Se former en relation d’aide ?

Le sujet de la relation d’aide suscite des réactions très variées : les uns la considèrent comme la réponse à tous les maux, l’expertise secrète qui résout tout problème ; les autres la regardent avec suspicion comme n’étant pas très spirituelle et plutôt en phase avec le monde thérapeutique non-chrétien. Nos futurs responsables d’Église doivent-ils se former en relation d’aide ?

Depuis longtemps déjà, l’Institut Biblique Belge offre des cours sur la relation d’aide, conformément à son objectif de former des serviteurs de l’Évangile compétents. En effet, un pasteur devrait savoir comment enseigner la parole de Dieu en privé, aussi bien qu’en public1 ; il doit apprendre à conseiller personnellement comme à exhorter généralement. Et connaître l’assemblée qu’il sert signifie aussi qu’il écoute et comprend les souffrances individuelles de ses membres.

La relation d’aide : comprendre pour aider

Commençons par une définition. La relation d’aide chrétienne, ou la cure d’âme, est la relation qui existe entre un(e) chrétien(ne) mûr(e) qui agit comme conseiller d’une personne chrétienne en difficulté spirituelle, psychologique, sociale ou morale –qui lutte avec Dieu, ses propres pensées, les autres ou le péché, parfois tous à la fois ! Il ne me semble pas nécessaire de distinguer la relation d’aide chrétienne de la cure d’âme, même si cette dernière expression, favorisée par certains pasteurs, a l’avantage de souligner que la personne a une âme et qu’une âme troublée peut se manifester par toutes sortes de désordres.

Nous former en relation d’aide signifie prendre le temps pour étudier, non tous les problèmes qui peuvent arriver, mais la situation réelle, normale d’une personne rachetée. Créée à l’image de Dieu, elle était corrompue intérieurement par le péché mais est maintenant réconciliée avec son Créateur et remplie de l’Esprit Saint. Si nous comprenons ces diverses données bibliques, non seulement nous aurons des attentes justes, mais nous saurons discerner ce qui empêche quelqu’un de vivre pleinement sa nouvelle identité en Christ. Ainsi, nous pourrons l’aider, par des entretiens chaleureux, de coeur à coeur et à Bible ouverte, à saisir comment il peut changer avec l’aide de Dieu. « N’oubliez jamais que la chose la plus importante et la plus intense consiste à connaître le Seigneur.2 »

La relation d’aide et l’Évangile

Il est essentiel de clarifier aussi que la relation d’aide ne met pas en avant un autre Évangile que la bonne nouvelle du salut en Christ. L’Évangile concerne la façon dont nous pouvons être sauvés de la punition à venir, que nous méritions par notre péché ; Dieu dans sa grâce a voulu que son Fils donne sa vie à la croix à notre place, pour ainsi payer le prix de notre culpabilité et nous donner la vie en son nom pour l’éternité.

L’Évangile répond à notre besoin le plus grand : la vie. Morts spirituellement, nous avions besoin de la vie en Christ et cela n’est possible que si le Saint- Esprit nous vivifie et que nos péchés sont enlevés par Christ.

Et la relation d’aide ne redéfinit aucunement cette bonne nouvelle. Elle ne pose pas la question, « Qu’est-ce que l’Évangile ? » mais : « Quelles différences cet Évangile fait-il dans ma vie, mon comportement, mes sentiments, mes pensées, mes problèmes, mes relations et mon identité personnelle ? » Si nous confondons ces deux questions, nous penserons que le premier objectif de l’Évangile est d’améliorer nos relations ou d’assurer notre bienêtre, alors qu’en fait ce ne sont que des effets secondaires, et ô combien fragiles, du vrai Évangile durable qui concerne notre salut et notre relation à Dieu.

La vérité introduit une personne, un Rédempteur agissant. L’essence même de l’humanité consiste  à aimer un Sauveur, Père, Maître et Seigneur. (…) Nous ne laissons pas l’objectif de la « santé » donner le ton d’une métaphore médicale à notre système, mais notre but ultime consiste à être transformés à l’image de cette personne avec qui nous vivons en relation.3

Nous devons donc étudier jusqu’où va la portée de l’Évangile, comment Dieu veut nous transformer, et ce qu’il nous a donné comme outils.

La relation d’aide et la Bible

Heureusement, Dieu nous a donné une magnifique bibliothèque de 66 livres. Ce ne sont pas les seules lectures que le chrétien devrait faire, mais lire les Écritures permet de nous préparer pour la relation d’aide. Pourquoi ? On y trouve peu d’études de cas psychologiques, car le monologue intérieur des personnages bibliques n’y est que rarement présenté4, et l’on aura du mal à pouvoir dresser un schéma de la personnalité à partir de versets bibliques. Difficile, en effet, de décrire la différence entre l’âme et l’esprit ou le coeur et la volonté !

L’utilité de la Bible réside ailleurs : elle nous révèle notre Créateur, elle pose les fondements théologiques, le cadre de notre vie chrétienne. Grâce à cela, nous pouvons avoir des attentes réalistes de la vie, comprendre le mal en nous et autour de nous, et découvrir ce que Dieu veut de nous sur la base de ce qu’il a fait pour nous. Il est donc normal d’étudier la Bible pour nous former en relation d’aide, et ainsi savoir aussi quelles vérités s’appliquent dans telle ou telle situation. Ayant compris de quoi il s’agit, tournons-nous vers la question « Pourquoi étudier la relation d’aide ? ». Je vous propose quatre réponses.

POURQUOI ?

1 Parce que le coeur est trompeur

La Bible déclare : « Le coeur est tortueux par-dessus tout et il est incurable ; qui peut le connaître ? » (Jr 17,9)5. Nous apprenons que notre propre coeur peut nous tromper – que nous pouvons nous tromper sur nos vraies motivations, et croire aveuglément que nous sommes plus innocents que nous ne le sommes vraiment. C’est vrai aussi dans notre appréciation des autres ; nous nous fions trop facilement aux apparences ou à nos premières impressions.

Or, cela ne veut pas dire qu’une compréhension des autres ou de nous-mêmes est impossible. Le verset suivant précise : « Moi, l’Éternel, j’éprouve le coeur, » (Jr 17,8). Si nous nous laissons sonder par Dieu, et si nous étudions sa parole, nous verrons comment notre présentation de nous-mêmes peut être trompeuse, et nous aurons plus de discernement. Connaître les mécanismes du péché, de la tentation, et de la résistance, nous permet aussi de ne pas tomber dans le piège de nos mensonges (« je n’étais pas préparé, c’est plus fort que moi, je suis comme ça… »)

D’ailleurs, malgré la complexité de l’humanité, il est possible d’acquérir de la sagesse pour aider les autres ; « Un projet dans le coeur de l’homme est comme des eaux profondes ; l’homme intelligent sait y puiser, » (Pr 20,5, NBS). La personne formée en relation d’aide pourra aider la personne demandeuse à s’examiner et à se comprendre elle-même.

2 Parce que nous sommes tous victimes du péché de quelqu’un

J’ai parlé de notre propre péché. Nous sommes tous coupables de péchés commis à l’encontre de Dieu premièrement et ensuite à l’encontre des autres. Mais la Bible nous aide à comprendre que nous sommes aussi victimes du péché des autres, car ils nous offensent à cause du péché qui est dans leur coeur. Sans même vivre une expérience traumatisante, nous souffrons des insuffisances de nos parents, des injustices de nos frères, de la compétitivité de nos collègues, des fautes de notre conjoint, ou de la rébellion de nos enfants. Nous sommes victimes du péché d’Adam, car « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes » (Rm 5,12).

Allons-nous nous disculper en pointant les autres du doigt, en disant que tout est leur faute ? Certainement pas ! Mais nous vivons avec la tension entre notre part de responsabilité pour nos actes, nos pensées, nos réactions, et notre part d’innocence en ce qui concerne les péchés d’autrui dont nous souffrons les effets. Vivre dans cette tension n’est pas simple.

Nous former en relation d’aide nous aidera à comprendre et à communiquer que quelqu’un n’est pas responsable pour le péché des autres. Nous refusons la fausse culpabilité : nous ne voulons pas que quelqu’un ploie sous le joug d’une culpabilisation alors qu’il n’était que la victime d’un abus ou d’une agression. En même temps, nous voulons souligner que la personne est responsable de la façon dont elle réagit, des attitudes qu’elle entretient, et des manquements qu’elle tolère. Nous n’abandonnons pas quelqu’un à un genre de fatalisme dû à l’apitoiement sur soi, mais nous exprimons notre espoir qu’il sera aidé et transformé par l’Esprit de Dieu.

3 Parce que nous avons la solution

La troisième raison pour nous former en relation d’aide, c’est que nous avons la solution aux problèmes des gens. Il n’y a pas de formule magique ni de technique rapide pour résoudre les difficultés personnelles. Il ne faudrait pas non plus donner à croire que les vérités de la relation d’aide sont si complexes qu’ils forment une sorte de gnose que seuls les initiés pourraient comprendre !

Mais la Bible nous présente Dieu, l’auteur de la vie, qui nous connaît intimement et qui nous accompagne partout (Ps 139). Comme le dit Powlison, « Quand Dieu entre en ligne de compte, votre manière de penser à ces notions se modifie : « problème, diagnostic, stratégie, solution, utilité, remède, changement, perception et conseiller ».6 »

La réponse de la relation d’aide chrétienne, comme celle du ministère pastoral, consiste à attirer les gens à Dieu, et non pas à nous-mêmes dans une dépendance malsaine. Nous avons la solution, mais nous ne sommes pas la solution ! C’est Christ qui est capable de « compatir à nos faiblesses » (Hé 4,15), et d’être notre berger, et Dieu qui peut faire en nous ce qui lui est agréable (Hé 13, 20-21).

La solution est de le connaître, de communiquer avec lui et de méditer sur ses voies et ses pensées, afin d’avoir une intelligence renouvelée qui mène à un comportement changé. Ce changement doit passer par la conviction et la compréhension.

Et sans nier le réel combat spirituel, le conseiller ne devrait pas remplacer le péché dont il faut se repentir par des démons qu’il faudrait chasser (démon de la paresse, démon de la convoitise…). La relation d’aide encouragera l’autre à déposer son péché et ses fardeaux à la croix, et à avancer pas à pas avec Christ.

4 Parce qu’il y a des choses que nous ne pouvons pas faire

Nous formons les étudiants à la relation d’aide parce que nous avons certaines convictions par rapport à l’Église locale. Tout membre du corps de Christ, toute personne née de nouveau, peut avoir une oreille attentive et apporter un encouragement à partir de la Bible.

De surcroît, toute personne impliquée dans le suivi pastoral, que ce soit en tant que pasteur ou en tant qu’aide dans l’Église locale, peut, une fois formée, apporter un suivi à des gens en détresse. Ce suivi consistera en une écoute informée, analytique, avec de la prière, des questions permettant à l’autre de se comprendre mieux, et des encouragements à partir de textes bibliques appropriés.

La relation d’aide pastorale est un ministère spirituel de la Bible et de l’Esprit Saint accompli par un serviteur de Dieu, pour qu’une sanctification progressive puisse s’opérer dans la vie des hommes. Ils apprennent ainsi à réagir face aux situations que, dans son amour, le Père toutpuissant permet dans leur vie. C’est adopter l’attitude du Christ lui-même en obéissant à Dieu et dans le but d’édifier les autres.7 »

Toujours est-il que certaines souffrances et maladies requièrent une plus grande expertise. Dans ces cas, être formés en relation d’aide nous permettra de savoir qu’il s’agit de quelque chose qui est au-delà de notre domaine de compétence, et de ne pas improviser de solution, mais d’orienter la personne vers quelqu’un qui est plus à même de l’aider. Cela fait partie de notre amour pastoral aussi.

Que la sanctification engendrée par l’application des Écritures à la vie des uns et des autres soit à l’honneur de Dieu.

Lectures recommandées :

  • POWLISON, David, Vers une relation d’aide renouvelée, Voir la nature humaine selon le regard des Écritures, Montréal, Sembeq, 2011, 400 p.
  • TRIPP, Paul David, Instruments dans les mains du Rédempteur, Québec, Cruciforme, 2013, 508 p.

Des cours de relation d’aide sont proposés le mardi au second semestre tous les 15 jours (voir l’horaire à la page 2).

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  1. Cf. Actes 20,20.
  2. David POWLISON, Vers une relation d’aide renouvelée, Montréal, Sembeq, 2011, p. 71.
  3. David POWLISON, op. cit., p. 13.
  4. P. ex., Ex 2,14 ; Né 6,9 ; Lc 5,21-22.
  5. Sauf indication contraire, toute citation biblique est tirée de la traduction Nouvelle Version Segond Révisée, 1978.
  6. David POWLISON, op. cit., p. 11.
  7. Selon Walter BARRETT, dans Walter BARRETT et Jef DE VRIESE, La Bible au centre de la relation d’aide, Braine l’Alleud, Editeurs de Littérature Biblique, 1995, p. 60.