La théologie biblique : pourquoi est-elle importante et passionnante ?

Introduction

Cléopas et son compagnon se trouvent en compagnie de Jésus sur le chemin d’Emmaüs. Jésus explique comment les Ecritures – l’Ancien Testament – trouvent leur accomplissement en lui qui est le Christ crucifié et ressuscité. Plus tard, Cléopas et son compagnon se disent l’un à l’autre : « Notre coeur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ? » (Lc 24,321)

Mon but dans cet article est de donner aux lectrices et aux lecteurs le goût de la théologie biblique (ou de renforcer le goût qui existe déjà). Pour ce faire, je vise à répondre à cette double question : pourquoi la théologie biblique est-elle, d’un côté, importante et, d’un autre côté, inspirante ou passionnante ? Il ne s’agira forcément que d’une mise en appétit, mais j’ai prié afin que nos réflexions soient stimulées de façon bibliquement saine et que nous soyons motivés à approfondir l’étude de la parole de Dieu dans la perspective de la théologie biblique.

PREMIÈRE PARTIE : POURQUOI IMPORTANTE ?

La « théologie biblique » a été définie de multiples façons. D’après la définition que nous adoptons à l’Institut, il ne s’agit pas de « n’importe quelle théologie qui soit biblique », ni de la « théologie systématique » (la « doctrine » ou la « dogmatique »), mais de la théologie du déroulement de l’histoire du salut telle qu’elle émerge d’une lecture inductive et progressive des livres bibliques dans leur ordre canonique2. Cette discipline occupe une place significative dans le cursus de l’Institut. Elle est importante pour au moins les cinq raisons suivantes.

1 La théologie biblique est pratiquée par la Bible elle-même

D’abord, la théologie biblique est pratiquée par la Bible elle-même. Il ne nous suffit pas de nous pencher sur des réalités bibliques d’un point de vue systématique, aussi importante que soit la doctrine3 : le Nouveau Testament met en évidence l’importance de suivre la trame du déroulement de l’histoire de la rédemption (Mt 1,1-17 ; Lc 3,23-38 ; Ga 3,15—4,7 ; cf. Ac 20,27 ; 28,23 ; Hé 1,1-2). Il en est de même de l’Ancien Testament (p. ex., Jos 24 ; Ps 78 ; 105-106 ; 136 ; Dn 9 ; Né 9 ; 1-2 Ch). La prédication de Jésus (Mc 1,15 ; 12,1-11), d’Etienne (Ac 7) et de Paul (Ac 13) illustrent cette sensibilité à l’histoire dont le Christ est le point culminant. C’est une lapalissade de dire que la Bible elle-même, conçue dans sa globalité, se présente sous forme de théologie biblique – sous forme de révélation qui commence par la Genèse et qui se termine par l’Apocalypse, cet ordre canonique n’étant pas aléatoire. Mais je suggère qu’on respecte l’agencement hébraïque de l’Ancien Testament – Loi, Prophètes, Ecrits –, même si, majoritairement, nos traductions françaises ne le suivent pas4 ; il semble établi dès le 2e siècle avant J.-C.5 et reflété dans l’enseignement de Jésus lui-même6. L’ordonnancement en question est moins chronologique que celui de la Septante (celui donc aussi de la plupart de nos traductions françaises), mais, justement, plus « théologico-biblique ». Il est en particulier à noter que la dernière partie de l’Ancien Testament, les Ecrits, commence et se termine par des livres qui, eux, se déroulent de façon théologico-biblique : les Psaumes (au début) et les Chroniques (à la fin) correspondent à des survols de l’Ancien Testament qui balisent le chemin du Messie à venir.

2 La théologie biblique est indissociable de l’Evangile qui revêt un caractère historique

Deuxièmement, l’Evangile est indissociable de l’histoire. Dans un souci louable d’appliquer l’Ancien Testament aux chrétiens, nous avons (dans nos milieux évangéliques) tendance à pratiquer l’allégorisation et le subjectivisme – tendance à nous assimiler à mauvais escient aux personnages et aux événements de l’Ancien Testament.

A titre d’exemple tiré de Josué 6, on peut imaginer que Jéricho représente Dieu, que les murailles de Jéricho représentent Satan, que les Israélites sont les croyants d’aujourd’hui, et qu’il nous faut faire la percée vers Dieu, par la prière7. Qu’on ne s’y méprenne pas : je n’ai rien contre la prière (bien au contraire !), ni contre la guerre spirituelle (dans laquelle je suis bien engagé !), ni contre l’idée que des personnages vétérotestamentaires servent parfois de modèles pour nous, mais une telle lecture allégorisante de Josué 6 est arbitraire : il nous incombe de respecter et de valoriser le caractère historique de tels récits. En effet, il est nécessaire à notre salut face à la colère à venir que Jésus soit un personnage historique, un être humain, le dernier Adam – bien plus, qu’il soit un Juif, provenant de la lignée d’Abraham et de David (Mt 1,1 ; Rm 5,12-21 ; 1 Co 15,22 ; cf. Jn 4,22c). Cultiver des fibres en matière de théologie biblique promeut une appréciation du caractère historique du plan salvateur de Dieu et sert de garde-fou contre l’allégorisation et le subjectivisme dans l’interprétation de tel ou tel récit. Elle nous permet d’avoir pour réflexe de penser prioritairement en termes de là où nous nous situons dans le plan de Dieu ainsi qu’en termes de typologie (voir ci-dessous) – sans pour autant négliger une valeur exemplaire que le récit peut renfermer.

3 La théologie biblique favorise la démarche de dispenser les Ecritures avec droiture

Cela m’amène à une troisième raison, connexe mais plus large : de façon plus générale, la théologie biblique joue un rôle-clé dans la démarche de dispenser avec droiture la parole de la vérité (2 Tm 2,15). J’ai récemment demandé à des étudiants à l’IBB pourquoi eux considèrent que la théologie biblique est importante. Cette réponse a figuré grandement : la théologie biblique pourvoit aux points de repère permettant d’enseigner l’Ancien Testament avec assurance. D’autres outils sont nécessaires – des compétences en matière d’exégèse8 et de doctrine –, et on voudrait souligner l’importance de l’inter-fécondation de ces trois disciplines ; mais la théologie biblique est d’une portée considérable dans notre recherche d’équipement nous permettant d’enseigner le Christ à partir de l’Ancien Testament, et d’appliquer l’Ancien Testament, avec sécurité. Elle sert donc de garde-fou contre le « marcionisme pratique » – contre la tendance à négliger l’Ancien Testament (négligence qui peut s’expliquer tout simplement du fait d’en avoir peur). Comme le fait remarquer Peter Adam, « [l]es prédicateurs pratiquent toujours une forme de théologie biblique – bonne ou mauvaise »9 : lorsqu’on prêche sur un texte, soit on tient compte du contexte large du plan salvateur de Dieu, soit non…

Considérons l’exemple de Deutéronome 8,18 : « …c’est lui qui te donne les forces pour produire la richesse… » La théologie systématique va nous permettre de comprendre qu’on ne peut pas se servir de ce texte pour légitimer la théologie de la prospérité ; la théologie biblique va nous permettre de comprendre pourquoi et d’enseigner ce texte dans le cadre de l’alliance du Sinaï en vue de faire la transition, de façon appropriée, vers la nouvelle alliance.

4 La théologie biblique est nécessaire à une vision du monde biblique, y compris en vue de l’évangélisation

Quatrièmement, à mesure qu’une vision du monde biblique devient étrangère à nos sociétés occidentales, il est important de remettre en place la charpente de la théologie biblique – à la fois en faveur des croyants et dans la perspective de l’évangélisation. Il y a un demi-siècle, nous aurions pu présupposer la vision du monde judéo-chrétienne dans notre évangélisation en Europe francophone. Par contre, ces jours-ci, il nous faut présenter les élémentsclé de cette vision, ce qui implique une présentation de la trame biblique création—chute— rédemption10. Dans des cultures qui s’opposent aux métarécits, il faut en effet commencer au début de la Genèse : Dieu a créé l’univers tout entier ; nous, êtres humains, créés en image de Dieu, et redevables et responsables envers notre créateur, avons cherché à usurper son rang ; les conséquences de cette rébellion sont graves. Faute de prendre en considération les premiers chapitres des Ecritures, notre optique sur plusieurs doctrines fondamentales risque d’être faussée : la création, l’humanité, le péché, les attributs de Dieu. Le problème fondamental auquel Jésus répond n’est pas mon manque de bonheur dans le présent, ni mon manque de santé, ni mon manque de situation, ni mon manque d’argent, ni ma solitude, mais mon rejet de l’autorité de Dieu. Le problème fondamental n’est ni la pauvreté dans le monde, ni l’injustice, ni des problèmes écologiques, ni la mondialisation, ni l’instabilité géopolitique – mais la colère de Dieu qu’entraîne le péché ! L’Evangile est en jeu.

5 La théologie biblique joue un rôle-clé dans la prise de position sur plusieurs questions controversées

Cinquièmement, pour un grand nombre de questions pratiques, éthiques et pastorales, souvent controversées dans nos milieux, notre prise de position dépend, principalement ou en grande partie, de la théologie biblique. Je mecontente de dresser une liste : le baptême des nourrissons, la « vision fédérale », le sabbat, la dîme, les relations entre Eglise et Etat, le « mouvement » ou l’« élan » dans l’évangélisation (centripète [le peuple de Dieu qui attire les nations par son comportement] ou centrifuge [le peuple de Dieu qui part en mission] ?), la théologie de la prospérité, la guérison, le soutien des Juifs dans leurs conflits avec les Palestiniens, l’évangélisation des Juifs, la promotion du retour des Juifs en Palestine, la levée de fonds pour la construction du temple à Jérusalem. Je ne dis pas que ces questions se situent forcément au premier rang dans une hiérarchie de doctrines ou de pratiques. Par ailleurs, je reconnais bien que pas mal de questions d’herméneutique et d’eschatologie sont également en jeu, mais, justement, la théologie biblique (bonne ou mauvaise) influe sur l’herméneutique et l’eschatologie…

SECONDE PARTIE : POURQUOI PASSIONNANTE ?

Si l’importance de la théologie biblique est incontournable, les croyants qui l’étudient trouvent souvent qu’elle est également inspirante ou passionnante. Pourquoi ?

1 Tension

Considérons, d’abord, la tension que la théologie biblique comporte. Dans un sens, il est possible de respecter la trame de base création—chute— rédemption—consommation tout en sautant depuis Genèse 12 jusqu’à Matthieu 1. On pourrait même raisonner ainsi : Genèse 12, la promesse faite à Abraham, correspond à l’Evangile – comme l’affirme Galates 3,8. Mais, justement, ce que ce dernier texte affirme, c’est que la promesse abrahamique est l’Evangile « annoncé par avance »11. Afin d’apprécier l’Evangile à sa juste mesure, il est important de faire justice aux contours de l’histoire du salut tout entière. Le désir de vouloir passer rapidement au Christ est tout à fait compréhensible, mais, du fait d’omettre de grands pans de l’Ancien Testament, on risque d’embrasser une compréhension du Christ qui est superficielle, voire tronquée.

J’illustre le danger par deux exemples. (1) Le DVD « Espoir » vise à présenter un survol de la Bible. C’est un beau projet qui est bien réalisé au plan technologique. En termes de contenu, il s’agit du « tour de la Bible en 80 minutes », mais il passe depuis Exode 20 jusqu’à la fin de l’Ancien Testament en 4 minutes seulement. Ou encore, (2) un organisme lance le défi de « parcourir la Bible en 100 textes essentiels ». Je suis favorable à ce genre de défi, et je voudrais soutenir tout projet destiné à promouvoir la lecture des Ecritures. Je suis pourtant préoccupé par le manque d’équilibre dans le choix des textes – 50% de la Genèse est couvert par ce programme, 43% de l’Exode, rien dans le reste du Pentateuque, 27% des Prophètes Antérieurs, seulement 6% des Prophètes Postérieurs et 4% des Ecrits.

Voici le défi que je voudrais lancer : que nous lecteurs nous exposions à chaque partie des Ecritures et que nous nous laissions frustrer par les tensions qu’implique le fait d’attendre les 1500 ans entre Moïse et Jésus – par le cycle inlassablement répété de péché, de jugement et de grâce ; par l’articulation entre des promesses divines non assorties de conditions et la conditionnalité qu’implique la nécessité d’obéir à la loi ; par la bonté et la sévérité de Dieu – sa bienveillance, sa compassion, son amour et sa sainteté, sa justice, ses exigences. Ces frustrations sont le fruit du génie de la pédagogie divine et sont destinées à nous pousser en avant dans la révélation, à nous donner de désirer ardemment une résolution aux tensions en question, à nous permettre d’apprécier la personne et l’oeuvre du Christ.

Un exemple du genre de tension que nous pouvons expérimenter serait de mise. Au moment du retour de l’exil, alors que le lecteur se sent en droit de s’attendre à la mise sur pied d’une nouvelle alliance conformément aux promesses grandioses des prophètes, on découvre que les Israélites se retrouvent dans le cadre de l’ancienne alliance, et on se demande où se trouve l’intervention chirurgicale du coeur dont avait parlé Ezéchiel12. Certes, on peut parler d’un nouveau départ dans Esdras-Néhémie, avec un nouvel engagement pris en Néhémie 10, mais, point par point, l’engagement est rompu en Néhémie 13. Henri Blocher parle de la « pédagogie de l’échec » qui renvoie au Christ13. On est propulsé vers la solution qui se trouve en lui ! Fait significatif, Zacharie, prophète postexilique, annonce par implication que l’exil est encore en cours – que le nouvel exode lui-même doit encore survenir. Ce nouvel exode, au sens le plus profond, est à situer en Christ (Mt 2,15 ; Mt 11,5 [cf. Es 35] ; Mt 8,17 [cf. Es 53,4] ; Lc 9,31 [sa « mort » est, littéralement, un « exode »14] ; 1 Co 10,415).

2 Transparence grandissante

Penchons-nous, deuxièmement, sur la transparence grandissante que la théologie biblique fait ressortir. La révélation biblique est progressive, et on comprend la splendeur de l’Evangile du Christ d’autant plus qu’on le conçoit sur l’arrière-fond de ses formes moins transparentes dans l’Ancien Testament. Là où telle ou telle idée paraît d’abord floue ou en filigrane, on apprécie la clarté qui est apportée par la suite, car un élément de comparaison entre en jeu. La métaphore qu’emploie Calvin16 est celle de la lumière. Il explique que cette lumière devient de plus en plus grande, de plus en plus brillante à mesure que l’on avance au travers de l’Ancien Testament. L’Evangile s’y dégage petit à petit, en commençant par ce qu’il appelle les « petites étincelles allumées » dans la Genèse… La lumière augmente « de jour en jour », suggère Calvin, « jusqu’à ce que le Seigneur Jésus-Christ, qui est le Soleil de justice, [fasse] évanouir toutes nuées » – avec Jésus, nous jouissons de la clarté brillante parfaite du message biblique.

Cette illustration est en adéquation avec ce que le Nouveau Testament lui-même affirme. A coup sûr, l’Ancien Testament prévoit « que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations » (Lc 24,46-47) ; toujours est-il qu’il convient de parler d’une mise en lumière quant à la révélation du « mystère » de l’Evangile apportée par la première venue du Christ (Ep 3,1-13 ; cf. Rm 16,25-26). Selon l’apôtre Pierre, les prophètes pouvaient, grâce au Saint-Esprit, attester les futures souffrances du Christ et la gloire qui allait s’ensuivre, mais les précisions quant à l’époque et aux circonstances – ou quant à la personne et au moment17 – leur étaient cachées (1 P 1,10-12). Nous croyants, qui nous situons à notre époque particulière de l’histoire du salut, sommes privilégiés – et cela au regard du dévoilement progressif de la révélation –, car nous possédons la « clé herméneutique »18 de l’Ancien Testament qu’est le Christ. Nous sommes en effet même plus privilégiés à cet égard que Jean-Baptiste (Mt 11,11) ! Selon les termes de notre Seigneur, « …beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu » (Lc 10,24).

3 Typologie

En troisième lieu, réfléchissons à la typologie que la théologie biblique renferme. La théologie biblique nous sensibilise aux structures (aux « types ») nous permettant plus aisément d’apprécier le Christ à sa juste valeur.

Qu’il y ait similitude entre l’ombre et la réalité est bien appréciée, mais soyons aussi sensibles aux points de divergence – on peut parler de « typologie à l’inverse ». La série télévisée A la maison blanche (The West Wing) présente un personnage, le Président Bartlet, qui est une sorte d’« Anti-Bush » : nous sommes censés, me semble-t-il, dresser des parallèles entre George W. Bush et Jed Bartlet, mais alors que l’un est évangélique, l’autre est catholique ; alors que l’un est républicain, l’autre est démocrate ; alors que l’un est considéré peu intellectuel, l’autre est une encyclopédie de connaissances.

De façon analogue à certains égards, nous trouvons en Christ un Anti-Cyrus ou un Anti-Jonas19 : les parallèles sont clairs, les distinctions aussi… La raison pour laquelle la typologie à l’inverse doit aller de pair avec la typologie directe, c’est que dans l’antitype qu’est le Christ, on monte d’un cran ; on gravit un échelon ; on laisse de côté ce qui est temporaire, partiel et ambigu en faveur de la réalité grandiose, ultime et performante. Par exemple, dans le cadre de l’ancienne alliance, il fallait présenter sans cesse des sacrifices à la suite d’actes pécheurs, et certains actes (dont le meurtre et l’adultère, semble-t-il) étaient tellement graves qu’ils ne pouvaient donner lieu à un sacrifice. En revanche, l’unique sacrifice du Christ, offert une fois pour toutes, correspond à la solution efficace et définitive pour toute sorte de péché commis (Hé 8,1—10,18).

De même, alors que l’intercession de Moïse n’était que partiellement et temporairement efficace à titre de réponse à la colère de Dieu face aux péchés des Israélites (Ex 32 ; Nb 14), celle du Christ est totalement et définitivement efficace, l’intercesseur lui-même n’étant pas affecté par le problème du péché (cf. Ps 106,33). En effet, le caractère performant de la nouvelle alliance pour le salut tient, entre autres, de la convergence en une seule personne des rôles de roi et de prêtre (Hé 7) – idée tout à fait étrangère à l’ancien régime, comme l’a découvert le roi Ozias dont la tentative de combiner les deux rôles a amené une maladie de la peau et la fin de son règne effectif (2 Ch 26).

4 Transformation

Quatrièmement, il convient de considérer la transformation que la théologie biblique inspire chez le croyant. La théologie biblique est transformatrice, parce que l’Evangile est transformateur, et l’Evangile est compris dans toute sa splendeur lorsqu’il est présenté sous forme de théologie biblique selon laquelle on tient bien compte de la tension, de la transparence grandissante, de la typologie.

Il me semble que l’expérience chez Cléopas et son compagnon, citée en introduction, est normative : nous aussi, nous pouvons trouver que notre coeur brûle au-dedans de nous alors que commençons à saisir la sagesse et la cohérence du plan de Dieu, à voir le tableau en grand, à nous laisser bouleverser par le panorama – à nous couper le souffle – de la révélation biblique.

Elle est transformatrice, parce qu’elle braque les projecteurs sur le Christ – par opposition à l’anthropocentrisme qui nous guette. Elle est transformatrice, parce qu’elle nous permet de reconnaître notre statut de privilégiés sous la nouvelle alliance, et cela fait partie de la dynamique de la transformation qu’opère le Saint-Esprit20.

Elle est motivante pour l’évangélisation, parce que le mouvement centrifuge (vers les non-croyants) se trouve en contraste par rapport au mouvement centripète propre à un régime révolu. Elle est motivante pour la sanctification, parce qu’elle nous permet de comprendre notre place dans le plan de Dieu et de garder les yeux rivés sur l’état final qu’est le nouveau cosmos : nous prions plus aisément « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ag 22,20).

Conclusion

Il s’agit dans la théologie biblique de lire les Ecritures sous la forme selon laquelle elles se présentent. La Bible n’est pas un simple manuel qu’on consulte dans certains endroits pour régler des problèmes. La théologie biblique est importante, parce qu’elle est indispensable à une approche adéquate des Ecritures et à une bonne interprétation des Ecritures. Elle est importante, parce qu’elle est indispensable à une compréhension claire et profonde de l’Evangile. Elle est inspirante, parce qu’elle octroie cette compréhension réjouissante de l’Evangile de par la dynamique de la tension, de la transparence grandissante, et de la typologie ; et elle sert à transfigurer le croyant davantage à l’image du Christ – pour la gloire de Dieu. Elle est passionnante, car elle donne aisément lieu au coeur bouillonnant qu’ont connu Cléopas et son compagnon. Que Dieu nous donne d’être nombreux à marcher sur les traces de nos ancêtres spirituels du chemin d’Emmaüs.

Des séries de cours de théologie biblique sont régulièrement offertes, dans la filière du samedi et en semaine. Pour les personnes n’étant pas en mesure de suivre des cours à l’Institut, nous sommes heureux de recommander des lectures, qu’elles soient introductives ou poussées (info@institutbiblique.be).

 

Cet article correspond à une version légèrement modifiée d’une conférence apportée dans le cadre d’un atelier sur la théologie lors du séminaire Evangile 21, fin mai 2014, à Genève.

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  1. C’est nous qui soulignons.
  2. Cf. Donald A. CARSON, « Current Issues in Biblical Theology: A New Testament Perspective », Bulletin for Biblical Research 5, 1995, p. 17-41 ; « Théologie systématique et théologie biblique », dans T. Desmond ALEXANDER, Brian S. ROSNER, dir., Dictionnaire de théologie biblique (New Dictionary of Biblical Theology, 2000), Cléon d’Andran, Excelsis, 2006, p. 98-115. Pour l’histoire de la discipline, cf. Charles H. H. SCOBIE, « La théologie biblique : un défi », Hokhma 51, 1992, p. 1-32 ; « Structurer la théologie biblique », Hokhma 52, 1993, p. 1-31 ; The Ways of Our God, An Approach to Biblical Theology, Grand Rapids/Cambridge [Royaume-Uni], Eerdmans, 2003, p. 9-28.
  3. Cf. notre article « La doctrine (« théologie systématique ») : pourquoi l’étudier ? », Le Maillon, été-automne 2013, p. 4-6
  4. Il est suivi par la TOB ainsi que par certaines éditions de la Bible en Français Courant.
  5. A en juger par le prologue 1,9-10. 24-25 du livre apocryphe Siracide.
  6. Lc 11,51 ; 24,44.
  7. Clift et Kathleen RICHARDS, Breakthrough Prayers for Women, Tulsa (Oklahoma), K. & C. International, 2000, p. 24-25.
  8. Cf. Jacques NUSSBAUMER, « Méthodes d’exégèse : pourquoi l’étudier ? », Le Maillon, printemps 2013, p. 4-7.
  9. Peter ADAM, « Prédication et théologie biblique », dans T. Desmond ALEXANDER, Brian S. ROSNER, dir., Dictionnaire de théologie biblique (New Dictionary of Biblical Theology, 2000), Cléon d’Andran, Excelsis, 2006, p. 117.
  10. Le cours d’évangélisation Horizon Dieu (http://www.wix.com/trevorcharris/horizondieu) prend bien en considération la nécessité de mettre en évidence les jalons-clé de l’histoire du salut.
  11. C’est nous qui soulignons.
  12. Au chapitre 36.
  13. La Doctrine du péché et de la rédemption (Collection Didaskalia), Vaux-sur-Seine, Edifac, 2000, p. 126.
  14. Cf. 2 P 1,15 (même terme employé pour la mort de Pierre).
  15. Considérer les versets 16-17 en lien avec les versets 1 à 4 de ce chapitre.
  16. Institution II, 10, 20.
  17. Il est difficile de trancher entre ces deux options, l’original présentant cette ambiguïté.
  18. La clé d’interprétation.
  19. Je suis en grande partie en dette envers Sylvain Romerowski pour ces idées (Polycopié pour le cours sur les prophètes – deuxième partie : Esaïe, Institut Biblique de Nogent-sur-Marne, 2005, p. 126 ; cours non publié, Faculté Libre de Théologie Evangélique, Vaux-sur-Seine, 2005 [sur Jonas]).
  20. C’est ainsi que je comprends, au moins provisoirement, la fin de 2 Corinthiens 3.