Terrorisme à Bruxelles : trois réponses chrétiennes

Dans cet article, Paul EVERY réagit aux récents événements quelques jours après qu’ils sont survenus.

« L’aéroport ? Notre aéroport ? » a été ma première réaction en entendant les premières infos du mardi 22 mars 2016. Car l’aéroport de Zaventem, nous le connaissons tous, nous y sommes tous passés, pour les vacances ou pour rencontrer des bien-aimés qui arrivent en visite. Ce n’est pas au loin… et Maelbeek, c’est encore plus proche, à deux arrêts de métro de chez nous.

Depuis les événements de Paris, nous nous sentions proches, émotionnellement, de tout ce qui s’était passé. Des terroristes étaient recherchés et interpellés chez nous. Mais nous n’étions pas encore frappés comme cible.

Tout cela a suscité, chez les chrétiens comme chez les non‑chrétiens, trois vives réactions :

La compassion

Les premières images ne pouvaient qu’évoquer une vive compassion en nous. Connaissant l’aéroport d’avant et la fréquentation du métro un matin en semaine, on imagine très facilement la foule, les voyageurs contents d’avoir des vacances tant attendues, des touristes qui allaient rentrer dans leur pays, des travailleurs poursuivant leur train-train quotidien, et puis, l’horreur, le choc, les multiples pertes, et le désarroi. Subitement, sans le temps de s’échapper, ils allaient être blessés à vie. D’autres allaient perdre la vie. On ne sait pas qui sont toutes ces victimes, mais on sait qu’ils étaient le fils, la fille de quelqu’un, le frère, l’amie, la dame qui partait en voyage, l’homme qui allait au travail, l’étudiant qui allait au cours… Et tous créés à l’image de Dieu (Gn 1,27), des personnes uniques et précieuses. Même si nous ne les connaissons pas personnellement, nous sommes touchés par ce qui leur est arrivé. Nous pouvons aisément concevoir que nous aurions pu être les victimes, et nous compatissons avec les survivants.

L’incompréhension

D’ailleurs, nous ressentons de l’incompréhension. Ces victimes ne faisaient rien d’inhabituel, n’étaient pas des militants au combat ou des xénophobes qui propageaient la haine… pourquoi eux ? On parle de quarante nationalités différentes, des personnes sans point commun autre que celui d’avoir été attaqués le même jour par des terroristes en Belgique.

Une dame m’interrogeait récemment, dans un autre contexte, à propos du décès de sa fille à l’âge de 42 ans. « Pourquoi ma fille a été prise, et pas quelqu’un d’autre ? Il y a tant de crapules qui vivent longtemps ! » soupirait-elle. Cette incompréhension est naturelle. Si Dieu est au-dessus de toutes choses, pourquoi a-t-il laissé faire les terroristes ?

« J’ai tout vu pendant ma vie: », écrit l’Ecclésiaste « un juste mourir dans sa justice et un méchant prolonger son existence dans sa méchanceté » (Ec 7,15). Job, lui aussi, se plaignait de ne pas voir immédiatement la justice de Dieu : « De la ville montent les soupirs de la population, les blessés appellent au secours… L’assassin se lève avec la lumière, il tue le malheureux et le pauvre, et pendant la nuit il se mue en voleur » (Jb 24,12.14).

Nous ne comprenons ni pourquoi des hommes voudraient faire ces actes, ni pourquoi Dieu les laisserait accomplir de telles horreurs.

La peur

Troisième réaction naturelle, c’est celle de la peur. Les habitants de la ville de Bruxelles vivent à nouveau dans l’anxiété. On remarque que les gens sont crispés, car naturellement on se demande si c’est fini ou si cela se reproduira. On a beau faire, ce sera difficile de ne pas y penser quand nous repasserons par Maelbeek ou quand nous aurons un avion à prendre à Zaventem.

Ailleurs aussi, actuellement, chacun regarde autour de lui, chaque geste peut avoir l’air suspect. Lui, que fait-il ? Ce jeune court-il pour avoir son bus, ou fuit-il la police ? Cet homme, debout devant le bureau, attend-il un collègue ou est-il dans un complot ? Impossible d’être sûr.

Tout n’est pas noir, bien entendu, et il y a des sourires, des beaux gestes et du soulagement. Mais il suffit d’entendre une sirène de police pour se demander ce qu’il se passe…

Mais en tant que chrétiens, nos réactions doivent être tempérées, fortifiées ou transformées, par ce que nous savons de Dieu à partir de la Bible. Si la réaction émotionnelle est normale, notre réponse doit être proprement chrétienne, maîtrisant et surpassant nos instincts naturels.

Réactions chrétiennes :

1 Encore de la compassion

Nous sommes mus de compassion pour les personnes proches de nous, mais qu’en est-il des personnes qui meurent dans d’autres circonstances ? Ceux qui vivent sans connaître Christ sont également en danger ; que Dieu soit miséricordieux envers eux ! Et qu’en est-il des habitants des pays lointains ? Dieu enseigna à son prophète Jonas qu’il avait pitié de Ninive, une ville de 120.000 habitants (une grande ville pour l’époque), même si c’était la capitale de l’Assyrie, un ennemi de son peuple !

Demandons à Dieu qu’il nous accorde cette compassion qui n’est pas naturelle mais surnaturelle –la sienne !

Apprenons de celui qui ne veut « qu’aucun ne périsse mais que tous parviennent à la repentance, » (2 P 3,9). Sa compassion s’étend même à ses ennemis pour nous réconcilier avec lui (Rm 5,10).

2 Attirer l’attention vers Jésus

Ce que nous ne comprenons pas ne devrait pas nous empêcher de parler de ce que nous savons. Jésus a souffert dans son ministère sur terre, y compris le deuil face à la mort (Jn 11) et sa propre mort. Il a vécu dans la certitude qu’il allait mourir dans un supplice violent, « pareil à un agneau qu’on mène à l’abattoir » (Es 53,7).

De plus, sa mort et sa résurrection demeurent le moyen choisi par Dieu pour faire le plus grand bien à l’humanité : nous donner la vie éternelle. Il a ainsi accompli ce que nul autre ne pouvait faire ; c’est de lui que nous avons besoin.

Nous n’avons pas les ressources en nous-mêmes pour répondre aux besoins des gens –mais annonçons celui qui est un Dieu réconfortant, une consolation, un appui réel dans des temps troublés, et le Sauveur de quiconque mettra sa confiance en lui. Soulignons que Dieu n’a pas oublié sa justice, mais que Jésus jugera avec impartialité (Ac 17,31).

3 La confiance

La confiance n’est pas le déni de la réalité. Croire n’est pas la même chose qu’imaginer que tout va bien. Notre confiance est en un Dieu Tout-puissant qui nous assure notre destin éternel grâce à la résurrection de Jésus- Christ. Nous pouvons donc dire, « L’Eternel est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je peur ? L’Eternel est le soutien de ma vie : qui devrais-je redouter ? » (Ps 27,1). La confiance chrétienne reconnaît qu’il n’y a rien ni personne qui soit plus fort que notre Dieu, et que malgré les difficultés présentes il sera fidèle dans son amour envers nous.

Que Dieu nous permette de garder notre confiance en lui dans ces jours troublés à Bruxelles.

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