Lumière biblique sur la confusion des genres

Si vous avez suivi l’Eurovision 2014, vous avez sans doute pensé que la gagnante ressemblait curieusement à un homme – ou bien que le gagnant ressemblait étrangement à une femme. Cet événement populaire marquant n’a fait que renforcer la confusion des genres qui existe aujourd’hui – un grand flou dans lequel nous pouvons nous sentir démunis en tant que chrétiens.

L’objectif de cet article est d’expliquer la « théorie du genre » avant d’apporter une évaluation biblique et de proposer quelques pistes par rapport aux propos que nous devrions tenir à ce sujet dans une société confuse et parfois hostile.

La « théorie du genre »

Née dans les années 1970, mais surtout mise en avant en 1990 particulièrement par Judith Butler1, la « théorie du genre » ou l’« idéologie2 du genre » se situe dans la continuité du féminisme. Ses adeptes estiment que la distinction masculin/féminin, mâle/femelle est un produit non pas de la biologie mais de la culture – par une société patriarcale dont le but est de maintenir la domination de l’homme sur la femme. Voilà pourquoi ils veulent supprimer cette différentiation homme/femme. A la place du modèle classique, les adeptes du genre veulent instituer la liberté de choisir d’être homme ou femme à sa guise3 et encore d’autres possibilités4.

La théorie du genre autour de nous

C’est avec les récents débats sur l’homosexualité que beaucoup en Europe ont pris conscience de l’influence de la théorie du genre, et, en clair, la théorie va de pair avec une hausse des mariages homosexuels. Mais plus largement, cette théorie s’est imposée de plus en plus dans les médias, la politique, l’éducation et le domaine de la culture (les bibliothèques, etc.) et a été le sujet d’une controverse en France quant à son éventuelle influence sur le contenu de manuels scolaires.

Au niveau institutionnel, le Conseil européen, dans sa Convention d’Istanbul (mai 2011)5, milite dans le sens d’éradiquer tout stéréotype rappelant le masculin et le féminin, objet des discriminations6. Dans le monde cinématographique, à certains égards, le film Tomboy7 véhicule une idéologie du genre. La question s’impose : comment réagir de façon à glorifier Dieu ?

Dieu créa l’homme et la femme

Tout d’abord, force est de constater que notre définition même de la sexualité est déterminée par l’existence de Dieu. Sans Dieu, nous pourrions croire à l’autodéfinition, nous déterminant simplement par rapport à nous-mêmes. Or, Dieu existe, et il a les droits d’auteur sur la sexualité : nous sommes créés selon son dessein, chaque être humain à l’image de Dieu et dans la catégorie « homme » ou « femme » (Gn 1,27).

Les différences entre l’homme et la femme ne sont pas des choses apprises ou imposées par la société, ni des accidents interchangeables, mais des différences innées, car créées. Il ne nous appartient pas de décider qui nous sommes, ni si nous sommes plutôt « masculin » ou « féminin » : cela relèverait de l’autonomie exercée à l’encontre de Dieu, qui est Seigneur de par son rôle en tant que Créateur.

Soyons clairs : nous avons tous recherché cette autonomie ; une personne avec un parcours classique et une autre avec un parcours débridé peuvent être tout autant pécheurs. Ce que Dieu nous demande est de nous laisser définir par Lui – car, en fait, il a prévu de bonnes choses pour nous. Dieu est infiniment sage et bon, et ce qu’il a instauré comme loi est pour notre bien. Mais soyons avertis : choisir de vivre sans lui est lourd de conséquences ; refuser de le suivre dans ce domaine comme dans d’autres est le mauvais choix.

En revanche, la Bible évoque les deux genres comme parfaitement complémentaires. L’image de Dieu a deux faces : homme et femme reflètent le Dieu qui est à la fois grand et personnel. Cette complémentarité est créée par Dieu et bonne ; ainsi nous sommes de la même race – la race humaine – et nous avons un rapport de vis-à-vis, « os de mes os, chair de ma chair » – mais des différences. Et c’est la différence et la complémentarité qui rendent l’union possible (Gn 2,20-24).

Des descriptions et des commandements bibliques

Les descriptions des hommes et des femmes dans la Bible sont très complètes. Les personnages bibliques ont des points forts et des défauts, mais ne sont jamais réduits à des caricatures ; on y trouve de mauvais exemples, certes, mais aussi des personnes qui ont très bien assumé leur rôle d’homme ou de femme. Jésus, ici encore, est la référence : un homme qui est resté célibataire (en attendant son mariage ultime [Ap 19] !) et qui a traité les femmes avec respect et dignité.

Les femmes décrites dans la Bible n’ont pas le rôle d’« évêque » (responsable d’Eglise) mais sont actives comme « servantes de Dieu » (Tt 2,2). Leur rôle est riche et varié, et trouve son apothéose dans la description de Proverbes 31,14-31.

Nous y voyons une femme idéale, décrite comme une personne à l’esprit avisé dans les affaires commerciales, capable d’évaluer et d’acheter des biens immobiliers, oeuvrant en vue de l’harmonie entre ses proches, prévoyante, prompte à tendre la main aux plus démunis, sollicitée pour son enseignement empreint de sagesse, et renommée dans le pays, de manière indépendante de son mari, tout en étant liée à la même maisonnée, contribuant ainsi à la réputation de son conjoint8.

Les hommes ont comme appel d’être responsables, c’est-à-dire d’assumer leurs responsabilités de mari, de père, et de frère, et de veiller à conduire leur épouse vers la sainteté en se donnant euxmêmes pour elle (Ep 5,25-26). Certains hommes sont qualifiés pour diriger une Eglise locale (1 Tm 3).

Nous pouvons trouver dans les Ecritures des commandements pour nos relations avec le sexe opposé. En exhortant le jeune pasteur Timothée, l’apôtre Paul écrit qu’il doit prendre les relations familiales pour modèle de son comportement : traiter les femmes âgées comme des mères, et les jeunes femmes « comme des soeurs, en toute pureté » (1 Tm 5,2). Nous sommes loin d’un rapport de convoitise comme celui qui est influencé par la pornographie aujourd’hui.

Est-ce meilleur d’être femme ou homme ?

La Bible ne porte pas à croire qu’un genre est meilleur que l’autre ou plus capable que l’autre. « Dans le Seigneur, la femme n’existe pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme, car, de même que la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme naît de la femme, et tout vient de Dieu » (1 Co 11,11-12).

En fait, que l’homme et la femme soient différents et aient des rôles distincts ne diminue pas la valeur de l’un ou de l’autre ; un gardien de but et un buteur ont des rôles tout à fait différents mais sont égaux en tant que joueurs, et il faut que chacun joue son rôle en vue du bon résultat. De même, la soumission du Fils au Père (Lc 22,42) n’enlève rien à sa valeur et à sa gloire.

Chacun et chacune de nous doit donc recevoir non seulement le genre avec lequel il ou elle est né(e) mais aussi l’appel que Dieu lui donne : assumer pleinement sa masculinité ou sa féminité. En ce domaine, nous devons nous assurer que nous nous conformons à l’image biblique de l’homme et de la femme, et pas à un stéréotype culturel selon lequel les hommes ne pleurent pas, les femmes font la cuisine, etc.

« La publicité, avec ses clichés de la virilité et de la féminité, est en grande partie responsable de la confusion qui règne dans ce domaine.9 » En effet, nous ne correspondons pas souvent à ces images fictives !

Comment parler du genre aujourd’hui

Quand nous parlons de ce sujet assez délicat et sensible, nous parlons à des personnes ayant des idées préconçues différentes des nôtres, et qui ne reconnaissent pas l’autorité de la Bible. Voici plusieurs pistes à explorer – pas des étapes par lesquelles il faut procéder, mais des idées à exprimer. Il faudrait :

  • mettre en doute l’idée que la différentiation sexuelle soit le produit de la culture ;
  • remettre en question les stéréotypes (« je ne pense pas ce que tu crois ») ;
  • clarifier le fait que les chrétiens ne sont pas dans un jeu de pouvoir ;
  • montrer qu’il existe en général des différences de préoccupation chez les hommes et chez les femmes ;
  • essayer d’expliquer que le seul moyen d’échapper à un relativisme sans fin est d’avoir une voix extérieure – et que notre Créateur s’est révélé dans la Bible ;
  • démontrer une façon de vivre différente.

Les enjeux de ce dernier point en particulier sont considérables. Si nous affirmons la différence entre hommes et femmes, cela n’est pas misogyne. Il n’y a pas de place pour le sexisme dans le christianisme10.

En même temps, nous ne sommes pas appelés à dénigrer l’homme en tenant un discours d’extrêmeféminisme selon lequel on dirait que les hommes ne sont bons à rien. Cela reviendrait à remplacer un péché par un autre.

Conclusion

Un écrivain affirme avec raison :

…[D]ans une culture qui est confuse quant à la différence des sexes, les chrétiens ont plus que jamais besoin d’incarner une contre-culture façonnée par l’Evangile. Autrement dit, les chrétiens doivent être dans le monde sans être du monde pour le bien du monde en matière de genre et de sexualité11.

Cette attitude d’être bien dans sa peau selon notre genre, de maîtriser nos pulsions sexuelles et de vivre dans la fidélité conjugale hétérosexuelle sera étrange aux yeux de notre entourage, mais apportera la gloire à Dieu.

Dieu nous appelle à vivre heureux comme Il nous a créés, hommes, femmes, malgré les souffrances de notre état présent, malgré la tentation, en refusant le péché. C’est possible par Christ – l’humain parfait qui nous a rachetés pour Dieu.

Télécharger l’article ici.
  1. Judith Butler est une philosophe féministe américaine, professeur de rhétorique et de littérature à Berkeley (E-U). Née en 1956, elle a reçu un grand prix de plusieurs universités, dont un en 2013. On trouve de bonnes informations sur le site de l’Observatoire de la théorie du Genre : http://www.theoriedugenre.fr/ (consulté le 9 mars 2014).
  2. C’est l’expression de Yann CARRIERE, « La théorie du genre : symptôme d’une société narcissique, manipulée et fascisante ? », publié le 3 avril 2013 et disponible en ligne (http://www.homme-culture-identite.com/article-la-theorie-du-genre-symptome-dune-societe-narcissique-manipulee-et-fascisante-par-yann-carr-116789595.html; consulté le 10 mars 2014). Yann Carrière est docteur en psychologie, et membre du réseau Homme Culture & Identité.
  3. Yann CARRIERE (op. cit.) rapporte que, depuis mai 2012 en Argentine, il est légalement possible de choisir son sexe. Sur sa carte d’identité, on peut décider qu’on est une femme ou un homme.
  4. La théorie du genre se retrouve ici sur le même terrain que le féminisme radical et les lobbies LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).
  5. http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/210.html (consulté le 18 septembre 2014).
  6. Yann CARRIERE, op. cit., p.2.
  7. Film de la jeune réalisatrice française Céline SCIAMMA (née en novembre 1980 à Pontoise).
  8. Jonathan HANLEY, Sexe et désir, fruits défendus ou cadeaux de Dieu ?, Farel, Marne-La-Vallée, 2005, p. 43.
  9. David FIELD, Homosexualité, qu’en dit la Bible ? Kehl, Trobisch, 1983, p. 60.
  10. Un homme chrétien doit « refléter le Seigneur dans sa manière de réagir aux blagues à connotations sexuelles, de parler des femmes, de collaborer avec elles. Il en va de même, évidemment, pour la chrétienne et son attitude à l’égard des hommes. » Jonathan HANLEY, Sexe et désir, p. 44.
  11. Denny BURK, « La confusion des sexes et une contre-culture façonnée par l’Evangile », dans Kevin DEYOUNG, dir., La foi d’hier pour une ère nouvelle, N’y voyez pas un retour dans le passé, tr. de l’anglais (Don’t Call it a COMEBACK, 2011) par Antoine DORIATH, Trois-Rivières [Québec], Impact, 2011, p. 237.