1 Pierre 5 – Sous la puissante main de Dieu

Le 4 janvier 2012 a eu lieu à l’Institut un séminaire pour les nouveaux diplômés et étudiants en 4e année qui passent maintenant la majeure partie de leur temps sur le terrain. Au début de la journée, le professeur et pasteur Paul EVERY a apporté le message suivant1.

Durant la première et la seconde guerre mondiale, un appel a été lancé : des hommes jeunes et moins jeunes ont été sollicités pour aller se battre pour leur patrie. Tout cela avait l’air tellement noble que beaucoup se sont engagés, pour ensuite se retrouver au front, en première ligne de mire. Enrôlés à partir d’une ville calme pour aller se mettre dans la boue des tranchées sous le grondement de l’artillerie lourde, transportés d’un village paisible pour débarquer sur une plage jonchée de cadavres criblés de balles, ces volontaires ont dû se demander, « Dans quoi me suis-je embarqué ? »

Vous, serviteurs de l’Evangile, vous êtes sur le front de bataille spirituel, et vous l’avez même été tout au long de la période de vos études. Le diable veut absolument vous décourager dans votre ministère – même vous décourager dans votre folle démarche d’étudier les Ecritures afin d’être un meilleur ouvrier, un meilleur soldat pour le royaume de Dieu (2 Tm 2,15 et 2,3).

Et voici ce qui est étrange : nous venons dans un beau lieu. Nous sommes parmi des amis. Nous prenons des repas agréables. Nous prions et chantons ensemble. Et pourtant, la bataille spirituelle est intense. Pas entre nous !

Pas visible du tout ici. Aucun policier, soldat ou militant ne nous guette dehors.

J’ai dit lutte spirituelle. C’est une bataille contre « les esprits du mal dans les lieux célestes » (Ep 6,12). Notre foi est mise à l’épreuve. Cela nous arrive de penser : « Je ne vais pas y arriver. Financièrement, ce n’est pas réaliste ; ça coûte trop cher à ma famille ; ceux qui ont un autre point de vue sur l’Evangile ou sur le ministère s’opposent à moi ; je n’arrive pas à jongler avec toutes mes responsabilités ; une maladie physique me restreint ; mes amis non-chrétiens m’ont tourné le dos. » N’as-tu pas connu ça ?

Outre les difficultés que vous connaissez sur le terrain, certains à l’IBB sont passés récemment par des épreuves pénibles : pas d’eau chaude ; pas d’électricité ; pas de logement ; des enfants malades, une épouse au bout de ses forces ; un travail académique qui est juste trop dur. Et nous pourrions penser : « Je sais que Dieu va me sauver – mais je ne sais pas comment je vais faire pour le mois prochain. »

Aujourd’hui nous allons réfléchir à la puissance de Dieu. Dieu est un Dieu puissant.

J’imagine que s’il y avait un examen, là maintenant, et que la question sur la feuille était « est-ce que Dieu est puissant ou non ? », nous dirions tous « en effet, puissant » et nous aurions 100% à l’examen.

Mais en matière de théologie pratique, comment le fait de savoir que Dieu est puissant nous aide-t-il chaque jour, surtout chaque jour sur le terrain ? Comment réagir à la puissance de Dieu ?

Lisons 1 Pierre 5,6-11.

Ce texte est encadré par l’idée de la puissance de Dieu (v. 6 et v. 11). J’en retire trois points :

1. Soyons humbles

Reconnaissons que la puissance de Dieu nous interpelle et nous mène à l’humilité « sous la main puissante de Dieu ». Cette expression nous renvoie  à la manière dont Dieu a fait sortir son peuple de la captivité, en s’opposant aux orgueilleux (v. 5) – au pharaon, et, à un autre moment, au roi de Babylonie.

On ne sera pas abaissé pour toujours. Dieu nous relèvera un jour (v. 6). Mais le jour présent est un temps d’humiliation. La souffrance nous appelle à l’humilité. Quel genre d’humilité ? L’humilité ne consiste pas à dire « à mon humble avis » au début de chaque phrase. En revanche, il faut être humble au lieu de nous inquiéter. Le lien est fort : « Humiliez-vous… vous déchargeant sur lui. » C’est une surprise de découvrir que l’anxiété est reliée à l’orgueil ! Christopher Ash, en commentant un psaume dans un message l’an dernier, a tenu ces propos2 : « Imaginez que je vienne vers vous pour vous parler de mon inquiétude, et que vous me répondiez : “J’en suis désolé, car il me semble que vous êtes orgueilleux.” Je risque d’en être offusqué. Mais voilà le diagnostic du Psaume 131. »

Nous pensons que l’anxiété est liée à nos problèmes. Mais, en fait, le problème est que lorsque nous sommes inquiets, c’est souvent parce que nous avons pensé que nous étions maîtres de notre vie… La relation à laquelle Dieu nous appelle est une relation dans laquelle nous reconnaissons sa juste place comme maître de notre vie.

Soyons assez humbles pour prier, et exprimer notre anxiété devant Dieu. Certes, nous pouvons prier à propos de sujets pour lesquels nous ne sommes pas inquiets. Mais là où nous sommes inquiets, il faut prier.

Prier, ce n’est pas simplement exprimer son inquiétude, c’est remettre des choses à Dieu. Il y a une différence entre aller voir mon patron pour exprimer mes soucis (« voici tout ce que j’ai à gérer ! ») et lui remettre les dossiers qui me préoccupent (« peux-tu m’aider à résoudre tel ou tel problème ? »)

Il ne s’agit pas de vivre dans l’insouciance. Il ne s’agit pas d’une attitude qui se fiche de tout. Il ne s’agit pas non plus de ne jamais avoir de soucis ni de tracas ! [Remarquez qu’il est question de souffrance au v. 9 et v. 10.] Mais c’est reconnaître la puissance de Dieu et lui remettre nos soucis. Quand tu te réveilles la nuit, ou quand tu n’arrives pas à dormir la nuit, au lieu de t’écouter tourner en rond, fais appel à Dieu ; parle-lui honnêtement ; dis-lui, « je veux te remettre cela. » Ce texte t’appelle à te décharger de tous tes soucis. Dans Philippiens 4 on trouve cette même dynamique : nous lui apportons nos soucis, et il nous donne sa paix.

Souviens-toi de cette assurance qui peut réellement nous réconforter (v. 7) : Dieu « prend soin de vous. » Ce qui t’arrive est important pour lui. Même quand tout le monde dort, il est réveillé, et il t’écoute. Le Dieu puissant est notre Père céleste. Il est bon pour nous. Dans l’humilité, sans prendre la direction de notre vie, remettons-lui nos soucis.

2. Tenons ferme

Ce sont des mots solennels au v. 8 : « soyez sobres, restez vigilants ». Voilà l’ennemi, notre adversaire, le diable, l’accusateur – qui accuse les hommes devant Dieu et Dieu devant les hommes –, le tentateur, un assassin.

Depuis Eden, en passant par Job et puis par Judas, voilà quelqu’un qui a toujours opéré selon une seule priorité : détruire le travail de Dieu. Il mentira ; il tentera ; il sera rusé ; il tirera ses flèches ; il accablera de maladie et de deuil ; il fera peur ; il fera tout son possible pour nous décourager.

Je sais que la croix a rompu définitivement le pouvoir du diable – mais il n’est pas encore mort. Même si un lion se trouve dans une cage, il vaut mieux ne pas y mettre la main. Et justement, il est décrit ici (v. 8) comme un lion – une créature, certes, mais puissante et dangereuse.

Je ne suis pas de ceux qui parlent beaucoup du diable ou qui sont enthousiasmés par des propos tels que : « Allons évangéliser parce que le diable n’aimera pas ça. » Mais ce verset appelle à la vigilance, dans le ministère et même pendant nos études ; nous ne pouvons pas nous laisser aller. Il y a des moments de repos ; nous pouvons dormir ; nous pouvons regarder la télé ; nous ne sommes pas toujours au travail… Mais nous ne pouvons pas non plus nous relâcher, prendre congé de Dieu, ni jouer avec le péché.

Nous sommes au-dessous des anges (Hé 2,7) : le diable est un ange, une créature impressionnante. Et c’est lui qui (v. 8) « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » Imagine-toi donc, le lion avec sa gueule grande ouverte devant toi, rugissant de faim ; tu sens son haleine dégoûtante sur ton visage ; et tu n’es que comme une petite souris qu’il serait prêt à manger.

Tiens ferme ! (v. 9) : « Résistez, fermes dans la foi. » Demeurons fermes dans la foi qui est la confiance en Dieu, mais aussi le contenu de notre foi, l’Evangile. Si quelqu’un croit à l’Evangile, le diable essayera de lui faire oublier l’Evangile ou au moins oublier d’en parler. Mais nous devons, ici encore, nous souvenir de l’Evangile : la bonne nouvelle qu’à la croix, Jésus Christ a fait quelque chose de tout à fait remarquable pour nous – qu’à cause de sa mort, nos péchés sont payés et nous pouvons nous tenir devant Dieu avec le statut d’hommes et de femmes justes.

Oui, nous sommes pécheurs ; oui, nous méritions la condamnation à mort, la peine éternelle… Mais nous n’allons pas la payer ! La bonne nouvelle est que Dieu accepte le paiement de Christ à notre place !

Et donc la mort et le diable ne peuvent pas nous avoir !

Tenons ferme dans la foi ! Vérifie que tu as l’armure de Dieu (Ep 6) : casque du salut, bouclier de la foi, épée de l’Esprit, baskets de l’Evangile…

Sachons que d’autres souffrent. Toute l’épître était destinée à des chrétiens qui souffraient – sans doute s’agissait-il de la persécution physique. Peut-être que Pierre avait entendu parler de chrétiens livrés aux lions dans le cirque romain.
En tous les cas, il voulait que ceux qui recevraient sa lettre, loin de Rome, sachent que d’autres souffrent de la même manière. Vous n’êtes pas seuls – d’autres souffrent comme vous. Selon 1 Pierre 4,12, il n’est pas étrange de souffrir ainsi ; il est désagréable, pénible et difficile de souffrir d’une manière ou  d’une autre parce qu’on est chrétien, mais pas étrange. C’est la souffrance qui appartient à ceux qui s’identifient à Christ.

Ne soyons donc pas étonnés. Tenons ferme. D’autres anciens de l’IBB, de Lomé à Lyon, passent par des épreuves aussi.

Nous voyons donc ce que nous devons faire : tenir ferme malgré les menaces de notre dangereux adversaire. Mais pourquoi tenir ferme ? Qu’est-ce qui nous permet de tenir ferme ? C’est parce que Dieu est plus puissant que le diable.

Soyons humbles ; tenons ferme ; et, enfin,

3. Ayons confiance

Dans les derniers versets (v. 10-11) il n’y a pas d’impératifs. Le verset 12 nous indique que Pierre écrivait des « mots d’exhortation », mais il n’y en a pas ici. Pierre ne nous appelle pas à l’action. Nous sommes amenés à regarder à Dieu – à notre Dieu puissant ! Car il n’y a pas d’égalité entre Dieu et le diable ! Il n’y a pas de doute quant à qui est le plus fort ou qui va gagner ! Dieu est celui qui est, qui a toujours été et qui sera puissant aux siècles des siècles, pour l’éternité.

Et il est un Dieu de grâce. Pourquoi va-t- il nous sauver du diable ? Parce que c’est un Dieu de grâce – un Dieu qui aime agir en faveur de ceux qui ne le méritent pas. Comment savons-nous que nous, faibles créatures, pouvons tenir fermes devant notre effroyable adversaire ?

Dieu est puissant, mais s’il n’était pas aussi bienveillant, ce serait fini pour nous.

Mais justement, Dieu est le Dieu de toute grâce – de la grâce commune, de la grâce qui sauve, et de la grâce qui permet de persévérer, car notre Dieu est celui qui appelle « à sa gloire éternelle en Christ » (v. 10). C’est sa gloire, la gloire qu’il avait depuis toute éternité et qui est également la gloire à venir, la gloire céleste de notre héritage – c’est à cela que nous sommes appelés, pas simplement à faire un bout de chemin avec Dieu pendant quelques années, mais à être à lui éternellement.

Nous pouvons dire, comme je l’ai indiqué dans l’introduction : « Je sais que j’ai la vie éternelle et qu’après ma mort ça ira. Mais ce sont les moments d’ici-là qui sont tellement compliqués. Il est difficile de voir comment nous allons  nous en sortir… »

La réponse se trouve en 1,5-6 : « vous êtes gardés par la puissance de Dieu au moyen de la foi, pour le salut… » Et on se réjouit de cela ! Mais il faut passer par l’incontournable souffrance pendant  « un peu de temps » (5,10) ; les années à l’IBB sont déjà terminées ou touchent à leur fin… ensuite quelques années de ministère… tout paraîtra court par  rapport à l’éternité.

Ayons confiance. N’ayons pas peur du diable. Dieu va nous sauver du diable, en nous rendant forts (v. 10). Forts pour nous admirer ? Non, forts toujours et uniquement en dépendant de lui. Forts pour la prochaine bataille. Affermis, fortifiés, inébranlables/ Jamais parfaitement avant le grand jour de Jésus-Christ ; mais, au fil des années, moins instables, faibles et volatiles.

Je connais quelqu’un qui a eu un cancer après presque 50 ans de vie chrétienne au service de Jésus et de l’Evangile. Il a souffert. Je l’ai vu se plaindre ; il était physiquement accablé. Mais je ne l’ai jamais entendu dire : « Pourquoi moi ? Ce n’est pas juste ! Dieu ne m’aime pas ! »
Il a été fortifié par les prières des autres. Mais c’est aussi Dieu qui l’avait rendu inébranlable au travers d’un demi-siècle de vie chrétienne.

Ayons confiance. Cultivons notre confiance en Dieu. La puissance ultime réside auprès de Dieu. Qu’il la garde ! Il en est digne ! Il utilise sa puissance de manière formidable ! Et notre espérance est portée sur sa puissance, utilisée en notre faveur par sa grâce – la grâce qu’il a manifestée en Jésus !

Télécharger l’article ici.
  1. Légèrement modifié par endroits.
  2. http://www.e-n.org.uk/5457-Saying-no-to-proud-anxiety.htm