Qu’est-ce que l’Evangile ? (Greg GILBERT)

Greg GILBERT, Qu’est-ce que l’Evangile ?, tr. de l’anglais (What is the Gospel?, 2010) par Daniel DUTRUC-ROSSET, Lyon, Clé, 2012, 120 p.

On imagine mal un coureur du Tour de France recevoir avec beaucoup d’intérêt un livre intitulé « Comment faire du vélo » ; la preuve qu’il sait comment en faire, c’est qu’il en fait, du vélo ! De même, la question « Qu’est-ce que l’Evangile ? » semble superflue pour le chrétien évangélique ; nous savons ce qu’est l’Evangile, et nous y croyons – autrement nous ne serions pas chrétiens ! 

Pourtant, face à un interlocuteur nous interrogeant sur le contenu de l’Evangile, nous serions nombreux à exprimer certains concepts avec assurance, certes, mais sans beaucoup de clarté. 

Ce petit livre de Greg Gilbert n’est pas un manuel d’évangélisation, bien que nous en retirions un grand avantage pour partager la bonne nouvelle avec des non-croyants. Son but premier est plutôt de partager avec les chrétiens une réflexion solide, biblique et limpide au sujet du fondement de notre foi, à savoir, le message concernant le salut en Jésus-Christ. 

L’auteur affirme que, malgré l’apparente simplicité du sujet, et les « réactions passionnées déclenchées » par l’Evangile, « même parmi les évangéliques le consensus autour de la définition de l’Evangile fait défaut » (p. 11). Dans l’introduction, il cite neuf définitions assez différentes ! Ces divergences sont le résultat soit d’un manque de réflexion, soit d’un choix délibéré de mettre l’accent sur certaines considérations aux dépens d’autres.

Cela peut nous arriver que l’Evangile – que nous avons peut-être entendu depuis de nombreuses années – nous soit devenu familier au point de ne plus nous émerveiller. A ce moment-là, un aspect insolite de l’Evangile – l’aspect accessoire que nous avons découvert le plus récemment – peut nous fasciner et dominer nos pensées. Cela peut déteindre sur notre discours, notre message au groupe de jeunes, notre vision pour l’année à venir, notre évangélisation… Dès lors, le message de l’Evangile biblique n’est ni contredit ni abandonné ; il est simplement relégué au second plan. 

L’auteur nous rend donc un grand service en expliquant l’Evangile avec clarté et concision. Dans un livre aussi court que celui-ci, on ne radote pas. Gilbert va droit au but et explique chaque concept de manière succincte. 

Le premier chapitre brosse le tableau en survolant l’enseignement des apôtres. Puis il présente Dieu, le Créateur juste (2e chapitre), évoquant les lacunes dans la pensée de nos contemporains à son sujet. « En tant que chrétiens évangéliques, nous faisons un excellent travail pour convaincre le monde que Dieu l’aime », affirme-t-il (p. 36). Mais notre message ne devrait pas s’arrêter là. 

Gilbert traite ensuite du péché, nous aidant à sortir de la confusion quant à sa vraie nature. Le péché n’est pas une petite liste de fautes ponctuelles, mais « un rejet de Dieu lui-même, un refus de son règne, de son amour, de son autorité… » (p. 38). Il faut oser aller jusqu’à parler du jugement de Dieu contre le péché, et de l’enfer dont parlait Jésus.

Mais que fit Dieu pour nous sauver ? Il envoya son Fils, le Roi-Messie, pour vivre et mourir à notre place (ch. 4). Je me rends compte alors que « celui qui aurait dû mourir, c’est moi, pas Jésus. » (p. 571). Sa résurrection implique que sa mort est réellement une bonne nouvelle, car Jésus n’est plus sous le pouvoir de la mort.

Ceux qui chercheraient à lire cet ouvrage pour des histoires émouvantes en trouveront peu, mais l’une d’elles (au début du chapitre 5) illustre la foi de façon très belle. Gilbert explique que la foi n’est pas la crédulité ou quelque chose d’irrationnel, mais une confiance personnelle en quelqu’un de fiable. Et la foi doit être accompagnée par la repentance (se détourner de son ancienne manière de vivre pour vivre sous l’autorité de Jésus) ; car comment croire que Jésus est souverain si je refuse qu’il le soit dans ma vie ? (cf. p. 69).

Vient ensuite un chapitre « bonus » en quelque sorte, concernant le royaume de Dieu. Cela nous aide à comprendre la bonne nouvelle du royaume : il est possible d’y entrer en faisant confiance au roi qui est capable de nous sauver. Ce chapitre est aussi fortement recommandé pour ses éclairages concernant la nature de ce royaume et concernant les attentes qu’il convient d’avoir pour notre vie chrétienne. « Il serait inexact de dire que l’Eglise est le royaume de Dieu ; nous avons déjà vu que le royaume est beaucoup plus que cela » (p. 842). Mais l’Eglise manifeste le royaume – et est méprisée par le monde. 

Au chapitre 7 l’auteur revient sur les différentes formulations de l’Evangile, pour mettre en évidence leurs insuffisances. Avec une pointe d’humour, il explique que la bonne nouvelle de Jésus ne sera jamais populaire ou considérée comme normale : « Un croyant peut toujours tenter de convaincre son entourage qu’il est équilibré ; il y parviendra jusqu’à ce qu’il explique qu’il doit son salut à un homme crucifié. » (p. 95). Nous serons donc tentés de réduire l’importance de la croix, mais c’est le cœur irremplaçable de l’Evangile. Restons donc courageux et fidèles.

Le dernier chapitre est le plus beau : il fait contempler au lecteur toute la beauté de l’Evangile. Pourquoi nous laisserions-nous distraire de cette admirable bonne nouvelle ? L’Evangile produit tant de bonnes choses chez le chrétien : « le repos en Jésus et la joie du salut » (p.100), l’amour pour l’Eglise car mon frère et ma sœur en Christ ont part à l’Evangile autant que moi, l’amour pour le monde qui me conduit à partager cette bonne nouvelle, et le désir ardent d’être avec mon Sauveur. 

Ce livre est court mais plein de richesses. En tant que professeur d’évangélisation à l’IBB, j’étais un peu gêné en achetant un livre apparemment si basique, mais cela a été un vrai plaisir de le lire – un plaisir qui vaut bien le prix de l’achat.  Profitons-en

  • pour notre édification – ce que nous avons pu évoquer n’est qu’une mise en appétit.
  • pour notre réflexion, car il nous aide à comprendre plus clairement des concepts qui pourraient rester flous dans notre esprit, tels que « la repentance » ou « le royaume de Dieu ». D’ailleurs, sa description d’un dieu vieux et dépassé, comme se l’imaginent tant de gens (p. 29-30) est caricaturale mais aussi très perspicace dans le contexte de notre société. Quelles idées tenons-nous pour acquises qui sont pourtant mal comprises dès le départ d’une conversation ?
  • pour notre évangélisation, car il contient des conseils pratiques. Par exemple, nous devrions nous garder de nous contenter de présenter une simple formule : « Le schéma ‘Dieu-l’homme-Christ-notre réponse’ n’est pas une formule magique. Les apôtres ne l’utilisaient pas comme une check-list d’éléments à exposer absolument au cours de leurs présentations de l’Evangile. » (p. 27). Ou bien, si nous nous sommes surpris en train de dire que le problème est simplement « un manque de relation entre nous et Dieu » ou que Jésus « donne un sens à notre vie », il vaut la peine de lire ce livre, non pas pour que ces propos ne se retrouvent jamais dans notre discours, mais pour que nous les replacions dans le cadre d’un message plus profond et plus fidèle. N’oublions pas que nos auditeurs doivent entendre le message authentique pour pouvoir faire appel à celui qui peut réellement les sauver. 
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  1. C’est lui qui souligne.
  2. C’est lui qui souligne.