Le chant dans l’Église : quelques principes clé et quelles erreurs éviter ? (2/2)

Lisez ici la première partie de l’article : « Pourquoi chantons-nous à l’Eglise ».

 

B. QU’EST-CE QUE NOUS DEVRIONS CHANTER À L’EGLISE ?1

 1. Des paroles qui incarnent les trois principes de Colossiens 3.16…

a. …dans leur contenu

Vu que le premier but du chant est l’exposition de la parole, nous pouvons conclure que les paroles d’un chant sont d’une importance primordiale, sinon sur quelle base sera-t-on édifié ou poussé à adorer Dieu ? Cela peut paraître évident mais les paroles d’un grand nombre de nos chants ne reflètent pas ce principe incontournable. Au sens le plus basique, les paroles devraient être bibliquement vraies. Que ces lieux soient visités2 est un rare exemple de chant qui exprime une théologie erronée (concernant la présence de Dieu). Mais un nombre considérable de nos chants n’accomplissent pas le but d’exposer la parole bien qu’ils n’expriment pas des idées fausses. Par exemple, J’entre dans tes portes3, bien que citant le Psaume 100.4, prend le verset hors contexte et risque de faire penser que le bâtiment de l’Église est l’équivalent d’un temple où habite Dieu. Ou si tous nos chants restent limités dans leur portée (comme Saint est le Seigneur4) ou manquent de substance (comme Je veux chanter un chant d’amour5) nous ne connaîtrons que très peu de propositions centrales de l’Évangile. Beaucoup de chants semblent centrés sur Dieu parce qu’on chante « je te loue Seigneur », mais mettent l’accent sur ce que moi, je fais (comme Entends mon coeur6). Il est juste d’exprimer un désir d’adorer ou d’obéir à Dieu mais d’où vient l’impulsion de l’adorer si ce n’est de la grandeur de ce que lui a fait pour nous ?

Nous avons besoin de chants qui mettent en valeur l’Evangile « dans toute sa richesse » (Col 3.16), pour nous édifier et nous inciter à adorer Dieu, des vérités telles que la sainteté de Dieu, la seigneurie de Jésus, le péché, le jugement, la croix, la résurrection, la grâce, le pardon, le salut, la foi, la repentance, la relation avec Dieu, la vie éternelle, la consécration à Dieu, la mission, et la gloire et la suffisance du Christ crucifié. Parmi de nombreux bons exemples on trouve En Jésus seul7, Pardon Seigneur8, À Dieu soit la gloire9, À toi l’honneur10, Attaché à la croix11, Tu es venu jusqu’à nous12, Devant le trône13, O puissance de la croix14 et Notre Dieu15.

b. …dans leur forme

La manière d’exprimer le contenu (c’est-à-dire le vocabulaire, le registre, les mécanismes poétiques etc.) peut également contribuer aux trois grands buts (ou les miner). Nous voulons d’abord que l’assemblée comprenne ce qu’elle chante. Sinon, le contenu peut être pleinement biblique mais sans que nous soyons en mesure d’en bénéficier ! Cela nécessite un langage clair (mais pas superficiel) et en général contemporain.

Deuxièmement, la forme devrait refléter le contenu. Par exemple, si les paroles expriment des vérités grandioses, il est approprié d’utiliser un langage qui reflète leur poids.

2. De la musique qui soutient les paroles…

Nous avons tendance à accorder beaucoup d’importance à la musique elle-même. Mais comme nous l’avons remarqué, « [c]’est, en effet, d’après les paroles que l’on peut juger avant tout de la valeur spirituelle d’un cantique »16. La musique sans paroles ne peut faire habiter la parole de Dieu en nous. La musique est au service des paroles par les deux moyens suivants.

a. …en mettant en valeur les paroles

« Il n’est simplement pas logique de chanter un chant où les paroles nous disent une chose, et la musique une autre. »17 Porteuse d’une puissance remarquable pour influencer nos émotions, la musique peut être une aide formidable pour souligner le sens des paroles et pour susciter une réponse appropriée, ou peut être au contraire une distraction qui mine leur sens.
Par exemple, la mélodie et les progressions harmoniques de À l’Agneau sur son trône18 reflètent parfaitement la majesté et la joie du Christ victorieux. Au contraire, selon certains, le ton très sombre de Torrents d’amour19 va à l’encontre des paroles joyeuses et intimes. Nous devons aussi faire attention que la musique ne manipule pas les émotions.

b. …en facilitant la participation de l’assemblée

Pour que l’assemblée puisse méditer sur les paroles et être édifiée et poussée à louer Dieu, il faut que sa participation soit facilitée. Le membre moyen de l’assemblée doit pouvoir chanter la mélodie (et l’apprendre facilement). Par exemple, il se peut que le rythme du refrain de Comme un phare dans la nuit20 soit trop difficile à chanter (même si ce n’est pas impossible).
Quant au style de la musique, nous savons tous que cela peut créer des divisions très importantes dans une Église ! Puisque l’unité de l’Église est d’une importance capitale, la règle d’or est que le style ne doit pas être une pierre d’achoppement. En principe on pourrait employer n’importe quel style. Une chorale n’est pas fondamentalement plus sainte qu’un groupe de rock. Mais il faut que le style soit accessible à la grande majorité des gens et qu’il cadre avec leur culture, prenant aussi en compte la présence de visiteurs non-chrétiens. Par exemple, la mélodie très syncopée de Béni soit ton nom21 risque d’être difficile pour des personnes âgées, tandis qu’une génération plus jeune aura probablement du mal à s’identifier avec le style démodé de Ô grâce merveilleuse22. Varier le style est probablement à conseiller, mais nous devons au final être prêts à mettre de côté nos préférences pour le bien de nos frères et soeurs (cf. Rm 15.2).

C. COMMENT DEVRIONS‑NOUS CHANTER ET JOUER À L’EGLISE ?

1. Responsables

Le chant étant un ministère de la parole, la responsabilité revient finalement aux dirigeants de l’Église. Le pasteur peut déléguer cette tâche mais il doit veiller à ce que le responsable prenne le temps de choisir avec soin des chants qui respectent notre triple but. Pensez à choisir des chants en lien avec la prédication ou qui présentent le coeur de l’Évangile.

2. Chanteurs et musiciens

En tant que chanteur ou musicien, vous n’êtes pas là pour mettre en valeur la musique des chants. Vous êtes des serviteurs de la parole, tout comme un prédicateur ! Votre tâche est donc de faire en sorte que la musique soutienne les paroles, en créant une ambiance qui aide à réfléchir sur le contenu. Pour faciliter la participation de l’assemblée, ne soyez pas une distraction par un manque de préparation ou au contraire par un style virtuose. Travaillez les introductions et les transitions afin que tout le monde puisse suivre facilement et jouez à un tempo et à un volume appropriés. Attention à l’orgueil : nous, musiciens, sommes là pour servir l’assemblée. Les chanteurs « seront des modèles de ce que c’est de « chanter les uns aux autres” – avec le contact visuel, la chaleur, la joie, et la conviction. »23

3. L’assemblée

Nous connaissons une dame qui a près de 90 ans. Sa mémoire ne fonctionne plus très bien et elle a parfois du mal à entendre le prédicateur. Mais lorsqu’elle chante (et qu’est-ce qu’elle aime chanter !) elle incarne nos trois buts. Les paroles bibliques l’aident à se souvenir de l’Évangile, elle encourage les autres membres de son Église par sa joie évidente et elle adore très clairement Dieu.

En tant que membre de l’assemblée, vous avez aussi un rôle à jouer pour que notre triple but soit atteint. D’abord, concentrez-vous sur les paroles et ne vous laissez pas emporter par la musique seule. Ne choisissez pas une Église sur la base du style de musique. Pensez à édifier les autres membres dans votre manière de chanter, et à vous laisser édifier par les paroles et par l’assemblée.
Et émerveillez-vous devant le Dieu de la grâce. Quelle importance est accordée au chant, en ce qu’il peut nous faire connaître et expérimenter toute la glorieuse richesse du message de Christ !
Comme le fait remarquer Bob Kauflin à propos du chant communautaire, « nous voulons que chacun parte en proclamant : C’est l’Evangile de Jésus-Christ qui compte. »24

BIBLIOGRAPHIE

  • CARSON, Donald A., sous dir., Worship by the Book, Grand Rapids, Zondervan, 2002, 256 p.
  • DEVER, Mark, et ALEXANDER, Paul, L’Église intentionnelle, tr. de l’anglais (The Deliberate Church, 2005) par Lori VARAK, Lyon, Clé, 2007, 254 p.
  • GETTY, Keith & Kristyn, Chantons ! : Comment transformer notre vie, notre famille et notre Église par la puissance de l’adoration, trad. de l’anglais (Sing!: How Worship Transforms Your Life, Family and Church, 2017) par Loanne PROCOPIO, Trois-Rivières [Québec], Cruciforme, 2018, 172 p.
  • KAUFLIN, Bob, Worship Matters, Wheaton, Crossway, 2008, 304 p.
  • KENDRICK, Graham, Worship, Eastbourne, Kingsway, 1984, 214 p.
  • KUEN, Alfred, Renouveler le culte, St-Légier, Emmaüs, 1994, 248 p.
  • PERCIVAL, Philip, Then Sings My Soul, Rediscovering God’s Purposes for Singing in Church, s. l., Matthias Media, 2015, 156 p.
  • PETERSON, David, En Esprit et en vérité, Théologie biblique de l’adoration, tr. de l’anglais (Engaging with God, 1992) par Pierre COLEMAN et Christophe PAYA, Charols, Excelsis, 2005, 341 p.
  • ROBERTS, Vaughan, True Worship, Milton Keynes, Authentic Media, 2002, 106 p.
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  1. La plupart des chants mentionnés dans cette section sont disponibles dans les recueils J’aime l’Éternel de Jeunesse en Mission (JEM).
  2. Corinne LAFITTE, Que ces lieux soient visités (JEM 647), Corinne Lafitte, 1998.
  3. Mady RAMOS, J’entre dans tes portes (JEM 428), Mady Ramos, s. d.
  4. Nolene PRINCE, Saint est le Seigneur (JEM 206), Scripture in Song / Integrity’s Hosanna! Music / LTC, 1972.
  5. Craig MUSSEAU, Je veux chanter un chant d’amour (JEM 626), Mercy Publishing / Universal / LTC, 1991.
  6. Geoff MOORE, Entends mon coeur (JEM 570), Mercy Publishing / Universal / LTC, 1977.
  7. Stuart TOWNEND et Keith GETTY, En Jésus seul (JEM 1004), Kingsway’s ThankYou Music / LTC, 2001.
  8. Sylvain FREYMOND, Pardon, Seigneur, pardon (JEM 642), Sylvain Freymond, 1998.
  9. William-Howard DOANE, À Dieu soit la gloire (JEM 070), Editions Je sème, s. d.
  10. Rolf SCHNEIDER, À toi l’honneur (JEM 726), Rolf Schneider, 2005.
  11. F.-A. GRAVES, Attaché à la croix (JEM 127), Editions Joie de Vivre, s. d.
  12. Graham KENDRICK, Tu es venu jusqu’à nous (JEM 553), Make Way Music / Kingsway ThankYou Music / LTC, 1983.
  13. Vikki COOK, Devant le trône (JEM 739), PDI Praise / Copycare France, 1997.
  14. Keith GETTY et Stuart TOWNEND, O puissance de la croix (Montre-moi l’aurore) (JEM 1062), ThankYou Music/LTC, 2005.
  15. Jonathan BAIRD, Meghan BAIRD, Ryan BAIRD et Stephen ALTROGGE, Notre Dieu, Sovereign Grace Worship (ASCAP) / Sovereign Grace Praise, 2011.
  16. KUEN, op. cit., p. 183.
  17. Mark DEVER et Paul ALEXANDER, L’Église intentionnelle, tr. de l’anglais (The Deliberate Church, 2005) par Lori VARAK, Lyon, Clé, 2007, p. 127.
  18. George Job ELVEY, À l’Agneau sur son trône (JEM 518), Domaine public, s. d.
  19. Thomas John WILLIAMS, Torrents d’amour et de grâce (JEM 072), Domaine public, s. d.
  20. David DURHAM, Comme un phare dans la nuit (JEM 391), David Durham, 1993.
  21. Matt et Beth REDMAN, Béni soit ton nom (JEM 732), Kingsway Communications Ltd / LTC, 2002.
  22. Haldor LILLENAS, Ô grâce merveilleuse (JEM 076), Hope Publishing / CopyCare France / LTC, s. d.
  23. PERCIVAL, op. cit., p. 120 (notre traduction).
  24. KAUFLIN, op. cit., p. 130 (notre traduction).