notre tranquillité de vie ?

Que Dieu nous donne d’entrer dans ses projets, de lui emboîter le pas, de faire preuve d’un cœur bienveillant, compatissant, miséricordieux envers celles et ceux du dehors qui courent à leur perte, y compris les personnes que nous avons du mal à aimer…

A ce titre les Ecritures nous incitent à puiser des ressources auprès de celui qui est à la fois un « Plus-que-Jonas » et un « Anti-Jonas »

3. Marcher sur les traces du « Plus-que-Jonas » qui est également un « Anti- Jonas »

« Plus que Jonas » est l’expression que nous rencontrons dans deux passages du Nouveau Testament qui nous propulsent vers le jugement final – vers le moment où Jésus jugera les vivants et les morts ; pour ce jugement, il se servira, nous est-il dit dans les deux passages, des Ninivites ! Jésus est

« Plus-que-Jonas » par deux aspects.
Il l’est de par l’aspect qui est mis en relief en Matthieu 125 : il convient de comparer le temps passé par Jonas dans le ventre du grand poisson au temps passé par Jésus dans le sein de la terre. Jésus meurt bel et bien : il est même enseveli. Mais non pas définitivement, car au final il est impossible qu’il soit retenu par la mort6. Il est difficile de considérer la mort et la résurrection de Jésus sans en même temps considérer la grâce – le fait qu’il a assumé sur la croix toute la colère de Dieu qui devrait s’abattre sur nous justement parce que nous sommes des égoïstes comme Jonas. Jésus est également « Plus-que- Jonas » de par l’aspect qui est mis en relief en Luc 117 : il convient de comparer la prédication de Jonas à la prédication de Jésus. Un message d’avertissement, un message d’appel à la repentance. Il est difficile de considérer la prédication de Jésus sans en même temps considérer les objets de cette prédication et la grâce qui a coulé envers toute une gamme de personnes.

En effet, si Jésus est un Plus-que-Jonas, ne serait-il pas légitime de discerner en lui en même temps un Anti-Jonas8, c’est- à-dire, celui qui incarne l’inverse du syndrome de Jonas ? Considérons comment les contemporains de Jésus l’ont perçu. Jésus n’a-t-il pas été accusé d’être un ami des collecteurs de taxes, un ami des pécheurs9 ? Lorsqu’une femme de mauvaise réputation s’est approchée de lui, a mouillé les pieds de Jésus de ses larmes, a répandu du parfum sur ses pieds, Jésus n’a-t-il pas été critiqué10 ? Les pharisiens et les scribes n’ont-ils pas été troublés par le fait que Jésus accueillait des pécheurs et mangeait avec eux11 ? Les disciples eux- mêmes n’ont-ils pas été étonnés par le fait que Jésus parle avec une femme12 ? Il s’agissait d’ailleurs d’une Samaritaine avec un passé moral déshonorant.

A coup sûr, il n’a jamais approuvé le péché ! A coup sûr, il a insisté sur la repentance ! Mais Jésus n’est-il pas  venu pour des exclus au plan socio- économique, des exclus au plan rituel, des exclus au plan sexuel, des exclus au plan racial, des exclus au plan politique ? N’est-il pas venu pour ses ennemis ?

N’a-t-il pas enseigné que son Père était bon pour les ingrats et pour les méchants ?13 Le Christ n’est-il pas mortpour des ennemis de Dieu ? N’est-il pas mort pour ces personnes lorsqu’elles étaient encore des impies14 ? Ne faisons-nous pas partie de ce groupe-là – des anciens ennemis de Dieu, réconciliés avec Lui par la mort du Christ, et cela par pure grâce ?

Avons-nous besoin d’autres preuves encore que Jésus était un Anti-Jonas ? Considérons sa compassion ! A un moment donné il a vu une grande foule, et il en a eu compassion, parce que les uns et les autres étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger15. A un autre moment il a pleuré sur Jérusalem, cette ville qui avait rejeté les prophètes de Dieu et qui le rejetait lui aussi16.

Mais son Evangile n’était pas destiné uniquement aux Juifs mais encore à des personnes issues de toutes les nations. Jésus, en qualité de Serviteur souffrant, était la lumière des nations, et le salut qu’il apportait devait s’étendre jusqu’aux extrémités de la terre17.

Je connais des étudiants à l’Institut Biblique qui quittent leur zone de confort en vue de nouer avec d’autres personnes – et cela dans le but de leur annoncer l’Evangile. Ce sont des étudiants dont l’attitude est le contraire de celle de Jonas. Je veux vous saluer, et je remercie Dieu pour vous…

Conclusion

Parmi les paraboles prononcées par Jésus, l’une des plus connues est communément intitulée « la parabole du fils prodigue ». Mais cette parabole commence ainsi : « Un homme avait deux fils »18. L’un des fils – le fils cadet – est en effet un fils prodigue : il gaspille son argent et mène une vie dissolue. Mais il se trouve que l’autre fils fait partie intégrante de la parabole, et cet autre fils – le fils aîné – est gravement atteint par le syndrome de Jonas. Il se révèle que le père fait preuve de compassion et de bienveillance envers son fils cadet qui souhaite renoncer à sa vie dissolue. Sur quoi le fils aîné se met en colère. Comme Jonas. Mais, à titre de réaction, c’est comme si le père s’exprimait avec insistance : « non, il fautfaire la fête si ton frère se repent de sa vie de débauche – c’est comme s’il revenait à la vie ; c’est comme si l’on retrouvait un perdu ! »

Il y a « plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance »19.

Notre attitude envers les morts au plan spirituel, envers les perdus, y compris celles et ceux que nous avons du mal à aimer, sera-t-elle calquée sur celle de notre Père, le Dieu « compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance… » ? Sur celle du Dieu qui peut lancer cet appel aux Israélites rebelles : « [C]e que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de vos mauvaises voies. Pourquoi devriez-vous mourir, maison d’Israël ? »20 ?

Notre attitude envers les morts au plan spirituel, envers les perdus, y compris celles et ceux que nous avons du mal à aimer, sera-t-elle calquée sur celle de notre Seigneur Jésus-Christ qui accueille des pécheurs et mange avec eux ?

Sur celle du Seigneur qui peut aller jusqu’à la mort sur la croix et qui peut même faire preuve de compassion lorsqu’il est attaché à cette croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »21 ?

Etudiants sortants et diplômés, étudiants actuels, participants à la semaine d’évangélisation, quiconque se dit croyant : combattons le syndrome de Jonas – méditons le caractère du Dieu de la grâce et marchons sur les traces de l’Anti-Jonas…

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  1. Cette conférence s’inspire du cours d’hébreu 3 qui a eu lieu en second semestre de l’année académique 2009- 2010. Dans ce cadre, l’auteur a étudié le texte du livre de Jonas avec Yves DUCHENNE, alors étudiant en 3eannée, et a grandement apprécié, et bénéficié de l’interaction avec lui. En plus de nombreux commentaires qui ont été consultés en cours de route, deux ouvrages peuvent être cités au plan bibliographique : Timothy KELLER, The Prodigal God,Recovering the Heart of the Christian Faith, Londres, Hodder & Stoughton, 2008, 139 p. ; Randy NEWMAN,Questioning Evangelism, Engaging People’s Hearts the Way Jesus Did, Grand Rapids, Kregel, 2004, ch. 11, p. 211-225.
  2. rā‘āh
  3. Comme les marins païens l’ont fait en 1,16.
  4. Il s’agit du passage-clé qui présente le dénouement du récit. Au plan structurel, ces versets se rangent à part. En effet, la partie précédente du livre comporte des marqueurs structurels qui mettent en évidence le contraste entre le Jonas désobéissant (ch. 1) et le Jonas obéissant (ch. 3) ainsi que le contraste entre la prière prononcée par le Jonas « en bonne santé spirituelle » (ch. 2) et la prière prononcée par le Jonas « en mauvaise santé spirituelle » (début du ch. 4). Dans ces quatre sous-sections, on passe ainsi du négatif au positif, ensuite du positif au négatif. Avec 4,4-11, on arrive à une section qui se démarque de cette structure et qui constitue la conclusion du livre.
  5. V. 41.
  6. Ac 2,24.
  7. V.32
  8. Ainsi Sylvain ROMEROWSKI (cours non publié, Faculté Libre de Théologie Evangélique, Vaux-sur-Seine, 2005).
  9. Lc 7,34.
  10. Lc 7,39.
  11. Lc 15,1-2.
  12. Jn 4,27.
  13. Lc 6,35.
  14. Rm 5,6.10.
  15. Mc 6,34.
  16. Lc 19,41 ; cf. Lc 13,34 (et l’attitude de Paul en Romains 9,3).
  17. Es 49,6 ; cf. Es 42,6.
  18. C’est nous qui soulignons.19 Lc 15,7 ; cf. 15,10.
  19. Lc 15,7 ; cf. 15,10.
  20. Ez 33,11.
  21. Lc 23,34.