Une brève théologie pratique de la peur et de la paix

Nul ne devrait prendre à la légère le fait que nous sommes entrés dans ce que le newsmagazine The Economist qualifie d’une « nouvelle normale » : les grandes villes occidentales continueront d’être des cibles potentielles des djihadistes, et il y aura concurrence entre sécurité et liberté. Nul croyant ne devrait minimiser ce que notre Seigneur a qualifié de « progrès de l’iniquité » dans le monde (Mt 24,12). Il est légitime d’agir avec prudence et nécessaire de rester soumis aux autorités : lors du couvrefeu du mois de novembre, nous avons dû annuler des cours, les activités d’établissements d’enseignement ayant été interdites.

En même temps, le croyant n’est jamais censé se sentir « comme à la maison » dans ce monde, « car la figure de ce monde passe » (1 Co 7,31). « Notre citoyenneté est dans les cieux » (Ph 3,21) : motivés par la recherche de la gloire de Dieu, nous vivons pour le Christ et le monde à venir. Et cela entraîne la crainte de Dieu (p. ex., 1 P 1,17) qui prime par rapport à d’autres sujets de crainte potentiels. Une fois « en Christ », la crainte de la mort physique ne fait plus partie de notre mentalité (cf. Hé 2,15) : la mort est même un gain (Ph 1,23). Ce n’est pas que nous ne soyons jamais troublés par des actes de terrorisme qui surviennent autour de nous. Mais dans ce cas, pour nous croyants, il s’agit plutôt de la peur de la douleur qu’entraîne la perte d’un proche, le fait d’être gravement blessé ou le processus de mourir. Par défaut, nous pouvons, nous devons connaître une paix intérieure qui provient du Saint‑Esprit habitant en nous. Si nous, chrétiens, sommes perpétuellement anxieux, il nous incombe de lutter contre cela par la prière en vue de connaître la paix (Ph 4,6-7). Car nous savons que Dieu reste entièrement aux commandes. Chaque cheveu de notre tête est compté, et pas même un moineau ne tombe à terre indépendamment de la providence de Dieu (Mt 10,29‑30).

Est-ce à dire que nous serons protégés face au danger physique ? Pas forcément. Nous avons entendu parler d’une croyante parmi les victimes dans le Métro. Il nous faudrait faire attention lorsque nous lisons les promesses s’appliquant aux Israélites dans le cadre de l’ancienne alliance (celle du Sinaï) : la sécurité physique, matérielle, concrète promise dans le Psaume 91 ou le Psaume 121 se trouve maintenant transposée pour le croyant de la nouvelle alliance en une sécurité spirituelle : rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ (p. ex., Rm 8 ; 1 P 1,5). Mais, même si nous, chrétiens évangéliques occidentaux, devions être particulièrement en butte à la persécution physique, comme tant de nos frères et soeurs ailleurs dans le monde, la maxime vaudrait : « Craignez Dieu, et vous n’aurez rien d’autre à craindre ». Les injonctions de Jésus de ne pas craindre dans Matthieu 10 s’inscrivent dans le cadre de la perspective de la persécution.

Notre Maître explique que le disciple ne devrait pas être dans la crainte, parce que (1) le jugement est en perspective pour les persécuteurs ; (2) Dieu peut en effet détruire âme et corps en enfer ; (3) Dieu maîtrise toute chose, et le disciple vaut mieux que beaucoup de moineaux… Même si, dans le contexte, Jésus est en train de préparer les Douze pour une mission à l’intérieur d’Israël, il nous semble que, concernant ces points, il énonce des principes qui valent également pour notre époque. Semblablement, Pierre exhorte les destinataires de sa première épître à ne pas craindre mais à sanctifier le Christ dans le coeur (3,14-15). Souffrir à l’instar du Christ est normal en perspective biblique – et est même une source de bénédiction (cf. Mt 5,10) ! Déjà, dans les limites de ce que nous avons vécu ces derniers mois, nous avons dû fixer davantage les yeux sur des réalités célestes et invisibles, ce qui est une bénédiction…

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