L’importance de la justification par la foi seule dans la perspective de Galates

En parlant de la doctrine de la « justification par la foi seule », les réactions pourraient fuser – ceci même entre chrétiens. Il est possible que vous vous soyez retrouvé(e) à hocher la tête en signe d’approbation, en anticipant sur un article théologiquement correct. Ou vous avez peut-être froncé les sourcils comme si vous veniez d’entendre du charabia. Oui, ça sonne français, mais « que pourrait bien vouloir dire ce mot ‘justification’ ? ». Enfin, il se peut que l’alignement de ces termes vous ait un peu irrité(e). Non que leur signification pose problème pour vous, mais « pourquoi faut-il toujours que ces théologiens emploient de tels termes techniques ? » Eh bien, soyez rassuré(e). Notre but, ici, n’est pas de convertir notre lectorat à un patois de Canaan, ni de rester dans les hautes sphères intangibles du monde académique, ni même de faire des déclarations orthodoxes dans le simple but d’obtenir l’approbation de la majorité de nos lecteurs. Non, l’objectif de cette réflexion est de redécouvrir ensemble une doctrine merveilleuse et libératrice qui donne une pleine assurance et une espérance inégalées à partir d’un petit livre de la Bible. En effet, c’est notamment pour cette doctrine que les Réformateurs ont lutté et ont été prêts à quitter l’Eglise catholique romaine en faisant face à bien des peines « afin que la vérité de la bonne nouvelle demeure pour [nous] » (Ga 2,5), pour le dire dans des termes employés par Paul dans cette épître.

Paul a écrit cette lettre justement pour défendre cette vérité avec fermeté, en appelant les Galates à y revenir sans détour. En effet, cette épître tourne autour de la justification par la foi seule qui est le coeur de l’Evangile même, et nous y voyons toute l’importance et la portée pour la vie des lecteurs à travers les âges.

1 Déclarés justes par la foi seule en Jésus-Christ

En lisant cette lettre, nous apprenons que les Galates à qui l’apôtre Paul écrit sont des chrétiens (Ga 1,2 ; 3,13.15), majoritairement d’origine non‑juive (Ga 4,8). Pourtant, des faux enseignants leur prescrivent de se faire circoncire et d’observer d’autres stipulations de la loi de Moïse pour qu’ils continuent à paraître justes devant Dieu et à faire partie des fils bénis d’Abraham (Ga 3,1-5 ; 4,10.17.21 ; 5,1-4 ; 6,12-13).

Face à cette situation, Paul est profondément alarmé et ne cesse d’affirmer que c’est uniquement par la foi en Jésus que l’être humain (Juif ou païen) est, et continue à être déclaré/compté comme étant juste devant Dieu, tout comme le déclarait l’Ecriture ellemême à l’avance (Ga 2,15-20 ; 3,6‑14 ; 5,5 ; 6,14-16). Ainsi, la justification est grâce au Christ seul : grâce à sa malédiction à notre place (Ga 3,13-14) et son respect parfait de la loi porté à notre compte (Ga 3,26-27 ; 4,3-7). Cette doctrine est bien celle qui humilie le plus l’être humain tout en l’élevant jusqu’au ciel, puisque son salut n’est pas assuré en dehors de Dieu luimême. A Dieu seul soit la gloire (Ga 1,4-5) !

2 Le danger de s’en écarter d’un iota

A l’occasion des 500 ans de la Réforme, nous en profitons pour repenser à tous les bienfaits que celle-ci a apportés pour des millions, voire des milliards de personnes. Alors que beaucoup d’eau a pu couler sous les ponts depuis, il se peut que certains en viennent à se demander s’il est toujours aussi nécessaire de s’atteler aux cinq solas1 pour lesquels les Réformateurs ont tellement lutté et souffert, et plus particulièrement au salut (à la justification) par la foi seule, en Christ seul et par la grâce seule. En effet, cela n’était-il pas un combat pertinent pour leur temps et à présent gagné une fois pour toutes ? Nous ne le pensons pas !

Cette épître nous permet de comprendre que c’est depuis le début2 que ce combat fait rage. Et il ne cessera jusqu’à la fin (Mc 13,21‑22 ; 2 Tm 3,1‑5 ; 4,1‑5). Il nous faut donc être prêts à lutter et à persévérer dans ce combat en nous en tenant à la vérité de l’Evangile pour qu’elle soit maintenue pour les générations à venir (Ga 2,5). En effet, nous constatons dans cette lettre que s’en détourner d’un iota mène à la fois les adhérents et les faux enseignants à la destruction éternelle, étant déchus de la grâce et sous la malédiction (Ga 1,6-10 ; 2,21 ; 3,1-4 ; 3,10 ; 5,2-4 ; 5,7-12) !

Vu les sérieux avertissements de l’apôtre Paul dans ce petit livre si précieux, nous devons être au clair quant à l’Evangile qui sauve, par opposition aux autres « évangiles » (qui n’en sont pas, Ga 1,6‑10). Ainsi, ce n’est que la personne et l’oeuvre du Christ qui sauve, et rien d’autre ! Aucune oeuvre humaine et aucune amélioration morale ne pourraient sauver l’être humain. Prêchons-le à notre âme au quotidien ! Nous avons un coeur tellement légaliste et trempé dans une culture de mérite : nous pouvons aisément nous tromper nous‑mêmes en pensant obtenir la faveur de Dieu, parce que nous avons été tellement bons avec notre entourage (ou même des inconnus), et parce que nous avons été réguliers dans notre vie de prière, lecture de la Bible ou participation aux réunions d’Eglise. Pour des chrétiens de longue date, le risque est réel : de glisser subtilement, lentement, et presque inconsciemment vers un autre « évangile » !

Il se peut aussi que nous nous mettions en grand danger ainsi que les autres (croyants et noncroyants) par notre manque de discernement quant aux faux évangiles. Faisons attention de ne pas avaler le mensonge que proclame notre société pluraliste et relativiste qui nous dit que tous les systèmes de croyance se valent et mènent à Dieu. L’apôtre Paul, lui, n’est certainement pas de cet avis (p.ex., Ga 1,6-9), et nous ne devrions pas l’être non plus, ceci même si nous devions être taxés d’« intolérants ». En effet, si nous ne sommes pas la colonne de la vérité (1 Tm 3,15), qui la défendra et la proclamera pour le bien du plus grand nombre ?! Ainsi, toute religion ou tout système de croyance qui exige des êtres humains des bonnes oeuvres ou des performances spirituelles pour être sauvés, ou pour se libérer du monde matériel, est dans l’erreur. Soyons aussi au clair par rapport à d’autres faux évangiles plus subtiles qui sont déguisés par un langage employant des expressions telles que la « grâce », l’« évangile » et « sauvés par Jésus ». Même si nous devons reconnaître que plusieurs de nos amis catholiques sont nos frères/soeurs du fait de se confier en Jésus seul et en personne et rien d’autre, nous devons reconnaître que l’enseignement officiel de l’Eglise catholique romaine est un évangile déformé3 qui, d’après cette épître, mène ceux qui y adhèrent et qui le proclament sans réserve en enfer. Prenons garde aussi à tout « évangile »4 qui inviterait les êtres humains à se confier en Christ en promettant qu’il satisfera toutes sortes de besoins, sans insister sur notre plus grand besoin (le pardon des péchés)5 que le Christ promet de satisfaire, si l’on se confie en lui seul.

3 Justifiés pour une vie de liberté

Cette doctrine de la justification par la foi libère de l’esclavage des lois (juives ou autres) qui ne font qu’asservir les humains et les mener à la mort éternelle, après les avoir traînés dans une vie de constante culpabilité (Ga 2,4.18-20 ; 4,8-11 ; 5,1-4).

Aussi, cette libération est telle que nous ne devons plus nous soumettre à ne serait-ce qu’une seule prescription pour faire partie du peuple de Dieu (Ga 3,26-29) ! Tout comme Pierre (2,11-15), nous devrions ainsi nous garder catégoriquement de créer quelque critère que ce soit (discipline, assiduité, zèle, pratiques, etc.) qui établirait des chrétiens de « rang supérieur ». Pouvez-vous penser à des critères que vous avez personnellement établis – ou qui sont établis dans le cadre de l’Eglise ?

Enfin, la vie de liberté à laquelle la justification par la foi seule donne accès est telle que nous obtenons le statut de fils et filles de Dieu (plutôt que d’esclaves) dès le jour où nous nous confions en Christ – jour où nous recevons l’Esprit qui nous l’atteste (Ga 3,2 ; 4,3-9). Nous sommes libérés du poids de la culpabilité en vue de pouvoir aimer les autres (Ga 5,1-3.13‑26). Ainsi, si je vais remorquer la voiture d’un mes frères qui est tombé en panne, ou si je vais faire tous les efforts pour me réconcilier avec une soeur avec qui j’ai eu un conflit, ce n’est pas parce que je suis sous la menace de perdre la faveur de Dieu (gagnée par Jésus seul), pour obtenir un peu plus la faveur de Dieu, ou pour faire partie d’un groupe de chrétiens plus reconnus : c’est parce que j’ai été libéré par le Christ (Ga 2,18‑20 ; Ga 5,13-14).

A Dieu seul soit toute la gloire pour cette doctrine si précieuse qui nous libère !

Télécharger l’article ici.
  1. L’Ecriture seule (autorité suprême), le salut par la grâce seule et par la foi seule en Christ seul, et ceci pour la gloire de Dieu seul.
  2. Beaucoup de spécialistes pensent que cette lettre était la première écrite par Paul (en 47-48 apr. J.-C.). Nous nous situons à un moment bien antérieur à la rédaction des évangiles.
  3. En certains endroits, le Catéchisme de l’Eglise catholique fait des déclarations apparemment orthodoxes, p. ex. : « Notre justification vient de la grâce de Dieu. La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12- 18), fils adoptifs (cf. Rm 8, 14-17), participants de la divine nature (cf. 2 P 1, 3-4), de la vie éternelle (cf. Jn 17, 3) » (par. 1996). Il n’en reste pas moins qu’il enseigne un salut par des oeuvres humaines (même si elles sont appelées des « grâces », p. ex., par. 2010) qui seraient, selon lui, nécessaires pour être sauvé, en plus de l’oeuvre du Christ (p. ex., le baptême, par. 1257).
  4. Comme, p. ex., l’évangile de la prospérité et tous ses dérivés qui sont si souvent prêchés dans des Eglises qui se présentent comme étant protestantes (voir le document suivant du CNEF – Conseil National des Evangéliques de France – pour plus d’informations sur la théologie de la prospérité et ses prédicateurs connus : http://lecnef.org/images/acymailing/cnef_dossier_evangileprosperite_120614.pdf).
  5. N’oublions pas que c’est la raison même pour laquelle il s’est incarné (Mc 10,45 ; Jn 1,29 ; 1 Tm 1,15) et la raison pour laquelle nous devons nous confier en Lui (Jn 3,16).