Psaume 127 – La sécurité pour le croyant : Lutter pour la rechercher au bon endroit

Nous reproduisons ci-dessous une prédication apportée dans des Eglises locales à l’occasion de la rentrée de l’année en cours. Son style oral a été essentiellement conservé.

INTRODUCTION

« Rentrée placée sous le thème de la sécurité », le premier ministre Charles Michel nous explique-t‑il. Et on comprend. Qu’y a-t-il eu depuis le début de l’an dernier en Europe francophone ? Entre autres… Charlie Hebdo. Train Thalys. Bataclan et terrasses parisiennes. Zaventem et Maelbeek. Nice. St Etienne‑du‑Rouvray. Charleroi. Tout cela peut faire peur.

On critique de plus en plus les extrémistes. Cela aussi peut faire peur. Car nous croyants en Jésus-Christ, sommes des extrémistes1 – du moins, je l’espère. Non pas des extrémistes de la violence, mais des extrémistes de la vérité. Des extrémistes de l’amour – normalement nous aimons Dieu à l’extrême ; nous aimons nos ennemis à l’extrême. Nous sommes des extrémistes dans notre zèle pour le Christ, pour l’avancement de son règne, pour la promotion de sa gloire.

La rentrée est là, et nous sommes face à l’insécurité : face aux aléas que comporte une nouvelle année… Face sans doute à plus d’activités terroristes dans nos sociétés… Face aux critiques formulées à l’encontre des extrémistes comme nous… Et, puis, face à l’insécurité également sous toutes sortes de formes particulières à chacune, chacun : insécurités peut-être financières, de santé, affectives, psychologiques, relationnelles, au niveau de notre réputation, au travail, à la maison…

Ma visée durant cette prédication est de nous fortifier dans une lutte que nous croyants menons – une lutte occasionnée par ces aléas et ces sources d’insécurité, une lutte pour que nous recherchions la sécurité au bon endroit.

1 LA SÉCURITÉ : OÙ SE SITUE‑T‑ELLE ?

Au plan physique (v. 1)

Salomon nous a légué ce psaume de sagesse, et il nous permet de comprendre où se situe la sécurité. Au plan physique, d’abord, Psaume 127, verset 1er :

« Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain. »

Pour la construction d’une maison, quelle est la sagesse que propose le monde ? Eh bien, si l’on n’a pas soimême « une brique dans le ventre », on engage un architecte compétent ; on veille sur la qualité des matériaux ; on peut lancer un appel d’offres auprès des meilleures sociétés de construction. On ne laisse rien « au hasard ». Et de telles démarches ne sont pas fustigées dans le psaume. Mais ce qui est signalé, c’est que de telles démarches, à elles seules, ne suffisent pas. En fait, elles sont vaines si Dieu ne décide pas de présider à la bonne construction. Vous vous souvenez de ce qu’on aurait dit concernant le Titanic ? Tellement solide : « Dieu lui‑même ne pourrait pas couler ce paquebot ». Ouah… Là, sagesse du monde égale folie.

Ou dans le même ordre d’idées, la protection au niveau de la ville (seconde partie duverset 1er). Sagesse du monde : il faut former suffisamment de militaires, installer suffisamment de caméras de surveillance, exploiter la technologie pour déjouer les manoeuvres des terroristes. Sagesse biblique : c’est en vain si Dieu ne garde pas la ville. Et, à vrai dire, le 22 mars, vous vous en souvenez ? Les autorités belges n’étaient pas trop loin de reconnaître cette vanité. Qu’a dit Charles Michel juste après les attentats de Bruxelles ? Je vous le rappelle : « Ce que nous redoutions s’est réalisé ». Autrement dit, le gouvernement n’était pas puissant pour l’empêcher.

Ce jour-là, les efforts menés pour empêcher ces actes terroristes étaient en vain. Je ne dis pas que Charles Michel souscrive à tous les propos de ce psaume : il n’a pas affirmé qu’il s’appuyait sur Dieu pour que Dieu veille sur Bruxelles. Mais ces derniers temps, voici que la vérité de ce psaume éclate au grand jour : garder la ville peut être en vain.

Au plan alimentaire (v. 2)

Qu’en est-il de la sécurité au plan alimentaire (v. 2) ?

« En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, et mangez-vous le pain d’affliction ; il en donne autant à son bien‑aimé pendant qu’il dort. »

Sagesse du monde : si on a du mal à joindre les deux bouts, il faut « travailler plus pour gagner plus ». On se lève plus tôt, on se couche plus tard, on se prive de sommeil. Bref, on se donne plus de peine. C’est mathématique : il faut viser à avoir les sous nécessaires pour avoir de quoi se mettre sous la dent. Un exemple que j’ai croisé : une mère célibataire réalise 70 heures de travail par semaine, réparties sur trois emplois distincts, en vue de nourrir ses deux enfants et de les loger. C’est dur. On la plaint. Et on comprend qu’elle veuille mettre les bouchées doubles pour pourvoir aux besoins de sa famille.

Et quel choc que d’écouter la sagesse biblique : ce type de travail supplémentaire peut être en vain, car la vraie provenance de la nourriture, c’est Dieu. Salomon n’est pas en train de fustiger le travail (ailleurs il fustige bel et bien la paresse) – mais il fustige l’anxiété et l’activité fiévreuse qui ne ménagent pas beaucoup de place pour le repos. Se priver de sommeil en vue de gagner du pain peut ne rimer à rien…

Mais Dieu, fin du verset 2, « en donne autant à ses bien‑aimés pendant leur sommeil »2. Cela donne un autre sens à l’expression « Qui dort dîne » ! Mais là, à la fin du verset 2, nous nous voyons rappeler le contexte de l’ancienne alliance qui prévalait à l’époque de Salomon. A l’époque de l’ancienne alliance, la façon de jouir de la sécurité, c’était d’obéir à Dieu, de respecter les exigences de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple, de mettre en pratique les dix commandements et les autres stipulations de la loi de Moïse. Il fallait être dans cette catégorie de « bien‑aimé ».

Et, alors, l’Eternel bâtissait la maison ; alors l’Eternel gardait la ville ; alors l’Eternel donnait à manger. C’était une promesse remarquable. On peut se figurer une grande famille israélite et les soucis que cela aurait pu entraîner pour les loger et les nourrir… Mais, pour la famille fidèle, la prise en charge était promise, béton, garantie. Et, en plus, avoir un grand nombre d’enfants était un atout, voire une bénédiction. Car, à l’époque, Dieu assurait ainsi la sécurité dans un troisième domaine, à savoir…

Au plan de la réputation (v. 3-5)

…au plan de la réputation. Les versets 3 à 5 parlent de cette bénédiction :

Voici que des fils sont un héritage de l’Éternel, le fruit des entrailles est une récompense. Comme les flèches dans la main d’un héros, ainsi sont les fils de la jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois ! Ils n’auront pas honte, quand ils parleront avec des ennemis à la porte.

Ce sont des versets un peu plus difficiles pour nous. Ils évoquent la bénédiction qu’entraînait le fait, dans le cadre de l’ancienne alliance, d’avoir un grand nombre de fils. C’est assez politiquement peu correct de le dire aujourd’hui, mais trois fils valaient mieux que trois filles. Pourquoi ? Entre autres, parce que, à la porte 3 de la ville (v. 5), toutes sortes de transactions légales avaient lieu entre les hommes – en présence des anciens de la ville –, et parfois des questions de « honte » étaient en cause (des questions de réputation, v. 54). Cela pouvait être soi-même dont l’intégrité était injustement remise en cause. Or, avoir une armée de fils qui pouvaient se présenter à la porte de la ville était un grand atout dans de telles circonstances. Non pas en vue de donner une baffe aux ennemis, mais en vue de témoigner à l’encontre des ennemis. J’essaie d’illustrer cela dans des termes analogues d’aujourd’hui. Cela arrive aux hommes et aux femmes politiques de faire appel à leurs enfants pour témoigner de leurs vertus. Je me souviens de cette démarche engagée il y a quelques années en France par Laurent Fabius. Il se trouvait sur l’estrade accompagné par l’un de ses fils qui devait le crédibiliser. Plus récemment, on a vu l’un des fils de Donald Trump en train d’affirmer, lors d’un meeting politique, que tout ce que son père touche devient de l’or, et peut-être que des personnes veulent le croire… Ces jours-ci, cela peut être des filles aussi : si vous avez suivi l’affaire Jacqueline Sauvage en France, vous savez que ses trois filles font tout ce qu’elles peuvent pour la réhabiliter. Vous voyez (v. 3) qu’on a affaire à une bénédiction qui provient de l’Eternel. Les fils en question sont un héritage de l’Eternel et l’homme qui en a rempli son carquois est heureux (v. 5) ! Pourquoi ? Raison donnée ici (v. 5) : la bénédiction de la sécurité au plan de la renommée. Cette bénédiction venait de Dieu en faveur de ceux, dans l’ancienne alliance, qui lui obéissaient.

Et pour nous… ?

Qu’en est-il de nous, dans la nouvelle alliance ? Ce n’est pas identique. Quelques transpositions s’opèrent. Et déjà le texte et le contexte pointent vers ces transpositions5. Le titre « de Salomon » met la puce à l’oreille lorsqu’on considère comment le psaume commence. Salomon, l’Eternel qui bâtit une maison, l’Eternel qui garde une ville… Mais oui : ne sommes‑nous pas amenés à penser à des promesses faites par l’Eternel ? Des promesses faites d’abord au père de Salomon, David6. Dieu n’allait-il pas bâtir une maison – le temple ? Et sous l’égide de Salomon, un temple a vu le jour. Dieu n’allait-il pas garder une ville – Jérusalem7 ? Et puis, Dieu n’allait-il pas bâtir une maison dans un autre sens – une dynastie… on pense à beaucoup de fils ? Et il se trouve que ce psaume fait partie d’un groupe de psaumes qui se préoccupent de cette ville – Jérusalem, Sion. Du psaume 120 jusqu’au psaume 134, nous trouvons ce même titre « cantique des degrés » ou « chant des montées », et, dans ce groupe, il est difficile de ne pas penser à Sion – à cette ville d’où allait provenir la bénédiction de l’Eternel. Suivez avec moi un exemple dans le psaume qui suit : Ps 128,4-6 et trois exemples à la fin du groupe : Ps 134,3 ; 133,3 ; 132,11-18. Là, on constate que la bénédiction dans la ville dépend, au final, d’une « corne de David », d’un roi puissant qui allait venir, d’un Fils de David obéissant. Il s’agit de celui que nous adorons, Jésus‑Christ.

Et au fur et à mesure du dévoilement progressif des Ecritures, nous comprenons que la maison que l’Eternel bâtit se situe dans une nouvelle dimension par rapport au temple de Salomon. Cette maison-là n’était qu’une ombre, une image, une maquette de quelque chose de plus grandiose – l’Eglise de Jésus-Christ. Le temple de Salomon a été rasé, mais la maison que l’Eternel construit dure éternellement et tourne autour de Jésus-Christ.

Les bénédictions de la sécurité dépendent de celui qui règnera, en définitive, dans la nouvelle Sion – une réalité plus grandiose. C’est une réalité qui existe déjà. Lisez Hébreux 12,22-24. Là, dans la Jérusalem céleste, nous y sommes, nous membres de la nouvelle alliance, car nous avons la foi en ce roi, Jésus‑Christ.

2 LA SÉCURITÉ À L’ÉPOQUE OÙ NOUS SOMMES

Revenons-en maintenant directement à notre question. Où trouver la sécurité en cette rentrée de 2016-2017 ? Dans le cadre du régime auquel nous appartenons, les principes de sagesse du Psaume 127 restent véridiques – la même sagesse biblique s’applique à nous, mais la façon dont nous nous approprions cette sagesse doit maintenant graviter autour de Jésus-Christ. Nous qui sommes en Christ, nous nous situons dans la nouvelle Sion avec le Christ. Et ce qui nous est promis tourne également autour de l’Evangile de Jésus-Christ.

Au plan physique

D’abord, la sécurité au plan physique. Les principes de sagesse que nous trouvons dans ce psaume s’appliquent à nous. On oeuvre pour la sécurité, mais tout en sachant que c’est Dieu qui est la source de la sécurité. On s’en remet donc à lui – dans la prière. Qu’est-ce qui est alors promis par Dieu ? La sécurité au plan physique : promise ? Oui, ultimement. Dans la nouvelle Sion, pour nous qui sommes en Christ, notre protection est entière. La muraille est grande et haute dans la nouvelle Jérusalem, lisons-nous dans Apocalypse 21, et, à la différence de la muraille proposée par Donald Trump, elle est efficace. Nous connaîtrons cette protection physique dans la nouvelle terre. Entre-temps, spirituellement, nous sommes déjà dans la Sion céleste, qui deviendra la Jérusalem terrestre en Christ, et rien ne pourra nous arracher de la main de Dieu. Nous sommes donc protégés. Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ?8

Mais ici-bas, durant notre séjour en tant qu’étrangers sur terre, notre protection physique n’est pas promise. Toutes choses étant égales par ailleurs, nous croyants en Jésus-Christ, nous nous exposons même à un plus grand risque au plan physique, parce que notre foi n’est pas appréciée. L’attachement au Christ coûte la vie de 160 000 personnes chaque année de par le monde9. Nous qui sommes des extrémistes de la vérité, du bien et de l’abnégation, nous sommes disciples de notre Maître : nous renonçons à nous‑mêmes, nous nous chargeons de notre croix, et nous le suivons10. En Occident, le risque de perdre sa vie à cause de ses croyances est encore minime, mais nous avons vu ce qui est arrivé au prêtre âgé en Normandie. Nos convictions concernant l’unicité du Christ pour le salut ne sont pas appréciées. Mais si nous aimons les personnes qui s’opposent à nous, au lieu de les fuir, nous voudrons les gagner au Christ, ce qui pourrait nous amener à faire des démarches en vue de les côtoyer – des démarches d’amour « extrême »…

Sommes-nous alors exactement comme les gens du monde – sans protection physique ? Pas exactement. Parce que nous savons que Dieu reste entièrement aux commandes. Pas même un moineau ne tombe à terre indépendamment de la volonté de Dieu11. Par ailleurs, quelque chose nous est promis : la paix intérieure est promise pour nous qui prions (Ph 4,6-7)12. Que Dieu nous donne d’être des femmes et des hommes de prière en vue de vivre la paix intérieure.

Le 22 mars à Zaventem, il y avait un couple chrétien (des croyants mûrs) qui était dans l’aéroport au moment de l’explosion. Ecoutez une partie de leur témoignage :

La bombe a explosé à trois ou quatre mètres de nous. Nous étions K.-O. pendant quatre à cinq minutes, puis nous avons repris conscience et vu à côté de nous ceux qui étaient morts. Nous nous sommes levés, et nous sommes sortis. Plusieurs blessés graves jonchaient le trottoir. La paix et le calme nous ont envahis et nous avons pu les tenir dans nos bras, leur parler et prier pour eux.

La paix est promise – par un Dieu qui tient ses promesses.

Au plan alimentaire

La sécurité au plan alimentaire maintenant : qu’en est-il ? Nous avons besoin de nourrir notre famille… Les enfants ont besoin de vêtements, d’un toit… Et l’anxiété peut nous guetter…

Les principes de sagesse que nous trouvons dans ce psaume s’appliquent encore à nous. Si l’on peut, on travaille pour gagner du pain, mais tout en sachant que c’est Dieu qui est la source de la nourriture. On s’en remet donc à lui – dans la prière. Matthieu 6,31-34 : on cherche d’abord le règne de Dieu et sa justice, sachant que c’est lui la source de la vie, du souffle et de toutes choses13 ; sachant qu’il est notre bon Père céleste qui connaît nos besoins ; sachant qu’il comblera nos besoins alimentaires. Oui, la réalité, c’est que Dieu, dans sa providence, est plus que capable de pourvoir aux besoins alimentaires de quelqu’un sans que la personne s’engage dans une frénésie anxieuse de travail.

Cela peut avoir lieu par le biais d’un héritage, de dons, d’aide venant de l’Etat, d’un emploi mieux payé, d’une réduction providentielle de certains coûts – Dieu n’est pas limité dans les moyens dont il peut se servir… Il est Dieu. Il maîtrise toute chose. Et cela reste vrai qu’il « en donne autant à ses bienaimés pendant leur sommeil ». En fait, bien plus, tous nos besoins matériels serontcomblés… en Christ (Ph 4,19) ! Quelle promesse ! Et notre Père a tenu parole jusque-là, n’est-ce pas ? Cela ne sert à rien de s’échiner – de brûler notre énergie dans l’angoisse –, mais que Dieu nous donne de passer du temps à genoux, en nous approchant du trône de la grâce où se trouve un secours opportun14.

Il se peut bien que nous soyons amenés à assurer d’autres croyants des promesses bibliques dans ce domaine et de prier avec eux. Il est probable que nous aurons de plus en plus affaire à des réfugiés immigrés qui sont devenus nos frères et soeurs en Christ. Et ils peuvent compter sur Dieu.

Kusum était hindoue et est devenue une croyante en Jésus‑Christ. Elle a perdu son mari et son fils cadet, et les membres de sa famille se sont tournés contre elle. Pourquoi ? Parce qu’ils croyaient que la mort de son mari et la mort de son fils étaient survenues à cause de sa foi en Christ. Son beau‑père l’a menacé de mort. Un jour, il est venu chez elle, portant une hache pour la frapper. Humainement parlant, on dirait « quelle insécurité ! » Mais Dieu pourvoit aujourd’hui aux besoins de Kusum – elle en témoigne ! En l’occurrence, Dieu se sert du ministère de l’organisme Portes Ouvertes pour la secourir.

Au plan de la réputation

Et la sécurité au plan de la réputation pour quelqu’un comme elle ? C’est notre dernier domaine.

Les principes de sagesse que nous trouvons dans ce psaume s’appliquent encore à nous. La réputation provient de Dieu en tant que bénédiction. Pour nous, membres de la nouvelle alliance, notre réputation est-elle donc assurée ? Tout à fait ! Il n’y aura pas de honte pour nous au tribunal… lors du jour du jugement. Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste15 ! Nous sommes mêmes revêtus de sa justice ! Comme l’exprime l’apôtre Paul, « Celui qui n’a point connu le péché16, [Dieu] l’a fait devenir péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2 Co 5,21). Grâce à la prestation de Jésus-Christ, nous avons une réputation sans tache auprès du Dieu de l’univers – auprès du Juge, auprès du seul Juge auquel nous devons, au final, rendre des comptes. D’ailleurs, pour reprendre les termes du verset 3, nous recevons un héritage de la part de Dieu : il s’agit de l’héritage glorieux qui est réservé dans les cieux – qui ne peut ni se corrompre, ni se souiller, ni se flétrir17.

Si, en plus, nous jouissons, dès à présent, d’une bonne réputation auprès des êtres humains, merci Seigneur. « Une bonne réputation est préférable à de grandes richesses », nous dit le livre des Proverbes18. Et si l’on est face à un tribunal dans ce monde et qu’on a beaucoup d’enfants qui témoignent en sa faveur, merci Seigneur ; si l’on a beaucoup d’enfants dans la foi qui témoignent en sa faveur, merci Seigneur19. Mais ce n’est pas promis. Et si jamais tout le monde nous appréciait tout le temps, ce serait même troublant : « Malheur lorsque tous les hommes parleront bien de vous »20, disait Jésus. A un moment donné, tout le monde a abandonné Jésus. A un moment donné, tout le monde a abandonné l’apôtre Paul.

Notre sécurité au plan de la réputation doit tourner autour de Jésus-Christ. Et là, le combat est rude. N’est-ce pas le cas pour toi ?

Notre tendance naturelle va être de rechercher l’approbation des êtres humains. Quels êtres humains ? A toi de répondre. Pour les enfants et les ados, peut-être des camarades de classe. Pour les étudiants, peut‑être certains membres d’une « tribu » en quelque sorte à laquelle vous voulez appartenir. Peut-être qu’il y a le risque cette année que tu ne parles pas trop de Jésus-Christ, parce que ce n’est pas très cool – ça ne se fait pas au sein de ce groupe. Ou peut-être que ce sera des prouesses sportives, académiques, musicales ou de danse qui risquent d’être l’endroit où tu chercheras ta sécurité affective. Ou simplement le fait d’être sympa ou cool – et connu comme tel.

Vous enfants, ados, jeunes étudiants, avez-vous – as-tu – dû, à un moment donné, choisir entre la popularité et le Christ, entre une relation et le Christ, entre le sport et le Christ, entre la voie du monde et la voie du Christ ? Y a-t-il eu ne serait-ce qu’un moment où ta profession de foi s’est concrétisée de façon à coûter cher ? Ou cette profession de foi n’est-elle qu’abstraite pour le moment ? Je pense à un ado qui est passé par les eaux du baptême cette année : lui a subi des moqueriesde la part de son prof à l’athénée du fait de prendre le livre de la Genèse au sérieux. Devant tous ses camarades de classe, il a été mis à l’épreuve, et il n’a pas eu honte de la parole de Dieu. Quel encouragement !

Et puis, pour les adultes entre deux âges ou du troisième âge, il y a le danger que nous visions à trouver notre sécurité psychologique dans ce que le monde valorise – une bonne situation, de l’argent, des diplômes, des titres, un certain standing dans la société. On voudrait être respectable et respecté. Et ensuite, combien de croyants « moins jeunes » trouvent leur sécurité dans la bonne santé ? N’entend-on pas souvent que c’est là « l’essentiel » ou « le principal » ?

Il y a même le risque que nous trouvions notre identité dans le service que nous accomplissons pour le Christ ! Et là, je commence à me sentir particulièrement mal à l’aise. N’y a-t-il pas la tentation de vouloir nous hisser dans l’estime des autres même lorsque nous sommes censés être en train de promouvoir la gloire de Dieu ? J’ai lu récemment sur une sorte de blog chrétien un reproche adressé publiquement à des frères qui auraient « piqué » une idée en rapport avec un écrit destiné à encourager d’autres croyants : il était vexé que cette bonne idée puisse être associée à d’autres… Ô, c’est moche… Dans notre service, le défi est de ne pas nous intéresser à notre propre réputation mais à celle du Christ21… Mais quelle tentation de trouver dans nos activités pour le Christ une certaine sécurité ! Quelle tentation pour nous tous et toutes de rechercher l’approbation de notre « tribu » chrétienne en quelque sorte. « Alors, cette année, si je veux que les anciens pensent du bien de moi, qu’est-ce que je vais mettre en priorité… ? » Normalement ce que les anciens souhaitent pour toi est clairement en adéquation avec ce que Dieu veut pour toi, mais ne mets pas la charrue avant les boeufs – ta sécurité doit se trouver dans le Christ, non pas dans les remarques élogieuses des responsables de l’Eglise.

J’ai parlé récemment avec un pasteur français qui a travaillé à l’étranger et qui a vu beaucoup de fruit en assez peu de temps : il a été auréolé au sein de son association d’Eglises… Qui ne voudrait pas connaître un tel succès dans le service chrétien ? Quelle pression il peut y avoir en termes de résultats pour être bien vu… Mais si l’on est fidèle, cela peut coûter cher de combattre pour la vérité – même au sein du milieu évangélique. Préciser que le catholicisme officiel, c’est un autre évangile qui n’en est pas un22 : ce n’est pas tout le monde en milieu évangélique qui apprécie cela ! Par ailleurs, cela peut coûter cher d’annoncer la vérité aux gens de l’extérieur qui veulent entendre un message de paix alors qu’il n’y a pas de paix23 – mais la condamnation qu’est l’enfer pour les personnes qui rejettent Jésus-Christ ! Quel message « extrémiste » ! Dire que le « mariage » homosexuel n’est pas le mariage, quel message « extrémiste » ! Dire qu’on est soit homme, soit femme et qu’on ne peut pas changer, quel message « extrémiste » !

Mais nous pouvons rester fidèles, parce que notre sécurité au plan de la réputation tourne autour de Jésus-Christ. Nous passons donc du temps dans la prière pour affermir cela – pour l’asseoir, pour l’ancrer dans notre être.

Je ne suis pas en train de dire qu’il est « spirituel » de ne pas vouloir voir des résultats. Je ne suis pas en train de nier qu’il est normal de demander à Dieu d’établir l’oeuvre de nos mains24. Moi, je demande à Dieu de nous envoyer plus d’étudiants pour la rentrée. Je prie afin que plus de pasteurs soient formés à l’Institut. Je prie afin que les récents diplômés de l’Institut aient un ministère fidèle et fructueux. Mais si je permettais que ma sécurité tourne autour de la réputation de l’Institut, je n’aurais pas compris ce psaume. La réalité est ceci : notre réputation auprès de Dieu est assurée du fait d’être en Christ, et donc nous sommes libérés en vue de promouvoir la réputation du Christ !

Est-ce facile ? Non ! En tout cas, pas pour moi. Cela fait environ trente ans que je lutte dans ce domaine, et je trouve le combat rude jour après jour. Mais c’est un bon combat qu’on mène à genoux, dans la chambre, la porte fermée, sachant que la sécurité de notre réputation est assurée à jamais – en Christ.

CONCLUSION

Par rapport à toutes ces sources d’insécurité possibles – physiques, alimentaires, psychologiques-émotionnelles –, à force de passer du temps dans la prière, nous pouvons devenir un peu plus sereins, cool, relax… Parce que nous vivrons alors plus aisément ce qu’est la réalité – que notre sécurité se trouve à tous égards en Christ. Ne décrochons pas dans cette lutte. Chercher la sécurité au plan physique en dehors du Christ, ce serait en vain. Chercher la sécurité au plan alimentaire en dehors du Christ, ce serait en vain. Chercher la sécurité au plan de la réputation en dehors du Christ, ce serait en vain. Le Christ est entièrement suffisant. Et nous avons été délivrés de la vaine manière de vivre.

Et donc… Face aux aléas que comporte une nouvelle année… Face sans doute à de nouveaux actes terroristes dans nos sociétés… Face aux critiques formulées à l’encontre des extrémistes comme nous… et puis, face à l’insécurité sous toutes sortes de formes particulières à chacune, chacun, que Dieu nous donne cette année de nous appuyer sur ses promesses glorieuses en Christ. Si nous sommes sereins, libérés de la peur, tournés vers l’autre, cela se remarquera. On dira de nous : « ils sont extrémistes, mais ils donnent envie. Ils ont quelque chose que moi, je voudrais avoir. Ils vivent autrement. Je vais peut-être leur demander d’expliquer tout cela… ».

Et nous pourrions répondre : « Je suis plein d’insuffisances. J’en suis plus que conscient. Mais c’est vrai que Jésus-Christ change tout pour moi. J’ai trouvé la paix en lui. »
« Ah bon ? Comment ça ? »
« Eh bien, comme tous les êtres humains, je mérite d’être condamné à tout jamais. A cause de tout ce que je pense, je dis et je fais qui me remplit de honte. Mais Dieu m’a pris en pitié, et il m’a fait comprendre que je pouvais être jugé sur base de la vie parfaite menée par Jésus – que sa vie pouvait compter à ma place. »
« C’est possible, ça ? »
« Mais oui. Tu vois, Jésus, il a pris la punition que mes fautes méritent. Et ça vaut pour toi aussi. Si tant est que tu te tournes vers lui et que tu reconnaisses qu’il est Dieu »
« Jésus est Dieu ? »
« Absolument. Il est même revenu de la mort. Et un jour il mettra sur pied un nouveau monde parfait pour les personnes qui sont en règle avec lui. Un monde de sécurité parfaite. »

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  1. Cf. Phillip D. JENSEN, « Please stop attacking extremists » (consulté le 1er septembre 2016).
  2. C’est nous qui soulignons.
  3. Dt 21,19 ; Jos 20,4 ; Am 5,10.12 ; Rt 4…
  4. Cf. Ps 69,13.
  5. Cf. http://phillipjensen.com/audio/the-safehouse-and-the-house-of-blessing/.
  6. 2 S 7.
  7. 1 R 8,13 ; Ps 48.
  8. Cf. Rm 8,31.
  9. Cf. Paul MARSHALL, Their Blood Cries Out, Dallas, Word, 1997, p. 255.
  10. Cf. Mc 8,34.
  11. Mt 10,29.
  12. Cf. « Une brève théologie pratique de la peur et de la paix », Le Maillon, automne 2016, p. 6.
  13. Ac 17,25.
  14. Hé 4,16.
  15. 1 Jn 2,2.
  16. Ou « offrande pour le péché ».
  17. 1 P 1,4.
  18. 22,1.
  19. Dans la nouvelle alliance, il n’est pas question d’affirmer qu’un couple n’ayant pas d’enfants est maudit.
  20. Lc 6,26.
  21. Même si nous sommes véritablement lésés, que Dieu nous donne d’emboîter le pas à l’apôtre Paul : « Mais qu’importe ? Il reste que de toute manière, avec des arrière-pensées ou dans la vérité, Christ est annoncé. Et je m’en réjouis… » (Ph 1,18).
  22. Cf. Ga 1.
  23. Cf. Jr 6,14 ; 8,11. 24 Ps 90,17b. 23 Cf. 1 P 1,18.