Six considérations pour une prédication efficace

(ou pourquoi la prédication a-t-elle tantôt un impact bénéfique, tantôt non ?)

Tout enfant de Dieu qui lit ces paroles sait que l’impact des messages bibliques qu’il entend le dimanche matin est inégal. Cela lui arrive tantôt de s’ennuyer, de trouver difficile de rester concentré sur les propos du prédicateur, de ne ressentir aucun effet bénéfique pour sa marche avec le Seigneur ; tantôt d’entendre clairement la voix de Dieu, de se sentir incité à la repentance dans tel ou tel domaine de sa vie, de savoir dans son for intérieur que la grâce de Dieu, dont il est le bénéficiaire, est indiciblement merveilleuse. Dans les deux cas de figure, le message qu’on entend peut bien porter, d’une manière ou d’une autre, sur l’Evangile du Christ, message de la Bible. Pourquoi donc cette variation dans l’apparente efficacité de la parole de Dieu ? Plusieurs facteurs peuvent jouer.

1. Qu’est-ce qu’une prédication ?

D’abord, ce qu’on entend le dimanche matin n’est pas toujours une prédication à proprement parler. Il existe plusieurs formes légitimes de communication de la parole de Dieu, mais un élément indispensable, constitutif de la prédication, est celui de l’application pratique (p. ex., Ac 13,32-41 ; 2 Co 5,19—6,2 ; 2 Tm 3,15—4,5). Combien de fois n’a-t-on pas entendu des « prédications » qui n’en sont pas parce qu’elles ne visent pas à provoquer une réponse chez les auditeurs ? Combien il est facile pour le prédicateur de se cantonner à une conférence biblique, à des propos abstraits, voire philosophiques, qui relèvent de la titillation intellectuelle plutôt que de la transformation du peuple de Dieu ! Lorsqu’un jeune galant fait la demande en mariage à la femme de ses rêves, il ne s’attend pas à ce que la réponse de celle-ci soit : « quelle idée stimulante » ! De même, après avoir entendu une prédication, il est très rare que la réponse qui convient de la part de l’auditeur soit de dire qu’elle était « très intéressante ». Normalement, dans une prédication, Dieu s’adresse à nous, et il exige comme réaction de notre part la repentance (continue) et la foi (continue). La réponse appropriée de notre part sera, non pas : « intéressant », mais : « gloire à toi, mon grand Dieu », « je me prosterne devant toi, mon Père », « je t’adore (encore plus profondément) », « merci encore pour ta grâce surabondante », « je m’engage à t’obéir », « je me repens (dans tel ou tel domaine) », « je suis à nouveau motivé pour te servir », etc. L’orateur peut se qualifier de « prédicateur » s’il annonce la parole de Dieu en vue de solliciter une réponse de la part de l’assistance.

2. Un prédicateur courageux et fidèle

Un deuxième facteur concerne également le fond du message : le courage et la fidélité du prédicateur en abordant des passages et des thèmes peu « politiquement corrects », et pourtant pertinents, peuvent être un facteur important. Les discours séduisants des faux docteurs correspondent souvent à ce que l’auditoire souhaite entendre (Jr 6,14 ; Jr 8,11 ; Jr 27-28 ; Ez 13,10 ; 2 Tm 4,4 ; cf. 1 R 22). En revanche, le prédicateur authentique doit faire preuve de courage, car il lui faut mettre le doigt sur les erreurs et les pratiques inacceptables du milieu et de la société où il se trouve, ce qui entraîne l’opposition et le rejet. C’est à bon escient que Paul incite Timothée à souffrir avec lui dans la défense de l’Evangile (2 Tm 1,8 ; 2 Tm 2,3) ! Certains prédicateurs négligent de prêcher sur certains textes ou thèmes. Les paroles suivantes sont attribuées à Martin Luther :

« Si je professe, avec la voix la plus forte et l’exposition la plus claire, chaque portion de la vérité de Dieu, à l’exception précisément de ce petit élément que sont en train d’attaquer le monde et Satan, je ne confesse pas Jésus-Christ, même si je professe Jésus-Christ très fort. Le soldat prouve sa loyauté à l’endroit où la bataille fait rage. S’il est prêt à combattre partout ailleurs, mais flanche à cet endroit, c’est presque une déroute et une disgrâce. »

Ne soyons pas surpris si l’on témoigne d’effets bénéfiques pour le royaume par suite de prédications qui osent contrer les mensonges de notre époque. Remercions Dieu pour les prédicateurs d’aujourd’hui qui présentent clairement l’unicité du Christ pour le salut (face à l’idée du salut par la piété musulmane ou juive, etc.), la justification par la foi seule (par opposition à l’idée catholique selon laquelle nos bonnes oeuvres peuvent contribuer à notre salut), la réalité de l’enfer, le non-sens du « mariage homosexuel »…

3. Le fond et  la forme

 Troisièmement, un message peut laisser à désirer quant à la forme, même s’il est fidèle quant au fond. De même que Dieu a choisi de se révéler à nous en employant des paroles humaines que nous pouvons comprendre (ce que les théologiens appellent « accommodation » divine), de même les prédicateurs devraient veiller à ce que l’auditoire puisse comprendre leurs propos. Il convient d’expliquer le sens du texte choisi pour le message, de décrypter les termes techniques, de réduire la distance culturelle et temporelle qui nous sépare, par exemple, de la Palestine du premier siècle. Il convient également d’exposer les idées du message conformément à un plan cohérent que les auditeurs peuvent aisément suivre, de préférence un plan qui se dégage clairement du passage en question. Il convient d’avoir un débit qui cadre avec le fait de prêcher avec autorité de la part de Dieu – nous avons un message à proclamer, non une idée à partager ! Il convient de parler aussi d’une manière conforme au contenu de la prédication : si, par exemple, les propos sont solennels, il faudrait les communiquer sur un ton solennel. Ce n’est pas une démarche « peu spirituelle » de répéter son message de sorte qu’on puisse le communiquer avec conviction, à un rythme approprié et sur un ton variable ! Faire abstraction de ces questions de forme, ce serait embrasser la notion erronée d’une Bible « docétique » – en négliger la dimension humaine – et s’attendre à ce que Dieu agisse de manière plutôt mystique ou magique. Il est hors de doute que certains prédicateurs sont plus doués que d’autres à la fois pour discerner le sens du texte et pour bien l’expliquer : Dieu suscite des enseignants pour servir son peuple (Rm 12,7 ; 1 Co 12,28 ; Ep 4,11). Si variation il y a dans l’efficacité des messages, la question de la qualification du prédicateur peut bien y être pour beaucoup.

4. L’état spirituel du prédicateur

Admettons cependant que le prédicateur soit bien qualifié et que son message soit fidèle, clair et bien appliqué. Admettons, de plus, qu’il prêche ce même message plus ou moins de la même manière dans deux Eglises différentes, mais à des moments différents de sa vie. Les effets risquent toujours d’être contrastés. Quelles explications pourrait-on avancer ? Il se peut que l’état spirituel du prédicateur soit en jeu. C’est là le quatrième facteur que nous mettons en évidence. Bien que Dieu puisse parler par le biais d’une ânesse (Nb 22,28 ; 2 P 2,16), et qu’il puisse être à l’oeuvre par un prédicateur dont les mobiles sont condamnables (Ph 1,15-18), son canal normal (néo-testamentaire) est un croyant dont la vie est cohérente avec son message. Nous ne devrions pas nous étonner de ce que, souvent, les prédications que Dieu choisit d’utiliser grandement pour sa gloire sont celles qui sont apportées par des messagers qui ont été eux-mêmes transformés par la parole, précisément dans le domaine du message. D’ailleurs, tous les auditeurs ne sont pas dupes : ils peuvent parfois discerner là où existe un manque d’authenticité chez le prédicateur, là où le prédicateur ne met pas en pratique ce qu’il annonce, là où il veut être connu comme un grand orateur plutôt que comme le porte-parole, humble et exemplaire, d’un grand Dieu. Lorsque l’apôtre Paul supplie les Corinthiens et les Thessaloniciens de prendre son message au sérieux, il fait appel, entre autres, à sa conduite (2 Co 2,14—7,4 ; 2 Co 10-13 ; 1 Th 2-3). Il s’attend à ce que Timothée, chargé d’enseigner les Ecritures, soit un modèle pour les croyants (1 Tm 4,12-16). Il en est de même de Tite (Tt 2,7-8). L’auteur de l’épître aux Hébreux s’attend à ce qu’on puisse imiter la foi des conducteurs qui enseignent la parole de Dieu (Hé 13,7-8). Ce sont les propagateurs de faux enseignements qui sont caractérisés par une conduite détestable  (2 P 2 ; Jude ; cf. Mt 7,15-20).

5. Un message prêché sous sa dépendance

Si Dieu utilise de préférence les prédicateurs qui, par leur conduite, font honneur à leurs messages, de même il choisit de se servir de messages qui sont prêchés dans sa dépendance. Il n’est pas dans son caractère de vouloir donner sa gloire à d’autres (Es 42,8 ; Es 48,11). Par conséquent, ses ministres sont des « vases de terre », souvent « pressés de toute manière… ; désemparés… ; persécutés… ; abattus… », ce qui permet aux uns et aux autres de constater que la puissance du message provient de Dieu et non du messager (2 Co 4,7-9). La prière, expression fondamentale de la dépendance à l’égard de Dieu, devrait accompagner toute prédication de la parole (Ep 6,18- 20 ; Col 4,3-4 ; 2 Th 3,1) : gare à nous si nous mettons notre confiance dans les dons du prédicateur plutôt que dans la grâce de Dieu !

6. La souveraineté de Dieu

Nous nous égarons cependant si nous estimons que nous pouvons « garantir » les résultats d’une prédication par nos prières prononcées avant et durant le message, aussi ferventes soient-elles. Il nous faut en effet tenir compte d’un sixième facteur : Dieu reste entièrement souverain dans son oeuvre secrète dans le coeur des uns et des autres. A coup sûr, le Nouveau Testament nous enseigne qu’il existe un lien étroit entre parole et Esprit (Ep 6,17 ; Ep 5,18 avec Col 3,16 ; Jn 6,63 ; 2 Tm 3,16 ; Jn 3,5 avec Jc 1,18 et 1 P 1,23) ; mais les serviteurs de la parole constituent « le parfum du Christ parmi ceux qui sont sur la voie du salut comme parmi ceux qui vont à leur perte : pour les uns, une odeur de mort qui mène à la mort ; pour les autres, une odeur de vie, qui mène à la vie » (2 Co 2,15-16). Si le message de l’Evangile est arrivé chez les Thessaloniciens « avec puissance, avec l’Esprit-Saint et avec une pleine conviction » (1 Th 1,5 ; cf. 1 Th 2,13 ; 1 Co 2,1-5), il n’y a rien eu d’automatique à cela. « Le vent souffle où il veut », a déclaré Jésus à Nicodème (Jn 3,8). La parole qu’on sème tombe souvent « le long du chemin », « dans un endroit pierreux », « parmi les épines » (Mc 4,3ss). Si l’action bénéfique du Saint-Esprit accompagne la prédication de la parole, c’est, en fin de compte, un sujet de glorifier Dieu pour sa décision qu’il en soit ainsi – et cela même si nous n’arrivons à cerner les facteurs favorables à une telle action.

Mais si l’Esprit reste souverain, cela n’est pas pour autant une raison de baisser les bras dans le travail ardu de la préparation et de la prière ; encore moins une raison d’évacuer toute réflexion sous prétexte de « se laisser inspirer par l’Esprit » sur-le-champ lorsqu’on monte en chaire ! Donald Grey Barnhouse, premier directeur de l’Institut Biblique Belge et évangéliste de renom, a compris ce paradoxe. Il était connu pour son érudition et son soin en matière d’enseignement de la parole de Dieu, ainsi que pour son zèle en matière de planification dans son ministère ; et, en même temps, il croyait profondément à la souveraineté de Dieu sur sa vie. Que nos prédicateurs soient fidèles, courageux, compétents, appliqués, exemplaires, consacrés, humbles et zélés pour la prière ; que les membres de nos assemblées prient pour eux avec ferveur… et que nous laissions les résultats entre les mains de Dieu.

 Cet article a paru dans la revue La Bonne Nouvelle , 2008/1.

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