La prédication « expositive » : pourquoi la privilégier ?

Le ministère pastoral ne se réduit pas à la prédication du dimanche matin. Mais il est d’une importance capitale que le troupeau qu’est l’Eglise locale soit bien nourri, et cela au premier chef par la parole prêchée1. Par la grâce de Dieu, plusieurs des récents diplômés de l’Institut sont doués pour apporter des prédications claires, fidèles, « nutritives » ; c’est aussi le cas de plusieurs des étudiants actuels. Si leurs messages bibliques sont souvent appréciés, la forme de leurs messages – qu’ils ont apprise pendant le cursus – revêt une certaine particularité. En effet, à l’Institut nous favorisons une approche en particulier : celle de la prédication « expositive »2.

Une définition : viser à exposer un texte

Toute prédication authentique comporte les éléments d’annonce de la part de Dieu et d’application aux auditeurs3. Dans une prédication qui se veut expositive, ces éléments sont censés émerger d’une portion particulière des Ecritures : à force d’étudier le passage biblique en question, on peut en discerner le sens et la signification, même si la spécificité de l’application peut varier d’un auditoire à un autre. Autrement dit, c’est le texte de la parole de Dieu qui dicte directement le message qui est livré. On parle ainsi de prédication textuelle, de prédication au service du texte ou de prédication exégétique ; « prédication inductive » pourrait également convenir4.

Ce n’est pas au milieu anglophone qu’on doit cette approche de la prédication, même si elle a certainement été promue par le célèbre John Stott : il vaudrait mieux associer la prédication expositive à Esdras (Né 8,8) et au francophone Calvin ! Plusieurs numéros du Maillon de ces dernières années comportent des exemples de prédications expositives (qui peuvent être consultées en ligne). Voici un rappel des titres d’une prédication de ce genre qui a paru dans le numéro de printemps 2013 ; elle avait été apportée par Marc-Etienne Debaisieux, alors étudiant et, depuis quelques mois, pasteur à Cavaillon :

Psaume 126 : En route vers la Jérusalem céleste – joie, prière, attente
• En constatant que Dieu nous a ramenés de l’exil, nous exprimons notre joie autour de nous ! (v. 1-3)
• En constatant que Dieu continue à ramener des captifs, nous prions avec audace ! (v. 4)
• En constatant que c’est avec larmes que nous semons, nous attendons le triomphe de la moisson ultime ! (v. 5-6)

Cette trame reflète le texte du psaume, interprété dans son contexte biblique global et appliqué aux chrétiens. Si l’Institut Biblique Belge n’a pas honte d’être associé avec cette forme de prédication – au contraire –, nous prenons néanmoins nos distances par rapport à deux idées qui ont parfois collé à la peau des adeptes de la prédication expositive.

Deux clarifications

1 Ce n’est pas le seul moyen légitime

D’abord, nous ne croyons pas qu’il s’agisse du seul type de prédication qui soit légitime. Les prédications des genres suivants sont toutes légitimes si tant est qu’elles correspondent à une annonce fidèle de la parole de Dieu qui vise une réponse chez les membres de l’assemblée :

• prédications doctrinales (p. ex., sur la justification par la foi seule)
• prédications sous forme de théologie biblique (p. ex., sur la notion de cité telle que dévoilée progressivement au travers de l’histoire du salut)
• prédications thématiques (p. ex., sur le mariage)
• prédications lexicales (p. ex., sur le terme « gloire »)
• prédications exposant un personnage biblique (p. ex., David)

2 D’autres prédications sont parfois préférables

Un second malentendu que nous voudrions dissiper, c’est la suggestion selon laquelle une prédication expositive est immanquablement préférable à une prédication d’un autre genre. Soyons bruts dans l’affirmation : un bon message doctrinal est préférable à un mauvais message expositif ! Un grand nombre de facteurs jouent dans la réussite d’une prédication : dans un précédent numéro du Maillon, nous en présentons six5. Une prédication expositive n’est pas synonyme de remède contre le sommeil ! Mais nous sommes convaincus que, toutes choses étant égales par ailleurs, c’est la méthode à préférer – et cela pour trois raisons essentielles.

Trois avantages majeurs6

1 Le fait de laisser la Bible s’exprimer telle qu’elle est

Par définition, un prédicateur expositif est soumis aux Ecritures, dépendant du texte biblique dont il est le serviteur. Son objectif étant d’exposer le passage choisi, il reste forcément proche de la parole de Dieu telle qu’elle s’y exprime. En d’autres termes, il engage une démarche qui est nettement cohérente avec la paternité divine des Ecritures. S’il atteint son but, il n’est pas moins ni plus que le porte-parole de Dieu (cf. 1 P 4,11). A coup sûr, on devrait pouvoir affirmer cela de n’importe quel prédicateur qui vise à être fidèle aux Ecritures, mais la fidélité aux Ecritures est une visée plus aisément réalisable pour celui qui apporte des messages expositifs. Celui-ci est plus enclin à dispenser la parole de Dieu avec droiture (2 Tm 2,15) et moins enclin à imposer à la Bible ses propres idées. Bref, du fait de rester fermement attaché au texte et d’en respecter son contexte, il est plus susceptible d’être doté d’autorité en tant que prédicateur. Lisons à ce sujet les propos d’un pasteur français de la région parisienne qui promeut activement la méthode expositive :

…[D]ans une prédication fidèle au texte biblique et guidée par le Saint‑Esprit, c’est « Dieu qui prêche ». Dans un souci appuyé de conformer sa pratique à la Parole, le prédicateur cherche à proclamer la Bible telle qu’elle se donne à lui, sa mission étant d’en expliquer la signification dans le cadre de l’Histoire du Salut, qui trouve son aboutissement en Jésus-Christ. C’est sur ce fondement qu’il encourage ses auditeurs, par le biais de l’exhortation, à mettre en pratique cette signification une fois comprise, ce qui constituera le signe tangible de leur obéissance à Dieu et de la seigneurie de Jésus- Christ sur leur vie7.

2 Le fait de prêcher tout le conseil de Dieu (cf. Ac 20,27)

Pour notre deuxième avantage, nous présupposons un cadre dans lequel les membres d’une Eglise locale sont régulièrement, dans la durée, au bénéfice d’un régime de prédications expositives. L’atout d’un tel régime est que l’assemblée finit par entendre tout le conseil de Dieu (cf. Ac 20,27). Le prédicateur principal, ou les prédicateurs, aborde(nt) des livres bibliques en série, morceau par morceau, dimanche par dimanche. Par exemple, dans une Eglise de l’Ouest parisien8, les prédications suivantes ont été apportées, durant le printemps et l’été de 2012, sur l’épître de Jacques (sous le titre global de « la foi authentique »)8 :

• 1,1-18 : une foi qui persévère dans l’épreuve et qui trouve sa joie dans le Seigneur
• 1,18-27 : une foi qui accueille la Parole en la mettant en pratique
• 2,1-13 : une foi qui aime de manière impartiale
• 2,14-26 : une foi qui travaille
• 3,1-12 : une foi qui dompte sa langue
• 3,13-4,12 : une foi qui se soumet humblement à Dieu
• 4,13-5,6 : une foi qui ne se vante pas
• 5,7-12 : une foi qui patiente et qui persévère
• 5,13-20 : une foi vécue en Eglise

Le fait de parcourir ainsi le texte intégral de l’épître veut dire que le prédicateur évite une sélectivité arbitraire ou malsaine, dictée par des « dadas ». On ne saurait se soustraire à la nécessité de considérer, entre autres, les rapports entre la foi et les oeuvres (ch. 2), un avertissement solennel adressé aux enseignants (ch. 3), les liens entre péché et maladie physique (ch. 5). Les Ecritures contiennent des questions doctrinales et éthiques qui fâchent. Le prédicateur expositif ne peut pas les esquiver ! D’autres formes de prédication peuvent laisser plus de marge de manoeuvre en ne traitant que quelques versets à l’intérieur d’un passage ou en arrêtant une lecture prématurément afin d’escamoter une question difficile…

Ce n’est pas qu’il soit souhaitable de faire des questions délicates – ou des versets bibliques difficiles à comprendre – l’unique préoccupation du prédicateur et de l’auditoire, mais que les contours bibliques seront plus aisément respectés si l’on couvre tout le terrain de la Bible de façon systématique9. De plus, les contours de la trame de l’histoire du salut se dégageront petit à petit si les Ecritures tout entières font l’objet de prédications suivies. Il n’est pas anodin de vouloir éclairer nos assemblées sur le panorama du message biblique global, de leur permettre de saisir les jalons-clé de l’histoire de la rédemption depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse.

Ce deuxième avantage entraîne un bénéfice qui est cohérent avec la paternité humaine des Ecritures : on découvre la variété des genres littéraires bibliques, la richesse de la diversité des éclairages sur l’Evangile, la complémentarité des façons dont notre grand Dieu se révèle à nous. Une prédication sur 1 Pierre et une autre sur Daniel pourraient toutes deux avoir pour but de fortifier la foi des croyants face à l’opposition, mais, du fait du genre littéraire propre à ces deux livres, elles le feraient de manière distincte et complémentaire. Dans sa sagesse, Dieu a déterminé que ses enfants profitent d’une gamme de formes littéraires : évangile, épître, narration, loi, histoire, prophétie, psaume, proverbe, discours de sagesse, vision apocalyptique… 10

3 Le fait d’enseigner à l’auditoire comment interpréter la Bible

On peut ainsi apprécier l’apport enrichissant qu’implique le fait de couvrir l’intégralité de la Bible en chaire. Mais on peut aussi comprendre que la réputation des prédications expositives a parfois souffert d’un amalgame avec des cours ou des conférences bibliques. Nous reconnaissons que ce danger existe, mais nous voudrions éviter cet amalgame en revenant sur notre insistance sur l’annonce et l’application qui doivent figurer dans toute prédication. En même temps, nous ne nions pas qu’il existe une dimension pédagogique avantageuse que la méthode expositive promeut indirectement : l’auditoire constate que la prédication provient du texte biblique et que lui-même aurait pu étudier le même texte et faire les mêmes constats. En effet, sans en être consciente, l’assemblée, en suivant le raisonnement du prédicateur semaine après semaine, apprend à interpréter correctement la Bible ! Incontestablement, cela représente un cadeau significatif permettant à des croyants de grandir spirituellement et d’être mieux équipés pour enseigner d’autres. De plus, là où des membres de l’assemblée risquent de se sentir visés, ils peuvent observer, dans leur propre exemplaire de la Bible ouverte au passage qui fait l’objet de la prédication, que c’est le texte (Dieu !) qui les met au défi – et non pas un prédicateur malin qui s’en prend à eux particulièrement11

Ce n’est pas qu’il soit nécessaire pour le prédicateur de préciser, pour chacun de ses propos, le verset sur lequel il s’appuie (une telle démarche pourrait devenir laborieuse au point de miner l’homilétique), mais l’expérience montre qu’une « culture béréenne » saine se développe : un auditoire exposé à des prédications émergeant du texte biblique prend l’habitude de vérifier les énoncés qu’il entend (cf. Ac 17,11). Cela donne lieu à cette conséquence heureuse : l’assemblée court moins le risque de se laisser induire en erreur.

Quatre sujets de prière

Nous avons discuté d’une méthode qui offre, à nos yeux, des avantages suffisants pour qu’elle soit valorisée comme « aliment de base » d’un régime sain dans une Eglise locale. Notre confiance ne réside cependant pas dans une méthode mais en Dieu lui-même. L’approche expositive peut normalement favoriser l’oeuvre de Dieu dans le coeur de l’auditoire, mais nous devons nous tourner vers Dieu pour que l’oeuvre s’effectue. C’est pourquoi nous terminons cet article par un appel à la prière en rapport avec les prédications apportées par les étudiants formés à l’IBB.

Merci de prier pour (1) les anciens étudiants qui prêchent semaine après semaine dans nos Eglises, (2) les étudiants actuels qui se forment en vue d’un ministère de prédication, (3) les futurs étudiants (que Dieu suscite un bon nombre de futurs prédicateurs), (4) les professeurs qui assurent les cours d’homilétique et de laboratoires de prédication. Pratiquer la prédication expositive est exigeant et ardu. Merci de prier, chère lectrice, cher lecteur, pour que Dieu fasse avancer, pour sa gloire, son règne en Europe francophone grâce à ce ministère précieux.

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  1. Nous défendons cette proposition dans le cadre du cursus de l’Institut !
  2. Si cet adjectif n’a pas encore été reconnu par l’Académie Française, le substantif « exposé » et le verbe « exposer » le sont. D’ailleurs, le troisième sens d’« exposition » dans le Petit Robert (« action de faire connaître, d’expliquer ») s’apparente aisément à ce que nous voulons communiquer par l’adjectif. Cf. l’emploi de l’expression « prédication expositive » chez Alfred KUEN, Comment prêcher ou l’art de communiquer l’essentiel, Saint-Légier, Emmaüs, 1998, p. 79-82.
  3. Nous défendons cette proposition dans le cadre du cursus de l’Institut !
  4. On a parfois employé l’expression « exposé biblique », mais omettre ainsi le terme « prédication » comporte l’inconvénient d’enlever les connotations d’annonce et d’application évoquées ci-dessus.
  5. (1) l’importance de l’application pratique ; (2) le courage et la fidélité en abordant des passages et des thèmes peu « politiquement corrects », et pourtant pertinents ; (3) considérations d’homilétique ; (4) l’état spirituel du prédicateur ; (5) la prière ; (6) la souveraineté de Dieu (Le Maillon, été 2008, p. 6-7).
  6. Cf. Peter ADAM, « Arguing for Expository Preaching », s.d., consulté le 18 septembre 2013 ; Christopher ASH, The Priority of Preaching, Fearn [Ross-shire], Christian Focus, 2009, p. 111-122 ; Donald A. CARSON, « The What and Why of Expository Preaching », juin 2003, consulté le 18 septembre 2013.
  7. Etienne KONING, « La prédication « textuelle » : option ou nécessité ? », Théologie évangélique 9, 2010, p. 291.
  8. L’Eglise de La Garenne-Colombes
  9. La question du nombre de prédications à apporter par livre biblique n’est pas sujette à des règles strictes. Le genre littéraire, la maturité de l’assemblée et même les dons du prédicateur peuvent jouer. Couvrir le long livre de Job en quatre ou cinq messages serait tout à fait en adéquation avec les principes expositifs. Il en serait de même d’une série d’une vingtaine de prédications sur une courte épître de Paul telle que Colossiens. Mais, pour des raisons de genre littéraire, un message par chapitre serait sans doute excessif pour Job et une proposition probablement trop ambitieuse pour Colossiens. Par ailleurs, la durée des prédications expositives peut varier considérablement.
  10. Pour une discussion plus développée de ce point, nous renvoyons à l’article « L’Ancien Testament : pourquoi l’étudier ? », Le Maillon, été-automne 2010, p. 5-8.
  11. Le prédicateur expositif peut plus aisément démontrer qu’il n’avait pas pour but de cibler telle ou telle personne dans la mesure où il exposait simplement le sens et la signification du passage prescrit par avance, dans la série, pour la semaine en question.