L’Évangéliste sous toutes ses formes (Raphaël ANZENBERGER)

Raphaël ANZENBERGER, L’Évangéliste sous toutes ses formes, Mode d’emploi d’un ministère donné à l’Eglise, Marpent, BLF Europe, 2012, 221 p. 

« Il a donné […] les autres comme évangélistes » (Ep 4,11).

Qu’est-ce que le ministère d’évangéliste ? Quel est son rôle au sein de l’Eglise locale ? Quelles sont les qualifications requises pour être évangéliste ? Quel est son profil et son message ? L’évangélisation se trouve au cœur de la formation ici à l’IBB, c’était donc une grande joie de lire ce nouvel ouvrage de Raphaël Anzenberger, évangéliste expérimenté et secrétaire général de France Evangélisation.  Le livre est présenté comme un « mode d’emploi » de ce ministère donné à l’Eglise.

Le livre est très facile à lire et bien motivant pour l’évangélisation. Il se divise en deux parties. Dans la première partie, Anzenberger donne les fondements théologiques du ministère varié de l’évangéliste. A la fin de chaque chapitre, il inclut un court entretien avec un évangéliste expérimenté (Emmanuel Maennlein, Lindsay Brown, Alain Stamp, Saotra Rajaobelina, Marc van de Wouwer et Florent Varak). Dans la deuxième partie, il cède la place à treize autres évangélistes qui écrivent chacun un chapitre concernant un aspect pratique de ce ministère.

1. Trois groupes de personnes pourraient bénéficier de ce livre

Les responsables d’Eglises, ceux qui exercent un ministère d’évangéliste (ou qui s’interrogent sur cette possibilité) et le chrétien lambda. Je vais qualifier dorénavant les personnes de la deuxième catégorie « Evangélistes » (avec E majuscule) et celles de la troisième catégorie « évangélistes » (avec é minuscule).

Pour le responsable d’Eglise

Le livre vous donnera une idée des manières de profiter de la présence d’Evangélistes doués au sein de l’Eglise non seulement pour atteindre les perdus mais également pour former les autres à la tâche de l’évangélisation. Dans le ch. 11, Alain Stamp donne des éléments très intéressants sur le mentorat des Evangélistes et des croyants en général. Le livre comporte aussi de très bonnes idées pour l’évangélisation au sein de l’Eglise locale (voir notamment l’entretien avec Florent Varak, p. 117-120) ainsi que des astuces pour tous ceux qui exercent un ministère de la parole à temps plein (et non pas seulement les Evangélistes ; notamment le ch. 3).

Pour l’Evangéliste

Le chapitre 1 vous aidera à apprécier la grande variété qui existe dans le ministère d’Évangéliste (évangéliste proclamateur, évangéliste apologète, gagneur d’âmes dans les conversations un à un…). Le livre rappelle qu’il est nécessaire que l’Evangéliste soit impliqué pleinement dans l’Eglise locale et soumis aux responsables (ch. 2). Notons l’importance du caractère chrétien (ch. 3) et de l’intégrité financière et sexuelle (p. 127-128). La sainteté est une « condition sine qua non de l’évangéliste », affirme très justement Anzenberger (p. 53). D’excellentes astuces sont mises en avant concernant comment gérer la vie de famille lorsqu’on est dans le ministère (p. 147‑148). Par ailleurs, nous sommes mis en garde contre le fait de minimiser les conséquences éternelles du péché dans notre présentation de l’Evangile (p. 94, 102). Enfin, dans le chapitre 6, Anzenberger souligne le rôle que devrait jouer l’Evangéliste auprès des croyants de l’Eglise locale : ceux-ci ont besoin de l’Evangile, d’encouragement et de formation dans le domaine de l’évangélisation.

Pour l’évangéliste

Pour nous qui ne nous sentons pas très doués pour l’évangélisation, ce livre contient beaucoup de bonnes idées pour nos efforts personnels : lire la Bible avec un ami non-croyant au McDo avant le boulot (p. 13), inviter un ami à un groupe de découverte (p. 156), organiser des soirées « tirer sur le pasteur » avec quelques amis non-chrétiens (avec un message de dix minutes sur l’Evangile suivi par un moment de questions où « aucun sujet n’est tabou », p. 117), fréquenter un club de course à pied pour rencontrer des non-chrétiens (p. 201). La passion des auteurs de ce livre pour le salut des non-croyants est contagieuse.

2. Malgré les grandes forces de ce livre, j’aimerais évoquer ce que je considère être des faiblesses.

Le rôle de qui ?

Anzenberger affirme « si tous sont évangélistes comme certains le soutiennent, alors personne ne l’est véritablement1 » (p. 43). Cela ne me semble pas biblique. Tous les premiers chrétiens étaient évangélistes, comme le montre bien Actes 8,1-4 : ils proclamaient l’Evangile là où ils allaient. Jésus commande à un disciple qui veut le suivre, « va-t’en annoncer le règne de Dieu » (Lc 9,60), comme s’il lui disait que c’est le devoir de chaque chrétien. Le grand mandat s’applique à tous les croyants (Mt 28,18-20). 1 Pierre 3,15 est mentionné dans le livre, ainsi que 1 Pierre 2,9-10 où nous sommes mandatés en tant que chrétiens d’annoncer les hauts faits de Dieu. Bref, c’est ma conviction que tous les chrétiens sont des évangélistes dans le sens que nous avons tous la tâche (et l’immense privilège) non seulement de vivre une vie sainte parmi les non-chrétiens mais en plus de parler de l’Evangile autour de nous. Ce livre peut parfois donner l’impression qu’il appartient aux Evangélistes d’évangéliser et non pas à nous croyants lambda.

L’appel

Cet ouvrage fait grand cas de la notion de l’appel au ministère d’Evangéliste. Mais le Nouveau Testament ne semble pas parler en termes d’« appel » en rapport avec des ministères particuliers2. Il parle plutôt d’« aspirer » ou « désirer » (1 Tm 3,1) ainsi que du rôle des responsables de l’Eglise d’identifier des dons (1 Tm 4,14 ; 1 Tm 5,22 ; Ac 13,1- 3). Au lieu de rechercher le « sentiment que Dieu a sa main sur vous pour un service bien particulier », il me semble plus approprié de vouloir être « animé par l’amour de Dieu pour les perdus, et un désir brûlant d’annoncer l’Evangile aux pécheurs » (p. 45).

Quel message proclamer ?

Compte tenu de l’objectif du livre, j’ai été surpris que le contenu de l’Evangile n’occupe pas une place plus significative, et j’ai trouvé la section traitant de ce sujet (au chapitre 4) décevante. Il aurait été approprié, me semble-t-il, de présenter un rappel clair de ce qu’est l’Evangile et de ce qu’il n’est pas. Pour un Evangéliste (ou un évangéliste), en plus de son caractère, quoi de plus important ? Peut-être conviendrait-il de recommander que ce livre soit lu en parallèle avec Qu’est-ce que l’Evangile ? de Greg Gilbert3. Par ailleurs, dans la section sur le caractère de l’Evangéliste, il aurait été souhaitable de mettre en évidence le fait que c’est justement en méditant l’Evangile que nous pouvons grandir en maturité chrétienne.

Le bilan ?

Un ouvrage très motivant pour l’évangélisation. Anzenberger déclare que ce dont la francophonie a besoin, c’est une nouvelle génération d’Evangélistes. Amen, et prions pour cela. Identifions-les et formons-les ! Mais ce n’est pas tout. Prions également pour une nouvelle génération d’évangélistes, de chrétiens « ordinaires ». Prions afin qu’ils puissent annoncer l’Evangile là où ils sont, aux membres de leur famille, aux collègues de travail, aux voisins, aux amis. « Une Eglise fondée sur une culture d’évangélisation et de formation de disciples ressemble … à l’Eglise du Nouveau Testament » (p. 185).

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  1. C’est lui qui souligne.
  2. Nous sommes appelés au salut (Rm 1,7 ; Ep 4,1-4) ; à la paix (1 Co 7,15) ; à la liberté (Ga 5,13) ; dans la consécration (1 Th 4,7) ; à la gloire (2 Th 2,14) ; à souffrir (1 P 2,21) ; mais le Nouveau Testament n’utilise pas le langage de l’appel pour parler du ministère de la parole.
  3. Voir recension du livre dans le numéro précédent du Maillon, (NDLR).