Brian Russell-Jones sur « Jésus, la Bible et moi » (Le Maillon, 1989)

[Brian Russell-Jones (1932-2000) ; directeur 1995-1998.]

Dans cet article écrit dans le cadre d’une rubrique « Pâques » du Maillon, la confiance de M. Russell-Jones dans les Ecritures transparaît, et pas simplement pour ce qui concerne la théorie…

« J’ai besoin d’un miracle, maintenant » s’exclamait mon ami.  J’aurais voulu satisfaire à sa requête car il était en proie à des problèmes insolubles, et pour lui et pour les médecins.  Il souffrait à la fois du « stress » dans le domaine professionnel et de l’incompréhension de ses proches.  Il fallait que tout change, mais le Dieu en qui il croyait ne semblait pas faire grand-chose !

Accablé de tous côtés, il s’était effondré psychologiquement.  Il devait bientôt se faire hospitaliser pour suivre un traitement qui le mettait à l’abri des contraintes sans plus.

Oui, même les fidèles sont éprouvés à un point tel qu’ils se demandent pourquoi Dieu permet ces problèmes et lui réclament des miracles pour remettre les choses en place.

L’histoire de Pâques montre deux disciples perplexes, effrayés, attristés par la crucifixion qui leur paraissait être le triomphe total et ultime du mal.  Comment ranimer leur foi ? Ne leur fallait-il pas une apparition surnaturelle du Ressuscité, « brillant de lumière », dissipant ainsi le brouillard de leur confusion et de leur désarroi ?  Or, c’est justement l’intervention spectaculaire qui manque ou qui se fait attendre, jusqu’à ce qu’une tout autre perspective leur apporte la sérénité.  Certes, « Jésus s’approcha et fit route avec eux », mais c’est un Jésus déguisé en compagnon de route ordinaire.  Il ne se fait pas connaître ; au contraire, avec un humour inattendu, il leur pose des questions quant au déroulement des évènements comme s’il en était ignorant – lui qui avait joué le rôle principal !

Ce sont pourtant ces questions-là qui leur permettent d’extérioriser leur déception : « Nous espérions (sous-entendu, nous ne l’attendons plus) que ce serait lui qui délivrerait Israël ».  Jésus, par cette « interrogation » préliminaire fait aussi face à leurs craintes.

Ensuite, Jésus les entraîne dans un survol de l’Ancien Testament depuis la Genèse jusqu’à Malachie : « … commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ».  Ces disciples avaient certainement leurs passages préférés, surtout ceux qui traitaient du triomphe final du Messie sur tous les adversaires de son peuple Israël. Mais ils avaient sauté les passages montrant que : « … le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte… ? »

Leur vrai problème se situait, non pas au niveau des évènements, mais au niveau de leur perception, de leur compréhension ou plutôt de leur incompréhension des évènements.  La crucifixion était une victoire, et non une défaite !

« Si vous saviez cela » leur dit Jésus en quelque sorte, « vous seriez dans la joie au lieu de broyer du noir !… et vous auriez dû le savoir, l’Ancien Testament en a parlé avec précision ».

« Hommes sans intelligence et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! »

Et nous !  Nous sommes si souvent découragés, et la vraie cause de ce découragement n’est pas l’évènement fâcheux qui vient de nous décevoir, mais notre manque de connaissance et de compréhension des voies de Dieu telles que les Ecritures les démontrent.  Nous réclamons des miracles ; Dieu veut que nous plongions les regards dans Sa Parole pour avoir par la suite une tout autre perspective de la vie.  Bref, il nous faut quelques cours d’Institut Biblique, cours sur les attributs de Dieu tels la fidélité, la souveraineté et l’amour.

Cette leçon assimilée en cours de route, a transformé en joie la tristesse de ces deux disciples comme l’attestent leurs paroles : « notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous lorsqu’Il nous parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures ? »

La révélation en douceur du Ressuscité par l’initiation biblique n’était que la confirmation merveilleuse de ce qu’ils croyaient déjà.  Ils ajoutèrent simplement foi aux promesses de Dieu.  Or, c’est la lecture, l’écoute, la méditation de la Parole qui nous mettent immanquablement en présence du Christ ressuscité.  Sa disparition ne les déçut pas, car il leur donnait, et il nous donne rendez-vous dans le Livre qui parle de Lui.

« J’ai besoin d’un miracle, maintenant ».  Que répondre ?  Suivant l’exemple de Jésus qui, sur la route d’Emmaüs, attira l’attention sur les Ecritures plutôt que d’épater les regards, je glissai un petit commentaire biblique à mon interlocuteur.  Il l’accepta plus par politesse que par désir ; son regard semblait dire, « encore des paroles quand il me faut des actes ».

Le Parole biblique agit en son temps.  Quelques mois plus tard, j’entends la voix de mon ami qui me passe un coup de fil pour me dire qu’à travers la lecture des passages indiqués dans le commentaire, le Ressuscité s’était approché de lui.   Dès lors, son cœur s’était mis à brûler au-dedans de lui.

Joyeuses Pâques !!!