Psaume 126 : En route vers la Jérusalem céleste – joie, prière, attente…

La prédication qui suit a été apportée en juin 2012, à l’Eglise Protestante Evangélique de Bruxelles-Woluwe, par Marc-Etienne Debaisieux, étudiant à temps plein en 3e année.  Pour l’essentiel, le style oral a été conservé.

Introduction

Imaginez ! Nous sommes à Nazareth, petite bourgade de la Galilée, une région au nord du pays d’Israël. Il est 18h. Après l’effervescence des activités de la journée, chacun rentre chez soi pour un repos bien mérité. Un jeune homme, Joseph, dans son atelier de charpentier, a déposé, lui aussi, ses rabots et les scies… Et après s’être désaltéré et avoir pris des forces en mangeant, il prend un moment pour méditer le Livre des Psaumes.

Joseph a un peu de mal à se concentrer, car il pense à Marie, sa fiancée. Elle lui a demandé de passer la voir ce soir. Elle a quelque chose d’important à lui dire, mais elle n’a pas voulu – ou pu – en dire plus. Ce n’est pas dans les habitudes de Marie de faire tant de mystères. Joseph est impatient d’en savoir plus.

Mais, mettant pour le moment ses préoccupations de côté, il s’installe confortablement dans le fauteuil qu’il s’est fabriqué – sur mesure – et continue sa lecture du psautier. Il en était au Psaume 126.

Laissant là sa méditation pour le moment, Joseph se lève et disparaît bientôt dans les ruelles de Nazareth, tout content de retrouver la femme qu’il aime. Sans se douter de l’importante annonce qui l’attend…

Avant de retrouver Joseph, commençons à réfléchir, nous aussi, à ce psaume – y compris à ce qu’il pouvait signifier pour Joseph.  De retour de l’exil babylonien, Joseph était en même temps en attente de la fin de cet exil – car dans l’attente du Messie. Nous en tirerons aussi des applications pour nous, afin que, fortifiés et encouragés par les Écritures et l’Esprit-Saint, nous puissions aller et vivre selon la volonté de Dieu et pour sa gloire. 

1. En constatant que Dieu nous a ramenés de l’exil, nous exprimons notre joie autour de nous ! (v. 1-3)

a) Dieu nous a ramenés de l’exil

« Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion… » (v. 1)

Ce psaume a très certainement été écrit peu de temps après le retour en Judée, à Jérusalem, des premiers déportés. Ils sont environ 49 000 à se lever en 536 av. J.-C., lorsque Cyrus, l’empereur perse, leur en donne l’autorisation, et à monter à Jérusalem pour retourner s’y installer et rebâtir le temple. 

Mais notez-le bien : qui ramène les captifs de Sion ? C’est le Seigneur. Cyrus n’est qu’un instrument entre les mains de Dieu. Et il en était de même pour Nebucadnetsar qui auparavant avait assailli Juda et emmené en exil sa population. C’est le premier encouragement que l’on peut retirer de ce texte. C’est le Seigneur qui a conduit les Israélites en déportation à Babylone. C’est ainsi qu’il a voulu corriger un peuple particulier, celui qu’il s’était choisi parmi toutes les autres nations – celui à qui il s’est révélé personnellement. Devant la désobéissance de ce peuple, et après de nombreux avertissements, sa colère était tombée sur lui selon les termes mêmes du contrat – de l’alliance qu’il avait établie avec le peuple hébreu au Sinaï. Mais c’est ce même Seigneur qui ramène les captifs – qui a compassion d’eux, qui ne rejette pas pour toujours ceux qui lui appartiennent. Dans sa grâce, Dieu avait même annoncé qu’il interviendrait – cela dès l’époque de Moïse (Dt 30), avant même que les Israélites ne soient entrés dans le pays promis – et encore par le biais d’Esaïe et de Jérémie…

Le Dieu qui intervient pour ramener les captifs est le Dieu de l’Histoire – c’est le Dieu que nous adorons ce matin, ici. C’est ce Dieu qui s’est révélé de manière encore plus glorieuse dans l’histoire de l’humanité il y a 2000 ans, en envoyant son Fils Jésus-Christ. 

Joseph, que nous avons salué en introduction, ne se doutait pas que ce soir-là, l’annonce de la naissance d’un fils allait autant bouleverser son histoire et celle de l’humanité entière. C’est ce fils qui devait être établi comme roi pour ramener les captifs d’un nouvel exil – d’un exil spirituel. Ainsi, au temps fixé, et selon les Écritures, Jésus est venu pour annoncer que le règne de Dieu était proche et qu’il fallait changer radicalement de direction dans sa vie pour se mettre en route vers Dieu – en d’autres termes, se repentir et placer sa confiance en Dieu par le Christ. Jésus est venu ouvrir une route là où il n’y en avait pas… au moyen de son sang (Hé 10,19-20).

C’est ainsi que Dieu fait irruption dans notre histoire. « Sion » désigne les habitants de Jérusalem en premier lieu dans ce psaume. Mais au fur et à mesure que la révélation divine se précise, il apparaît de plus en plus clairement qu’une réalité spirituelle se superpose et prenne même le dessus1. Ainsi la Sion véritable, ce sont les hommes et les femmes qui ont la même foi qu’Abraham. C’est un peuple spirituel composé d’un reste du peuple juif et d’un reste issu des nations. 

Si nous sommes là ce matin, ayant mis notre confiance en Jésus, c’est parce que Dieu a aussi eu compassion de nous – de nous qui étions loin de la présence de Dieu du fait de nos fautes ; de nous qui étions séparés de lui, car nous l’avions offensé en ne tenant pas compte de lui pour vivre notre vie ; de nous qui étions rejetés par lui, car coupables de cette attitude que la Bible appelle le « péché ». Nous étions en effet sous la domination du péché – captifs du péché. La réalité spirituelle, profonde de notre vie se résumait par la ruine, la mort, la désolation. Mais Dieu, dans sa grande bonté, nous a appelés – des Belges, des Français, des Syriens, des Éthiopiens, d’autres encore de tous peuples et de toutes langues – pour nous rassembler et nous ramener à lui.

Pensons à notre conversion. Pensons au jour où nous avons compris – su au fond de nous-mêmes – que Dieu nous faisait grâce, que nos péchés étaient pardonnés, que nous étions sauvés des peines éternelles que nous méritions du fait de nos offenses envers Dieu. Rappelons-nous notre joie lorsque nous avons compris que nous étions accueillis dans la présence même de Dieu comme des fils et des filles, adoptés dans sa famille – quand nous avons compris et accepté la grâce de Dieu pour nous. Est-ce que cela ne semblait pas trop beau pour être vrai ? C’est la première conséquence de l’acte étonnant, puissant, miraculeux de Dieu.

b) Nous sommes dans la joie !

D’abord, la tristesse et la désolation laissent place à la joie – une joie qui bouillonne profondément à l’intérieur de nous. C’est une émotion – mais une émotion profonde que nul ne peut fabriquer par lui-même mais qui vient de Dieu.

« Alors notre bouche riait de joie. » (v. 2)

Avez-vous déjà expérimenté ce genre de joie : une joie telle qu’on ne peut la contenir – qu’elle doit s’exprimer ? J’ai pu assister aux accouchements de mes trois garçons. C’étaient vraiment des moments privilégiés à chaque fois. Mais l’accouchement de notre deuxième m’a particulièrement marqué. Après de longs mois d’attente, le travail avait commencé pour mon épouse. D’abord, ce furent les premières contractions douloureuses mais encore espacées. Puis le rythme s’est accéléré. Je voyais mon épouse avoir mal (elle avait choisi de ne pas bénéficier d’une péridurale). Je ressentais les douleurs au même rythme –  dans ma main qui tenait la sienne ! Et puis le moment tant attendu est arrivé. La sage-femme a donné un dernier encouragement à mon épouse, ensuite elle a dit, « Ça y est, madame : vous pouvez prendre le bébé dans vos bras » ! C’est alors qu’on a vu pour la première fois la petite frimousse de notre enfant. Avec l’énergie et la curiosité qui le caractérisent encore aujourd’hui, il cherchait déjà à observer tout ce qui l’entourait. Nous étions émus, et, en faisant monter une courte prière de reconnaissance à Dieu, nous avons pleuré de joie, émus jusqu’aux larmes de voir de nos yeux l’accomplissement et l’arrivée d’un enfant attendu.

D’une certaine façon, notre joie d’appartenir à Dieu, nous ne pouvons la contenir, et elle produit en nous un changement. Ça ne signifie pas que nous soyons en train de sautiller partout où nous allons, ni que nous terminions chacune de nos phrases par de grands éclats de rire bruyants et forcés ! Mais les gens qui nous côtoient devraient voir cet esprit de contentement, de joie en nous. La joie ne fait-elle pas partie du fruit de l’Esprit, selon Galates 5,22 ?

Imaginez le retour des exilés après plusieurs dizaines d’années loin de leur patrie. Imaginez leur cœur bondir de joie en entendant la nouvelle proclamée dans leur exil « Quiconque d’entre vous appartient au peuple de Dieu, que Dieu soit avec lui ! Qu’il monte à Jérusalem, en Juda, et bâtisse la maison du Seigneur, le Dieu d’Israël » (Esd 1,3). Imaginez cette joie pleine d’étonnement devant un renversement si soudain de l’histoire. Imaginez la joie des rescapés quelques mois plus tard en train d’apercevoir au loin le mont Sion. Imaginez la joie deux années plus tard à Jérusalem alors que les fondations du temple sont en train d’être posées. Imaginez la joie de ce peuple rescapé d’exil, rassemblé à Sion, en train de célébrer Dieu « car il est bon, car sa fidélité envers Israël est pour toujours » (Esd 3,10ss). Une page d’histoire est tournée, et ces captifs, maintenant ramenés, entrevoient la réalisation des promesses de Dieu…

J’ai en tête quelques images de la chute du mur de Berlin en 1989.  Les Allemands de l’Est sont autorisés pour la première fois depuis si longtemps à passer du côté ouest. On voit des gens en train de tituber de joie devant ce renversement de l’histoire si soudain. Des inconnus tombent dans les bras les uns des autres. Des gens improvisent des chants et des danses. Des familles séparées depuis des dizaines d’années peuvent se retrouver.

c) Nous exprimons cette joie autour de nous !

« Alors on disait parmi les nations… » (v. 2)

L’Israël de l’ancienne alliance devait être une lumière pour les nations. Il devait témoigner au reste du monde du caractère de Dieu, de sa puissance, de sa justice en même temps que son amour (cf. Dt 4,5-8). Comment un Dieu si grand pouvait-il veiller si jalousement sur un peuple aussi insignifiant et qui n’avait rien en lui pour plaire ? Ici, nous voyons le peuple incité à parler aux nations des « grandes choses » que Dieu avait faites pour lui (v. 2-3).

L’histoire de la grâce de Dieu dans notre vie peut également nous inciter à parler à ceux qui nous côtoient. Au moment de son ascension, Jésus ordonne aux apôtres d’être ses témoins : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Cette parole s’est réalisée, et elle continue de se réaliser aujourd’hui. Interpellés par des chrétiens partout dans le monde, des gens se tournent vers le Christ pour le pardon de leurs péchés.

Après notre conversion, les gens qui nous entourent ont-ils vu un changement ? Les gens qui nous côtoient voient-ils notre joie ? Reconnaissent-ils que nous sommes comme des rescapés d’exil ? Laissons-leur entrevoir ce que Dieu a fait pour nous – et ce qu’il continue de faire ! 

Il y a là, je crois, une exhortation s’appliquant à nos activités d’évangélisation. Sommes-nous prêts à parler des « grandes choses » que Dieu a faites pour nous en Christ ? Comment accueillons-nous nos invités lors des événements organisés par notre Église ? Comment allons-nous au-devant de nos amis pour les inviter à l’Eglise ? Si quelqu’un vient lors d’un de nos rassemblements du dimanche ou à n’importe quelle autre occasion, pourra-t-il constater la joie qui anime notre relation restaurée avec Dieu – et avec nos frères et sœurs ?

Mais il y a aussi plus largement un encouragement à persévérer simplement dans une vie chrétienne authentique auprès de nos collègues, de nos voisins, du livreur de surgelés, du facteur. La joie caractérise-t-elle nos rapports avec les parents d’élèves de l’école de nos enfants avec qui nous discutons semaine après semaine ? Notre manière d’aborder la vie est-elle marquée par cette joie de connaître Jésus et la reconnaissance d’avoir été ramené de l’exil ?

Que la Bonne Nouvelle – d’un retour d’exil vers Dieu par Jésus-Christ – soit proclamée ! 

« L’Eternel a fait pour nous de grandes choses ; Nous sommes dans la joie. » (v. 3)

Nous aussi, nous pouvons avoir cette confiance et cette joie en Dieu, car il a agi pour nous dans le passé, objectivement, historiquement. Oui, nous le redisons ce matin. « L’Eternel a fait pour nous de grandes choses ; Nous sommes dans la joie ».

Mais je m’adresse aussi à toi ce matin, si tu sais que tu es loin de Dieu, séparé de lui. Ne tarde pas à faire demi-tour, toi aussi. Fais appel à Dieu et rejoins le cortège de ceux qui sont en route vers leur maison, la cité céleste. Viens et partage la joie des rescapés sauvés par Dieu gracieusement.

2. En constatant que Dieu continue à ramener des captifs, nous prions avec audace ! (v. 4)

a) Dieu a commencé à ramener les captifs

Ce que nous désirons, c’est que d’autres encore – nombreux – prennent le chemin de la vie. C’est aussi la prière du psalmiste au verset 4.

« Éternel, ramène nos captifs… » (v. 4)

Revenons à la situation historique du Psaume 126. Le retour des Juifs de l’exil babylonien était plutôt modeste. Ceux qui étaient restés en arrière s’étaient déjà sans doute trop bien installés, trop bien assimilés aux populations des régions dans lesquelles ils s’étaient retrouvés. Ils n’avaient pas voulu quitter le petit confort qu’ils s’étaient reconstruit en exil. Partir présentait des risques. Il s’agissait d’un renoncement que plusieurs – nombreux – n’étaient pas prêts à envisager. Et, de fait, le retour à Jérusalem et les travaux de reconstruction de la ville et du temple ne se sont pas faits sans difficultés.

Cette attitude ressemble étrangement à celle des Israélites, qui, au moment même d’entrer dans la terre que Dieu avait promis de leur donner, se sont rebellés en disant : « Donnons-nous un chef et retournons en Égypte ! » (Nb 14,4) – le souhait d’un retour au pays de l’esclavage !

Alors le psalmiste prie pour une action de Dieu. « Éternel, ramène nos captifs, Comme des torrents dans le Néguev » (v. 4). Il prie afin que Dieu éveille les cœurs de nouvelles personnes.

Aujourd’hui, le retour de l’exil est toujours en cours. Beaucoup n’ont pas compris, à l’époque de Jésus, que sa venue marquait le début d’un retour d’exil spirituel. En effet, le temps du rétablissement de toutes choses n’est pas venu : il reste encore l’attente d’un nouveau cosmos débarrassé définitivement du péché, avec à sa tête Dieu et son roi. Les foules s’attendaient à l’établissement immédiat d’un royaume terrestre pour le peuple juif. Ils n’ont pas vu que Jésus venait d’abord comme serviteur souffrant pour sauver son peuple – pour nous donner une issue qui nous permette d’échapper à la colère à venir. C’est le temps de la patience de Dieu.

b) Nous prions pour que Dieu continue de ramener les captifs

Nous aussi, nous pouvons parfois être surpris par ce décalage dans le temps. Pourquoi Dieu semble-t-il tarder autant pour ramener à lui une fois pour toutes ceux qu’il aime ? Nous désirons, nous aussi, voir de nombreuses personnes se tourner vers Dieu et être réconciliées avec lui ! Nous pouvons nous associer à la prière du psalmiste.

Lors d’un récent stage en Suisse, j’ai eu l’occasion de visiter Genève et la Cathédrale protestante dans laquelle Calvin et d’autres, à l’époque de la Réforme, se rassemblaient. Imaginez cet édifice rempli de gens en train d’écouter l’annonce fidèle de la parole de Dieu et toute la ville même en train de bénéficier de cette influence. Nous languissons de revivre de tels réveils spirituels.

En entendant les nombreux récits de conversion que Dieu suscite en ce moment dans le monde musulman, nous souhaitons voir le même souffle de l’Esprit ici. En voyant ceux qui autour de nous peinent dans leur vie sans connaître le Dieu vivant et vrai – sans connaître la joie de la délivrance –, nous sommes poussés à prier. Leur salut est en Dieu seul, par la foi seule, en Jésus seul. Et « la foi vient de ce que l’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole du Christ » (Rm 10,17). Puisque c’est encore le temps de la patience, prions et annonçons l’Évangile.

c) Nous prions avec audace !

Et regardez de quelle manière le psalmiste prie ! 

« …Comme des torrents dans le Néguev. » (v. 4)

Il prie pour que des torrents coulent dans le désert (v. 4). Quelle audacev! « Néguev » signifie lieu sec, désert. C’est une région au sud d’Israël. Nous dépendons de Dieu. Seul Dieu peut produire une telle chose. Mais osons demander de grandes choses car il est le Dieu de l’impossible. Combien de fois n’avons-nous pas été surpris par Dieu, par son extrême bonté envers nous ? Ce Dieu, qui nous a surpris dans le passé, peut encore nous surprendre aujourd’hui (Ep 3,20-21).

d) Nous prions pour nous-mêmes aussi

C’est une prière pour nous-mêmes aussi. Nous prions que Dieu achève et augmente même son action dans notre vie – qu’il continue à nous soutenir dans le chemin de la sanctification afin que tout notre être soit à lui. Combien de fois je regarde ma vie et je vois encore trop de choses qui ne sont pas à la gloire de Dieu. Et vous ?

Nous aimerions que le torrent de sa grâce emporte tout sur son passage et nous purifie de ce qui n’est pas conforme à l’image du Fils de Dieu en nous.

Ce que nous désirons, c’est être sans cesse désaltérés par sa parole. Cherchons à puiser en elle les ressources dont nous avons besoin pour notre marche avec le Seigneur chaque jour. C’est sur le Seigneur que nous pouvons nous appuyer pour qu’il soutienne notre volonté de nous soumettre à Dieu, de dépendre de lui, de chercher son pardon : que nous nous appuyions avec confiance sur ce que Christ a fait pour nous – et cela, afin qu’aucune zone d’ombre ne subsiste en nous.

Alors quand nous nous sentirons faibles, nous pourrons expérimenter la vie en Jésus et la victoire face à la tentation. Si nous avons commencé à marcher par la grâce de Dieu, c’est aussi par sa grâce que nous pourrons persévérer jusqu’au bout. Mais ce chemin s’accompagne de prière.

3. En constatant que c’est avec larmes que nous semons, nous attendons le triomphe de la moisson ultime ! (v. 5-6)

C’est bien d’un chemin que le psalmiste parle aussi dans les versets 5 et 6. Ce chemin n’est pas sans peine.

a) Toujours en chemin, nous semons avec larmes

« Ceux qui sèment avec larmes… » (v. 5a) « Celui qui s’en va en pleurant, quand il porte la semence à répandre… » (v. 6a)

Nous sommes sur le chemin de retour de l’exil. Nous serons définitivement arrivés à destination au jour du retour du Seigneur, à la fin des temps.  Nous finirons par nous trouver dans la nouvelle Sion – dans le nouveau cosmos. En attendant, nous sommes en chemin, éparpillés dans différentes parties du monde. Nous sommes ici en Belgique ; d’autres frères et sœurs sont en Angleterre ; d’autres encore sont en Suisse, en Roumanie, au Congo… Nous ne sommes plus captifs, mais nous ne sommes pas encore arrivés à la destination finale. Il faut encore marcher un moment.

C’est par la volonté de Dieu qu’il en est ainsi. Le fait que nous soyons disséminés parmi les nations devient un excellent moyen que Dieu utilise pour répandre la Bonne Nouvelle de l’Évangile aux quatre coins de la planète. Ne nous en étonnons donc pas, mais plutôt profitons de ce qui se présente pour nous comme une occasion de servir Dieu.

Mais c’est souvent douloureux. Nous avons expérimenté la joie du retour à Dieu ; nous prions avec confiance le Dieu de l’impossible ; et, pourtant, souvent nous pleurons en voyant que peu de personnes se tournent vers Dieu. Nous pleurons devant l’état de notre société : la poursuite du matérialisme ; la quête de plaisirs égoïstes ; les divorces ; les dépendances aux jeux, à la pornographie, à l’alcool… Il semble y avoir si peu de réponses devant un message aussi crucial. Peut-être que nous pensons particulièrement à des membres de nos familles. Et c’est un sujet de tristesse. Il n’est pas toujours facile de travailler dans le champ de Dieu.

Par ailleurs, nous avons affaire à nos luttes personnelles, intérieures, en tant que chrétiens. Nous ne sommes pas épargnés par la souffrance et les difficultés dans notre vie. Comment le serions-nous si notre maître lui-même a dû apprendre l’obéissance par les choses qu’il a souffertes (Hé 5,7-9) ?

De la même manière, pour nous aussi, c’est par de nombreuses tribulations qu’il faut passer pour entrer dans le royaume de Dieu (Ac 14,22) – des épreuves qui affinent et purifient notre foi. Le Sadhou Sundar Singh2 aurait dit ceci : « Il est facile de mourir pour Christ. Il est plus difficile de vivre pour lui. Mourir ne prend qu’une heure ou deux, mais vivre pour Christ signifie mourir chaque jour. » 

b) Mais nous attendons le triomphe de la moisson

Nous ne souffrons pas sans espérance !

« …Moissonneront avec cris de triomphe. » (v. 5b) « …S’en revient avec cris de triomphe, quand il porte ses gerbes. » (v. 6b)

Quand on passe dans un champ quelques jours après que l’agriculteur a semé, c’est comme si rien n’avait été fait. Et pourtant les grains sont là, enfouis dans la terre. Il y a sans doute de la crainte chez l’agriculteur et certainement l’attente inévitable. Mais après cela vient la joie de la récolte – l’aboutissement du travail, le fruit à récolter. C’est une chose certaine en fait ! « Ceux qui sèment avec larmes, moissonneront avec des cris de joie »3.

La peine est une certitude, mais il y a une autre certitude aussi : dans l’éternité des cris de triomphe (Ap 7,9-12) !

Je pense que nous n’imaginons pas la gloire de ce qui est à venir. 

Oui : « Celui qui s’en va en pleurant quand il porte la semence à répandre, revient avec des cris de joie, quand il porte ses gerbes ». C’est un principe bien biblique qui nous concerne aussi. Si le grain ne meure il ne peut produire du fruit (Jn 12,23 -25).

La vie chrétienne implique des renoncements. Mais par la suite nous sommes assurés d’en récolter les fruits. Et parmi les promesses les plus magnifiques que Dieu nous fait dans la Bible, il y a cette promesse d’une nouvelle Jérusalem que Dieu a préparée pour nous. Un lieu sur la montagne de l’Éternel, dans le nouveau cosmos, où les rescapés de Sion pourront habiter.

Nous expérimenterons alors la libération totale du péché. Plus de menaces autour de nous, plus de tentations. Plus de menace au fond de nos cœurs non plus ! Plus de risque de déplaire à Dieu. Notre ennemi, l’adversaire de nos âmes, sera enchaîné définitivement et loin de nous. Son pouvoir sera complètement anéanti. Et nous n’aurons donc plus à supporter les conséquences du mal dans notre vie – ni le mal subi, ni le mal dont nous pouvons encore être à l’origine.

Et tous ces bienfaits, nous en bénéficierons parce que nous serons arrivés à destination. Nous serons dans la présence même de Dieu. C’est lui qui éclipsera toutes nos douleurs et essuiera nos larmes. Nous pousserons alors des cris de joie. Nous célébrerons la gloire de Dieu sans aucune retenue. Nous verrons de nos yeux l’aboutissement de son plan parfait pour sa création et nous goûterons à la plénitude de ses bénédictions (Ap 21-22) !

Conclusion

Mes amis, est-ce un rêve trop beau pour être vrai ? 

Non. Considérons objectivement ce que Dieu a fait dans le passé, dans l’histoire de l’humanité, et comment aujourd’hui encore il se retient d’écraser le méchant comme cela serait juste : l’ordre créationnel toujours maintenu, les saisons et la pluie pour les justes et les méchants. C’est bien le temps de la patience de Dieu. 

Considérons Jésus-Christ, le Fils unique parfait que Dieu aime par-dessus tout et qui s’est donné lui-même en rançon afin qu’une multitude soit sauvée de l’exil – de l’esclavage du péché. 

Considérons notre propre histoire. Où étiez-vous il y a 12 ans ? Il y a 30 ans ? Où êtes-vous aujourd’hui ?

« L’Éternel a fait pour nous de grandes choses ; Nous sommes dans la joie. »

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  1. Cf. Es 25,6-8 ; Es 60-62 ; Ps 87 ; Ga 3-4 ; Hé 12 ; Ap 21.
  2. Sikh vivant en Inde durant la première moitié du 20e siècle, il s’est converti au Christ.
  3. C’est nous qui soulignons.