Justification et régénération (Charles LEITER)

Charles LEITER, Justification et régénération, tr. de l’anglais (Justification and Regeneration, 2009) par Pierre-Luc RIVARD, Trois-Rivières, Cruciforme, 2017, 208 p.

Je suis reconnaissant à Dieu pour l’ami qui m’a recommandé ce livre.  Il fait chaud au cœur.  Il est centré sur l’Evangile et fort édifiant.  Cela ne devrait pas surprendre pour un livre chrétien, mais il est également truffé de citations bibliques.  Il est bien écrit, d’une lecture facile et contenant certaines illustrations excellentes (p. ex., p. 36-37, 130).

De quoi parle-t-il ?  Certes, il traite de la justification et de la régénération, comme le titre le laisse penser, mais voici un résumé plus éclairant du contenu : « les nouveautés s’appliquant au croyant et leurs implications pour la sanctification1 ».  Le croyant a changé de statut, de royaume, d’identité ; il possède un nouveau cœur et une nouvelle nature.  Leiter explore ces réalités en mettant en avant texte biblique après texte biblique. Il s’exprime avec clarté sur des questions politiquement peu correctes (dont le péché et les fausses conversions), et il est mû par le caractère merveilleux des réalités bibliques qu’il évoque, et cela le conduit à citer des cantiques à titre de doxologie.

C’est un livre qui sera apprécié par chaque croyant qui prend la mortification de la chair au sérieux.  Deux d’entre les appendices énumèrent sous forme de listes ce qui a changé pour nous qui sommes en Christ, ainsi que les bénédictions spirituelles dont nous jouissons en lui : rien que ces pages du livre sont un grand cadeau.

L’auteur n’adhère ni à une vie de défaite ni au « perfectionnisme » pour le chrétien.  Mais il se trouve nettement plus près du second pôle que du premier (« [s]a vie est principalement caractérisée par la victoire2 », p. 199).  Personnellement, je place le curseur à un endroit plus « pessimiste » que lui sur le spectre : il aurait été possible d’insister plus dans le livre sur la guerre spirituelle (cf. Ep 6,10ss ; Ga 5,16ss ; Rm 8,13 ; 1 P 2,11).  Contrairement à l’optimisme de Leiter, la promesse d’Ezéchiel 36,27 (obéissance aux ordonnances de Dieu grâce à un cœur nouveau) ne se réalise que partiellement durant cette vie (p. 70-71)3.  J’ai aussi tiqué face à son identification trop hâtive entre la « chair » (la nature pécheresse) et le corps physique (p. 95, 204).

Mais l’appréciation globale est très favorable : que bien des croyants puissent bénéficier du « boost » spirituel qu’accorde la lecture de ce livre.  Car

En [Christ], nous possédons « toutebénédiction spirituelle » et ne manquons de rien ; nous avons reçu « toutce qui contribue à la vie et à la piété ».  Les chrétiens n’ont besoin que du Christ : ils doivent reconnaitre ce qu’ils ont reçu en lui (p. 121 ; c’est lui qui souligne).

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  1. Par moments, le terme « sanctification » aurait été préférable à « régénération » (p. ex., p. 131, 136).  Mais, en clair, la régénération donne lieu à la sanctification. Sur ce plan, de temps à autre, la précision dans les propos fait défaut : au lieu de dire que « la régénération est un changement de royaume » (p. 115) ou qu’elle « constitue un changement de royaume » (p. 125), il conviendrait d’affirmer qu’elle donne lieuà ce changement.
  2. C’est lui qui souligne.
  3. Dans le contexte, le texte d’Ezéchiel donne à penser que l’obéissance sera totale.  Par ailleurs, il me semble que les propos de Jésus sur le cœur dans Marc 7,21-22 restent malheureusement vrais pour le converti, même si celui-ci est doté des capacités de mettre à mort le péché qui subsiste en lui.  Je reconnais les difficultés qu’entraîne cette prise de position quant à l’articuler avec la réalité du nouveau cœur chez le croyant.  On pourrait être tenté de parler en termes d’intervention chirurgicale du cœur (opérée par le Saint-Esprit) qui est toujours en cours ou d’une nouvelle intervention qui devra avoir lieu lors de l’eschaton, mais il vaudrait sans doute mieux laisser subsister la pointe de l’emploi de chaque métaphore dans son contexte.