La doctrine (théologie systématique) : pourquoi l’étudier ?

Introduction 

« Je ne m’intéresse pas à la doctrine mais à la pratique de la vie chrétienne ».  De prime abord, on peut comprendre ce genre de remarque.  Dans nos Eglises, nous avons affaire à de nombreux croyants qui recherchent de l’aide pratique face à leur lot de problèmes, et, quant aux gens de l’extérieur, l’impératif est de leur annoncer l’Evangile en vue de leur salut.  Comment justifier des réflexions abstraites menées sur la Trinité ou sur les controverses relatives à la fin des temps ?  Pire, certains théologiens semblent s’enticher, au nom de la doctrine, de questions dont l’Ecriture ne discute pas (« quel est le nombre total d’anges élus ? ») – démarche qui pourrait nous éloigner de la parole de Dieu toute suffisante (cf. Dt 29,28).  De surcroît, l’expérience de plusieurs croyants face à des enseignements doctrinaux, c’est l’ennui : des propos apparemment théoriques sont énoncés et suivis par des listes de versets, ce qui n’est pas la tasse de thé de tout le monde…  Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la doctrine n’a pas toujours bonne presse dans nos milieux évangéliques.  Pourquoi voudrait-on étudier une matière qui n’a guère trait à la vie de tous les jours ?

1De bons réflexes doctrinaux sont une visée obligatoire pour tout croyant

En partie, ce qui pose problème, ce sont les connotations souvent associées au terme « doctrine ».  Si nous remplacions celui-ci dans notre esprit par « vérité » ou « contenu de notre foi », cela permettrait sans doute à pas mal de croyants d’accueillir plus aisément la notion en question.  En effet, dans le domaine de la doctrine (la « dogmatique » ou la « théologie systématique », par opposition à l’« exégèse »1, à la « théologie biblique »2, à la « théologie historique »3 et à la « théologie pratique »4), on s’intéresse tout simplement à ce que la Bible a à nous dire sur des sujets donnés.  Qui dit « Bible », dit aussi « doctrine » !  Le fait même de nous tourner vers la Bible en tant que source d’autorité correspond à une démarche doctrinale.  En fait, acquérir des compétences doctrinales n’est pas facultatif.  Nous, croyants en Jésus-Christ, sommes appelés à aimer Dieu de toute notre intelligence (Mc 12,30), à être adultes dans notre manière de réfléchir (1 Co 14,20), à « amener toute pensée captive à l’obéissance du Christ » (2 Co 10,5).  L’appel à « combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » est adressé aux croyants en général (Jude 3).  Edifier nos frères et sœurs en Christ « en disant la vérité avec amour » est une obligation enjointe à tout croyant (Ep 4,15).  Les enseignements doctrinaux dans les épîtres du Nouveau Testament ne sont pas destinés uniquement aux responsables : même dans les épîtres pastorales, Timothée et Tite ne sont pas les seuls visés, comme en atteste l’emploi du pluriel à la fin (« vous » [1 Tm 6,21 ; 2 Tm 4,22] ; « vous tous » [Tt 3,15]).

2. De bons réflexes doctrinaux ne viennent pas aisément sans études particulières

Mais la Bible est un long livre, et elle comporte des difficultés (2 P 3,16).  En matière de doctrine, il faut être en mesure de ratisser large et de faire la synthèse de toutes les données bibliques en rapport avec tel ou tel sujet.  Si nous souhaitons nous informer sur la question de savoir si un croyant peut perdre son salut, il n’y a pas un seul endroit dans la Bible qui présente une synthèse des informations-clé ; en revanche, il faudrait avoir affaire à une longue liste de textes et prendre le temps de comprendre chacun d’eux dans son contexte (pour ce sujet – à certains égards complexe – qu’est l’assurance du salut, un séminaire du samedi est prévu à l’Institut le 21 juin 2014).  Certes, d’autres ont déjà réalisé ce genre de travail, et des manuels de théologie systématique existent5 ; il n’en reste pas moins que les convictions de chacun(e) sont forgées par le travail personnel – et, à cela, il faut consacrer du temps.

3. De bons réflexes doctrinaux permettent de répondre à des questions controversées telles qu’elles se présentent à nous 

Si la Bible n’est pas rédigée sous forme de manuel de théologie systématique, ce fait même ne devrait-il pas nous garder de mettre l’accent sur la doctrine ?  Dans une certaine mesure, on voudrait répondre par l’affirmative : ce que nous proposons dans cet article n’est pas d’ériger la doctrine en rival à l’exégèse6 ou à la théologie biblique, et l’accent qui est mis à l’Institut sur cette dernière discipline reflète nos convictions concernant l’importance de la forme des Ecritures.  Cela dit, qu’on le souhaite ou non, les questions que d’autres (nous) posent, et que nous pouvons nous poser, revêtent très souvent un caractère « doctrinal ».  Il peut s’agir de sujets plutôt controversés tels que les douze questions suivantes7.  Un bouddhiste sincère connaîtra-t-il la vie éternelle ?  Pourquoi l’adultère peut-il être proscrit vu qu’il semble si bienfaisant ?  La mort de Jésus sur la croix est-elle un acte de « maltraitance au plan cosmique » ?  Notre association d’Eglises devrait-elle envisager de faire alliance avec l’Eglise Catholique Romaine ?  Comment puis-je faire confiance à Dieu alors que mon meilleur ami vient de décéder d’un cancer ?  Comment savoir si ma mère est une chrétienne authentique ?  Pourquoi ne pas jeter un œil à un peu de pornographie ?  Quel mal y a-t-il si les membres de la tribu Digo en Tanzanie n’ont jamais entendu parler de Jésus ?  Pourquoi certains évangéliques s’opposent-ils à certains enseignants en milieu chrétien ?  Devrions-nous nous passer de prédications dans notre culture post-moderne ?  La petite « Eglise de maison » qui se réunit près de chez moi correspond-elle véritablement à une Eglise ou à une secte dangereuse ?  Devrait-on permettre à des personnes ayant une vie sexuelle bibliquement irrégulière de devenir responsables au sein d’Eglises locales ?

Si nous sommes armés pour répondre à de telles questions, c’est parce que nous sommes capables de résumer l’essentiel du verdict qu’apportent les Ecritures sur ces sujets.  En d’autres termes, nous sommes armés au plan doctrinal.  Il est à noter que ces questions ne sont pas posées sous ce genre de forme : « Que veut dire 2 Timothée 3,8 ? »  Il se peut qu’on nous pose également une question si pointue d’exégèse (et cela réjouirait peut-être notre cœur), mais nous nous trouvons sans doute plus souvent face à des questions relevant de sujets avec lesquels des personnes se débattent plutôt que de difficultés d’interprétation textuelle.  Si telle est votre expérience, force est de constater que, pour vous, des études doctrinales seraient/sont fort utiles.

4. De bons réflexes doctrinaux permettent de déceler et de contrer l’erreur

Ce constat donne à réfléchir : une mauvaise réponse – une réponse qui n’est pas en adéquation avec la révélation biblique – à l’une ou à l’autre des questions que nous venons de citer induirait en erreur et pourrait être cruelle8.  Des débats concernant la personne du Christ peuvent nous paraître abstraits, mais, à moins de reconnaître à la fois sa divinité et son humanité (en une seule personne), nous nous privons du salut éternel (Jn 5,17-24 ; 2 Jn 7-11 ; Hé 2,17 ; Mt 11,27 ; 1 Tm 2,5).  Nous trouvons peut-être nos amis catholiques sympathiques, et notre instinct pourrait aller dans le sens de présupposer qu’ils sont sauvés même s’ils sont fidèles aux enseignements du catholicisme officiel, mais le verdict des Ecritures est que le salut vient par la foi seule (Rm 3-5 ; Ga 2-3) et que le fait d’y ajouter des œuvres conduit à « un autre Evangile qui n’en est pas un » (Ga 1,6-9).

Dans une perspective plus positive, plus on a de bons réflexes doctrinaux, plus on a les « antennes » qui permettent de déceler l’erreur, et plus on est en mesure de « réfuter les contradicteurs » (Tt 1,9) et de protéger ainsi des brebis face aux loups (Ac 20,28-29).  Un pasteur/ancien qui souhaite prendre cet aspect de sa charge au sérieux est obligé de devenir un bon théologien.  

5. De bons réflexes doctrinaux nous permettent de nous prémunir contre le réductionnisme

Souvent des erreurs proviennent d’une incapacité à tenir compte de l’intégralité des données scripturaires dans tel ou tel domaine doctrinal.  Il n’est pas possible d’affirmer la vérité X trop énergiquement ; mais il est quand même possible d’affirmer la vérité X trop exclusivement, si bien que l’on finit par nier la vérité Y.  Souligner la transcendance de Dieu est biblique ; la souligner aux dépens de l’immanence (la présence) de Dieu ne l’est pas et amène au déisme (l’idée d’un Dieu qui est absent, qui ne s’intéresse pas à ce qui se passe dans l’univers).  Inversement, souligner l’immanence de Dieu est biblique ; la souligner aux dépens de sa transcendance ne l’est pas et amène au panthéisme (l’idée que Dieu égale la création).  L’étude de la théologie systématique (la doctrine) entraîne le but de faire justice à toutes les informations au sein des Ecritures, d’englober toute donnée pertinente au sujet en question – d’éviter le réductionnisme.

Il est de mise de reconnaître à quel point il est facile d’adopter une perspective réductrice (et donc erronée).  On peut s’en tenir – apparemment fidèlement – à des propos bibliques et en tirer des conclusions fausses.  Par exemple, on peut imaginer que le fait que Dieu ordonne aux non-croyants de se repentir implique que les non-croyants sont capables, de leurs propres forces, de se tourner vers Dieu, alors que ce n’est pas possible sans l’intervention du Saint-Esprit.  On peut imaginer, à tort, que la providence tout englobante de Dieu fait de nous des robots.  On peut imaginer, à tort, que la présence du mal dans le monde nécessite l’idée que Dieu n’est pas entièrement souverain ou qu’il n’est pas entièrement bon.  On peut constater (à raison) que Dieu ne dort jamais (Ps 121,4) et en tirer la conclusion (fausse) que Jésus, qui dormait (cf. Mc 4,38), n’est pas divin.

6. De bons réflexes doctrinaux sont nécessaires à l’interprétation de passages particuliers et à l’enseignement de la Bible

Il est vrai que nos enseignements peuvent, voire doivent, porter le plus souvent sur des passages particuliers de la Bible (par opposition à des questions doctrinales ou thématiques).  Mais l’interprétation de tel ou tel passage individuel nécessite de bons réflexes au plan doctrinal.  En effet, un texte doit être interprété et dispensé à la lumière non seulement de son contexte immédiat mais encore de son contexte biblique plus large.  Si l’on est en train de préparer une étude biblique sur Jean 14,28 (« …le Père est plus grand que moi »), il est souhaitable qu’on ait des connaissances dogmatiques suffisantes pour sensibiliser à ne pas comprendre ce verset dans le sens de nier la divinité du Christ9.  Un bon théologien qui prépare une prédication sur 1 Pierre 3 n’aura pas comme réflexe d’interpréter le verset 21 (« …le baptême qui vous sauve… ») dans le sens de la justification par les œuvres ; ou, en travaillant le chapitre suivant, il saura que « celui qui a souffert … en a fini avec le péché » (1 P 4,1) ne doit pas être compris dans le sens de suggérer que certaines personnes ne pèchent plus.  Semblablement, l’enseignant qui est affûté au plan doctrinal et qui se penche sur 1 Timothée 2,4 (Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés ») saura que ce verset n’implique pas que tout être humain sera sauvé (l’erreur de l’universalisme) ni que Dieu se révèle impuissant à sauver tout le monde malgré son désir10.  

Ce n’est pas que notre « système » théologique doive primer par rapport à l’exégèse : le système, qui est le produit de l’exégèse de beaucoup de textes, peut être remis en cause par notre travail inductif sur tel ou tel passage, mais, en définitive, celui-ci doit s’harmoniser avec la cohérence biblique globale.  Les meilleurs prédicateurs et enseignants sont aussi de bons théologiens dans la mesure où ils ont de bonnes « fibres » quant à cette cohérence globale.

7. De bons réflexes doctrinaux nous équipent pour diverses circonstances pastorales

Elargissons notre perspective au ministère pastoral en général.  Cela arrive à des croyants zélés de vouloir servir des frères et sœurs tout en se méfiant de la formation biblique.  La réalité de la vie ecclésiale nous enseigne rapidement la nécessité de nous procurer l’équipement nécessaire que sont des connaissances bibliques – y compris spécifiquement doctrinales.  Ne voudrait-on pas être armé pour réconforter un croyant qui est sur le point de mourir ?  Pour aider un couple en difficulté ?  Pour répondre de façon appropriée à un croyant qui pense que son appartement est habité par des démons ?  Pour prier à haute voix dans l’assemblée face à une catastrophe nationale ?  Pour conseiller une jeune croyante qui s’interroge sur la question de savoir si elle ne devrait pas passer par les eaux du baptême ?  Pour justifier auprès d’un jeune converti la décision de ne pas considérer 2 Maccabées comme faisant partie de la parole de Dieu ?  Pour expliquer le sens de la cène ?  Pour fortifier un croyant qui lutte contre des tentations sexuelles ?  Pour répondre à un membre de l’Eglise qui est convaincu que le concubinage est acceptable ?  Pour proposer des pistes de conversation éventuelles à une croyante qui souhaite discuter avec ses amis musulmans ?  Pour favoriser la sanctification d’un frère qui a du mal à maîtriser son tempérament colérique ?  Pour permettre à une sœur de rectifier le tir quant à son manque d’estime d’elle-même ?  Pour encourager l’utilisation des dons chez les membres de l’Eglise – et cela de façon à maximiser la gloire qui revient à Dieu ?  Pour dissuader un jeune croyant qui voudrait envisager le mariage avec une non-croyante ?

Il ne s’agit pas de soutenir que le bon théologien est forcément un bon pasteur, car le tact, l’amour, la patience, la prière jouent également12.  Dans le contexte de notre compréhension du Christ, Piper nous encourage à prier ainsi : « Ote de nos cœurs les idées fausses et préconçues au sujet de sa personne, car elles sont en nous un obstacle à la louange et l’obéissance »13.  

Conclusion

La doctrine est comme un puzzle : les pièces s’ajustent les unes avec les autres.  Modifier les données concernant le péché, et l’on modifie les données concernant l’œuvre du Christ.  De même, doctrine et pratique forment un ensemble.  A défaut d’adhérer au caractère suffisant des Ecritures, on risque de rechercher la voix de Dieu ailleurs ; faute de souscrire à la réalité que le péché continue à subsister chez le croyant, on risque d’adopter une forme de perfectionnisme dans le présent ; à moins d’être convaincu de l’importance de l’Eglise locale, on risque de prendre ses engagements en son sein à la légère.  Refusons tout clivage entre, d’un côté, nos convictions en matière de théologie systématique et, d’un autre côté, la qualité de notre relation avec Dieu et de notre service chrétien.  On comprend que certaines expériences d’enseignements apportés dans le domaine de la doctrine aient pu être frustrantes, mais il est important de lutter en faveur d’un esprit « doctrinal » qui se conforme à la révélation de Dieu précisément parce qu’il y va de notre pratique – et de notre utilité entre les mains de Dieu.  

Que Dieu soit de plus en plus honoré par nos réflexions, nos réflexes et nos enseignements dans ce domaine – ainsi que par la pratique qui en découle.

A l’Institut Biblique Belge, nous proposons un « Survol de la doctrine » en première année suivi par un approfondissement, domaine par domaine, en second cycle14.

Télécharger l’article ici.
  1. Etude de passages au sein des Ecritures.
  2. Etude de la théologie du déroulement de l’histoire du salut telle qu’elle émerge d’une lecture inductive et progressive des livres bibliques considérés dans leur ordre canonique (depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse).
  3. Etude des points de vue sur des questions de doctrine tels que formulés par nos ancêtres spirituels.
  4. Etude des matières les plus directement pratiques telles que « Ministère pastoral », « Laboratoire de prédication », « Ministère parmi les jeunes »…
  5. Profiter en particulier de Wayne GRUDEM, Théologie systématique, Introduction à la doctrine biblique, tr. de l’anglais (Systematic Theology, 1994/2007) par Jean-Philippe BRU, Anne-Christine FOURIER, Michèle SCHNEIDER, Charols, Excelsis, 2010, 1493 p.
  6. Le sujet de l’équivalent de cet article dans le numéro précédent du Maillon.
  7. Recensées par Richard COEKIN dans Trevor ARCHER, Tim THORNBOROUGH, dir., Rock Solid, 12 Gospel Truths to Live By, New Malden, Good Book Company, 2009, p. 7.
  8. Cf. le titre d’un livre rédigé par C. FitzSimons ALLISON (The Cruelty of Heresy, An Affirmation of Christian Orthodoxy, Harrisburg [Pennsylvanie], Morehouse, 1994, 197 p.).
  9. Dans ce cas-ci, il faut comprendre le fait que le Père est supérieur au Fils quant à son rôle/sa fonction (et non quant à son ontologie/son être).
  10. Il existe une distinction à reconnaître entre la volonté « de décret » chez Dieu (le fait qu’il maîtrise toute chose) et sa volonté « de précepte » (ses commandements).
  11. Cf. Paul D. TRIPP, Instruments dans les mains du Rédempteur, Quand Dieu utilise des gens qui ont besoin de changement, pour en aider d’autres qui ont besoin de changement, tr. de l’anglais (Instruments in the Redeemer’s Hands, 2002), Montréal, Cruciforme, 2013, 508 p.[/note.  Mais on ne peut pas se passer de la doctrine dans le ministère pastoral.

    8. De bons réflexes doctrinaux facilitent la bonne gestion des relations avec des croyants issus de milieux autres que le nôtre

    Si nous élargissons l’optique davantage aux croyants de notre région, n’est-ce pas le cas qu’il peut être difficile de savoir comment envisager les relations avec d’autres Eglises et d’autres personnes qui se disent croyantes ?  Là encore, la doctrine se révèle notre alliée.  Imaginez ce cas de figure : vous désirez entretenir des relations saines et fraternelles avec d’autres Eglises dans votre région en vue de promouvoir l’œuvre de l’Evangile.  Mais vous savez que les responsables des autres Eglises ne partagent pas votre point de vue sur un certain nombre de questions.  Comment procéder ?  Embrasser une « hiérarchie des doctrines » telle que présentée par les Ecritures permet que beaucoup des jalons adéquats soient posés.  En effet, les Ecritures ne placent pas tous les dogmes au même rang d’importance : on devrait être prêt à mourir pour défendre la réalité de la résurrection, et, en même temps, on devrait être prêt, dans certaines circonstances, à ne pas insister sur son point de vue sur l’organisation ecclésiastique (si cela risque, par exemple, de mettre en péril une collaboration heureuse dans l’œuvre de l’Evangile avec une autre Eglise de la région).  En bref, c’est la proximité avec le cœur de l’Evangile qui compte en particulier.  Il est cependant triste de constater que parfois des ruptures s’opèrent en milieu évangélique sur des questions secondaires ou tertiaires, alors que des écarts flagrants sont tolérés sur des questions primordiales.  Des divisions ne sont pas en elles-mêmes le signe d’une mauvaise santé spirituelle (1 Co 11,19), mais si schisme il doit y avoir, qu’il soit nécessité par la fidélité à l’intégrité de l’Evangile.  A l’Institut, la série de cours de doctrine en premier cycle se termine par une considération de la hiérarchie des doctrines.  

    9. De bons réflexes doctrinaux promeuvent nos démarches dans le domaine de l’évangélisation et facilitent notre interaction avec les débats éthiques de notre société

    Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans cette même série de cours, nous démontrons la pertinence de la doctrine de la Trinité pour nos démarches dans le domaine de l’évangélisation.  En effet, contrairement à une perception répandue, cette doctrine est bien pratique !  Elle a trait à la prière, à la répartition des tâches au sein d’une équipe, à l’annonce du message, au message de l’Evangile lui-même, à la vie nouvelle pour des personnes qui se convertissent.  

    Certains pensent que des convictions « calvinistes » minent la motivation pour l’œuvre évangélisatrice, autrement dit, que l’attachement à la souveraineté de Dieu (notamment en matière d’élection) est difficilement compatible avec un élan évangélisateur ou avec une vie de prière saine.  Nous sommes convaincus que ce n’est pas le cas en perspective biblique, et nous passons du temps en cours à apprécier comment ces deux réalités (souveraineté divine et responsabilité humaine) sont affirmées côte à côte en maints endroits dans les Ecritures.  De plus, si nous avons de bons réflexes doctrinalement parlant, nous ne risquerons pas de faire trop de cas (ou trop peu de cas) du cadre dans lequel l’Evangile est annoncé ni de devenir manipulateur dans l’appel à la conversion. 

    La doctrine aiguise l’évangéliste pour ses conversations et permet qu’il ait en tête de bonnes questions à poser à ses interlocuteurs « athées », mormons, catholiques pratiquants, musulmans sincères… [Dans le cas de ces deux derniers, qu’en est-il de l’assurance de leur salut ?]  De bons réflexes doctrinaux nous permettent également de participer aux débats qui ont lieu sur la place publique.  Sommes-nous équipés pour prendre position, de façon adéquate, sur les questions brûlantes de société telles que le divorce, l’euthanasie, l’avortement, le « mariage » homosexuel, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui… ?  [Une série de cours d’éthique est également offerte à l’Institut.]  Qu’en est-il des rapports entre l’Eglise et l’Etat ?  Les chrétiens devraient-ils viser à influencer la politique ?

    10De bons réflexes doctrinaux donnent lieu à de bonnes pratiques dans le cadre de notre fonction de disciple

    Au final, dans le nouveau cosmos, nous servirons, louerons et glorifierons Dieu et l’Agneau en fonction de leurs attributs et de leurs œuvres (Ap 4-5 ; 7 ; 19).  A ce moment‑là, la bonne théologie donnera lieu à la bonne doxologie, et la corrélation entre vérité et vénération sera parfaite !  Entre‑temps, que nous puissions nous rendre compte de ce que cette corrélation entre doctrine et discipulat devrait exister déjà.  Considérons, par exemple, le cas de l’eschatologie : l’attente biblique, c’est que notre théologie de la fin amène une poursuite de la sanctification dans le présent (Col 3,1-5 ; Rm 13,11-14 ; Tt 2,11-14 ; 1 Jn 3,1-3 ; 1 P 1,16-17).  Autre exemple : si nous jouissons d’une appréciation de la doctrine de l’union avec le Christ – si nous nous savons revêtus de la justice du Christ – cela nous permettra de sauter de joie en présence de Dieu !  Plus nous contemplons le Christ de façon juste, plus nous serons incités à vouloir l’honorer.  Ecoutons John Piper : « Lorsque nous voyons Jésus tel qu’il est réellement, nous trouvons en lui notre joie, lui qui est le Véritable, qui est magnifique et qui nous conduit dans une vie de plénitude »11Jésus, Prendre plaisir à le découvrir, tr. de l’anglais (Seeing and Savoring Jesus Christ, 20042) par Laura LINGUET, Romanel-sur-Lausanne, Maison de la Bible, 2007, p. 121.

  12. Ibid., p. 33.
  13. Cf. notre programme académique (disponible en ligne).