Solas, La quintessence de la foi chrétienne (Pascal DENAULT)

Solas, La quintessence de la foi chrétienne, Pascal DENAULT (Montréal, Cruciforme, 2016, 205 p.)

Ce livre démontre comment les accents majeurs de la Réforme sont pertinents pour le monde théologique contemporain. Articulé autour des cinq solas1, le pasteur Denault actualise le combat des Réformateurs dans la perspective de la théologie réformée et baptiste2. Son ton polémique et ses formules parfois un peu lapidaires ne plairont pas à tout le monde, mais sa clarté d’expression, sa précision et sa perception des enjeux contemporains font de ce livre un petit bijou qui mérite d’être lu et relu par ceux qui « paissent le troupeau de Dieu » (1 P 5.2) et qui doivent, en conséquence, « réfuter les contradicteurs » (Tt 1.9).

Il est utile de signaler dès le départ ce que ce livre n’est pas. Il ne prétend pas être une oeuvre historique qui situe les solas dans le contexte de la lutte pour l’Evangile menée contre l’Église catholique romaine médiévale qui imposait, par son Magistère, un autre évangile3. En revanche, l’auteur transpose l’essentiel de chaque slogan au contexte des débats théologiques contemporains qui ont lieu en milieu évangélique (au sens large) et par opposition à d’autres théologies nonévangéliques. L’auteur ne vise pourtant pas, me semble-t-il, à convaincre des personnes de tendances autres que lui, car l’argumentation est parfois raccourcie et manque d’étapes logiques dans son développement4 – ou consiste simplement en des affirmations sans preuves5 (bibliques ou logiques).

Le livre commence là où il faut toujours commencer quand on veut un discours vrai concernant Dieu, avec la question de la source de nos idées. Pour les Réformateurs, ce qui fait autorité dans l’Église universelle est, et a toujours été, le sola scriptura, ce fondement de l’enseignement des apôtres et des prophètes (p. 15) qui fait de l’Écriture, la mise par écrit de cet enseignement, « la seule norme de la foi et de l’Église » (p. 17). Toute autre voix qui s’oppose à l’enseignement des Écritures est toujours à rejeter, qu’elle vienne d’une institution (comme l’Église catholique romaine de l’époque des Réformateurs qui « … s’est farouchement opposée [à l’Évangile prêchée par Luther], car l’enseignement catholique romain était contraire », p. 16), ou qu’elle vienne de nos expériences ou de notre raison humaine. Le sola scriptura implique que « [s]eule la Parole de Dieu est efficace pour appeler et édifier les croyants » (p. 26). Mais, comme le deuxième chapitre l’explique, le fait que notre théologie est bâtie sur l’Écriture seule n’implique pas que nous la bâtissons seuls (le pasteur Denault fait un jeu de mots entre sola scriptura et solo scriptura pour exprimer cette idée, p. 27). L’exemple choisi pour illustrer l’erreur de bâtir notre théologie en cavalier solitaire, détaché de la tradition de l’Église, me semble mal choisi. D’un côté, le cessationisme pour lequel il plaide ne découle pas d’une manière évidente du texte cité (1 Co 13.8-13). De l’autre côté, sa lecture du texte tombe dans l’erreur qu’il nous exhorte à éviter : « Ces erreurs viennent lorsque nous laissons notre imagination, nos présupposés ou nos lunettes théologiques déterminer le sens d’un passage » (p. 31).

Les chapitres 3 et 4, sur le sola fide, ou le salut par la foi seule, touchent au coeur du combat qui a opposé les Réformateurs à l’Église catholique romaine – la nature de la justification. Le gouffre qui sépare la théologie protestante de la théologie catholique se trouve ici. Le dogme catholique s’obstine à affirmer que l’homme est sauvé en partie par ses propres oeuvres, en particulier son adhérence et son attachement aux sacrements et à l’institution de l’Église catholique romaine – pour la théologie catholique, hors de l´Église, pas de salut ! Le sola fide insiste sur le contraire : la justification vient de la foi et de la foi seule, même si « la foi qui justifie n’est jamais seule, car elle est toujours accompagnée d’oeuvres … » (p. 63).

Les six chapitres dédiés au sola gratia offrent un résumé du calvinisme en cinq points tel qu’exprimé par le synode de Dordrecht. L’auteur explique l’importance de ce sola en opposition à plusieurs des héritiers contemporains d’Arminius. Ces théologies prônent toutes, d’une manière ou d’une autre, le prétendu libre arbitre de l’être humain dans l’oeuvre du salut, si bien que celui-ci ne relève pas de Dieu seul du début à la fin. L’insistance sur le fait que notre salut nous est offert par la grâce seule, sans que Dieu ait trouvé en nous quoi que ce soit pour gagner ou mériter son amour (cf. Dt 7.6-7), est fort appréciable. La critique des adeptes du libre arbitre est mordante mais bien vraie :

L’homme est un fabriquant d’idoles ; il s’est toujours façonné des dieux pour leur donner la gloire de Dieu (Rm 1.23-25). Dès qu’ils sont sortis d’Égypte, les Israélites « se sont fait un veau en fonte, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices, et ils ont dit : Israël ! Voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte. » (Ex 32.8) Ils attribuèrent à la créature la gloire de leur salut. Une bonne partie de l’Église chrétienne n’a pas fait mieux ; croyant que leurs oeuvres, leur sueur et leur sang acquéraient la rédemption, plusieurs se sont attribué la gloire de leur salut. Même chez les héritiers de la Réforme, certains se façonnèrent une idole qu’ils appelèrent « libre arbitre » et dirent : « Voici ton dieu qui t’a fait sortir du péché ». Ils attribuèrent à la créature la gloire du salut. (p. 166)

En dépit de certains propos tenus par excès de zèle ou de cibles malencontreusement choisies, nous n’hésitons pas à recommander ce livre utile et qui nous met au défi : que son appel à être attaché aux valeurs centrales de la Réforme soit entendu et mis en oeuvre.

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  1. Voir l’encadré de Charles Kenfack à ce sujet (p. 24-25).
  2. En particulier, il cite régulièrement comme texte de référence La Confession de foi baptiste de Londres de 1689 – p. 18, 22, 31, 51, 63, 78, 92, 98, 101, 122, 135, 141 et 182.
  3. Qui n’en est pas un (Ga 1.6-7).
  4. Par exemple, à deux reprises (p. 15), le Christ des apôtres et des prophètes est considéré d’office comme étant l’équivalent du Christ de la Bible, mais l’Église catholique romaine estime que c’est le Christ de la liturgie et de l’ecclésiologie romaine qui est le bon, et la théologie libérale que le Christ de la Bible est une construction bien éloignée du vrai Christ.
  5. Nous sommes appelés à admirer « la sagesse insurpassable du dessein divin qui épouse naturellement le cours de la vie sans heurter la liberté des hommes… » (p. 94), sans aucune démonstration ou preuve que c’est le cas, dans le contexte d’une interaction avec la position arminienne qui contesterait vigoureusement que l’élection calviniste soit compatible avec la liberté humaine !