Les pieds sur terre, les yeux vers le ciel (Randy ALCORN)

Les pieds sur terre, les yeux vers le ciel, Randy ALCORN, Marpent, BLF, 2017, 189p.

Cet ouvrage traite de cette réalité joyeuse de la vie future avec le Christ ressuscité. La notion d’éternité que défend Alcorn, sur la base de nombreuses citations bibliques, est celle d’une certaine « continuité » entre la nouvelle création et la terre actuelle. Ainsi, dit l’auteur, au lieu de lever les yeux pour chercher dans les nuages à quoi ressemblera le ciel, il invite le lecteur à regarder autour de soi pour se l’imaginer au travers des plus belles choses de la vie (paysages, fleurs, palmiers, amis, fêtes…), mais épurées du péché, de la mort et de la corruption de la vie actuelle (p.11).

L’ouvrage se compose de cinq parties dont il est utile de rendre ici les trois premières1. Alcorn commence par faire la distinction entre le ciel actuel et le ciel éternel : alors que le ciel éternel sera le lieu où les croyants vivront « pour toujours après la résurrection finale » (p.16), le ciel actuel2 est le lieu de transition où séjournent les âmes3 des croyants décédés en attendant le retour de Jésus.

Ciel actuel

Pour Alcorn, il est vraisemblable que les habitants du ciel actuel soient dans un corps intermédiaire, distinct de leur corps final de résurrection. En Apocalypse 7.9, par exemple, ces croyants qui louent Dieu sont présentés comme tenant des feuilles de palmier à la main. L’auteur compare ces corps intermédiaires « à l’apparence humaine que prennent les anges lorsqu’ils nous rendent visite » (p.25).

Parallèlement au ciel actuel, Alcorn précise qu’il existe un « enfer actuel » : lorsque nous quittons ce monde à notre mort, nous passons un premier jugement qui est le « jugement de la foi »4 qui détermine, sur la base de l’acceptation de l’œuvre expiatoire de Christ, si nous irons au ciel ou en enfer actuels.

Sur la base d’Apocalypse 6.9-11, Alcorn veut présenter un aperçu de la vie dans le ciel actuel : le passage présente des saints qui s’expriment de manière audible, raisonnent, éprouvent des émotions, crient, posent des questions à Dieu, aspirent au jugement de leurs bourreaux (p.27). Ainsi, conclut l’auteur, dans l’état intermédiaire, les saints sont conscients du temps qui passe et ils semblent voir ce qui se déroule sur la terre (p.31)5. Signalons dès ici que nous ne sommes pas sûrs qu’il faille généraliser le cas ici évoqué. Il s’agit probablement d’un aperçu exceptionnel permis par Dieu aux saints martyrisés du premier siècle. A partir de ce seul texte, il ne nous semble pas prudent d’établir une règle pour tous les saints dans l’état intermédiaire.

Ciel éternel

Dans la deuxième partie – centrale – du livre, Alcorn a pour souci de mettre en lumière les affirmations de l’Ecriture sur le ciel éternel, afin de balayer les fausses conceptions distillées par Satan en vue d’empêcher d’imaginer la splendeur de ce lieu bien réel dont parle la Bible (Ap 21.10s,15s ; Jn 14.2s). Dans ce but, l’auteur trouve impératif de demander à Dieu d’ôter nos œillères (préjugés, spiritualisation et allégorisation de textes qui ne devraient pas l’être) afin de prendre au sérieux, sans exagération, les allégations de l’Ecriture sur le ciel (p.41). En effet, soutient-il, Dieu ne nous veut pas ignorants de ce qu’il nous a révélé (Dt 29.28 ; Ap 1.1s).

Dieu ne nous veut pas ignorants de ce qu’il nous a révélé

Parallèlement au ciel éternel, l’auteur souligne la réalité de l’enfer éternel où seront jetés tous ceux qui n’auront pas placé leur confiance dans le Fils pour être sauvé (Jn 5.28s ; Mt 10.28 ; 13.40-42 ; 25.46). Lorsqu’il aura accompli son projet de « faire disparaître le fossé qui existe entre le monde spirituel et le monde physique » (p.48), Dieu habitera alors avec son peuple dans le nouveau cosmos qu’il prépare (Ap 21.3).

Dans ce contexte, Alcorn prend position, à la suite du théologien systématicien Anthony Hoekema6, pour une destruction temporaire doublée d’une restauration éternelle et complète de la terre (p.51). La thèse principale d’Alcorn est que le monde futur présentera une certaine continuité avec le présent, contrairement à ceux qui estiment que « aller au ciel éternel, ce serait entrer dans un  monde qui ne ressemble en rien à tout ce que nous avons connu jusque-là » (p.52). Pour Alcorn, le nouveau cosmos et le nouveau corps des croyants seront des versions restaurées, purifiées et poussées « à la perfection » de ce que nous connaissons actuellement (p.52). Si le paradis est appelé nouvelle terre, avance Alcorn, c’est parce que dans l’esprit de Dieu, ce lieu restera « un endroit terrestre », et donc « familier » (p.52). En résumé, dit Alcorn, nous « devrions nous attendre à voir de nouveaux arbres, de nouvelles espèces de fleurs, de nouvelles roches, de nouvelles rivières, de nouvelles montagnes, de nouvelles espèces animales. Nos corps actuels sont, en quelque sorte, l’esquisse de nos merveilleux corps ressuscités ». Pareillement, cette vieille terre est une « sorte de modèle de la nouvelle terre » (p.53).

Dans cette nouvelle création, notre bonheur particulier sera de réaliser ce que Moïse n’avait pas pu obtenir (Ex 33.18-23), à savoir voir Dieu face-à-face (Hé 12.14), sans être foudroyés sur le champ. En effet, Dieu et l’Agneau habiteront dans la ville (Ap 21.3 ; 22.3s), et nous pourrons voir toutes choses à travers les yeux de Dieu (p.54). Dieu fera descendre la nouvelle Jérusalem qui « se trouve en ce moment dans le ciel actuel ». Et, cerise sur le gâteau, Dieu lui-même nous servira (Es 25) ! Et nous, nous l’adorerons éternellement, d’une louange spontanée découlant du bonheur éternel et total que nous aurons à ses côtés (Ap 7.9,12). Nous remplirons alors le mandat que Dieu avait confié à Adam et Eve sur l’ancienne terre et pour lequel ils ont échoué (p.61). En fonction de notre fidélité dans le service sur la présente terre, Dieu nous « offrira des postes permanents de direction » (cf. Dn 7.27) et de « haute responsabilité dans son royaume éternel » (p.62).

Réponses à nos questions

Dans la troisième partie, Alcorn passe en revue, de manière plus détaillée, les nombreuses questions qui se posent dans les esprits en rapport avec la vie dans le ciel éternel : notre humanité, l’activité dans la nouvelle création ; la nouvelle Jérusalem. De manière globale, et sur la base de la continuité entre le monde présent et le monde éternel, l’auteur soutient que la vie dans le ciel éternel aura un lien avec la vie présente, mais dans une dimension poussée à sa perfection, au maximum de ses capacités, le péché et ses désordres étant extirpés. Un exemple doit suffire : celui de notre activité. Nous ne retournerons pas à l’âge du fer, mais bénéficierons de tous les progrès technologiques acquis sur la terre actuelle, et peut-être serons-nous capables de créer de nouvelles inventions en améliorant les anciennes, notre imagination étant portée à sa perfection (p.154). Notre travail ne sera cependant plus marqué par la douleur, la corruption, le péché ou l’épuisement (p.166).

Recommandation et appel à la prudence

Si nous recommandons chaudement la lecture de l’ouvrage d’Alcorn, fort stimulant sur la vie qui nous attend, nous voudrions cependant appeler à la prudence. En effet, certaines affirmations de l’auteur pourraient relever de la spéculation ou supposition à partir d’un ou plusieurs texte(s) biblique(s). Par exemple, à la question de savoir si les habitants du ciel actuel prient pour ceux qui vivent sur la terre (Ap 6.10), la réponse, logique aux yeux de l’auteur, est affirmative : « Si prier, c’est tout simplement parler à Dieu », alors, depuis le ciel actuel, les saints « intercèdent dans la prière… ne serait-ce que de temps en temps » (p.33). Il nous semble que cette prétendue prière « de temps en temps » des saints pour les vivants (si on voulait comprendre le texte ainsi) n’autorise pas forcément à la généralisation du fait. Il convient toujours de ne pas faire dire au texte plus que son intention.

Télécharger l’article ici.

EnregistrerEnregistrer

  1. Dans les deux dernières parties, courtes (8p.) et pratiques, il s’agit d’abord (4e partie) de quelques versets en guise de check-up pour savoir si nous irons au ciel ou non. La 5e partie consiste en une sélection de versets sur la réalité du ciel ainsi que les promesses divines le concernant.
  2. Classiquement appelé « état intermédiaire », appelé « ciel intermédiaire » par Alcorn (ex. p.17).
  3. Sur la base de Lc 16.22-24 et Ap 6.9s, l’auteur rejette, avec raison, la doctrine du « sommeil de l’âme » d’après laquelle l’âme se trouverait dans une « longue période d’inconscience entre la vie sur terre et la vie au ciel » (p.18).
  4. Distinct du jugement final : p.26. Son point de vue sur le moment de ce jugement n’est pas partagé par tous les spécialistes.
  5. C’est dans le même sens que l’auteur interprète la joie qui éclate devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui se repent (Lc 15.10) : « Il s’agit non seulement de Dieu, mais aussi des saints dans le ciel, émerveillés par le miracle de la conversion des hommes… en particulier celle de leurs amis et de leurs proches encore sur terre » (p.33s).
  6. Cf. son ouvrage The Bible and the Future, cité par l’auteur, p.50s.