Ce que le cancer m’a enseigné

Pour reprendre les mots d’une amie : il y a ces événements qu’on ne choisit pas. « C’est évident ! », pensez-vous peut-être. Toutefois, on peut vite oublier que la vie se déroule rarement comme on l’avait prévu, et se laisser surprendre par l’imprévu. En ce qui me concerne, passer par un cancer du sein à 31 ans entre dans cette catégorie. Il y aurait beaucoup à partager sur cette expérience, mais je me limiterai à une sélection d’observations et de conseils basés sur mon vécu, tout en visant l’utilité au plus grand nombre. Ce faisant, j’espère non seulement encourager les chrétiens confrontés à cette maladie, mais également inviter tout un chacun à réfléchir à la manière d’appréhender ce type d’épreuve. 

Face à l’épreuve, une relation intime avec Dieu et une théologie solide font la différence. Jésus-Christ illustre ce principe par la parabole du fou et du sage qui construisent leurs maisons (c.-à-d. leurs vies) sur le sable (la folie) ou le roc (la Parole), avec des résultats opposés quand la tempête (l’épreuve) arrive : l’une s’effondre, l’autre tient (cf. Matthieu 7.24-27). Une relation intime avec Dieu nous encourage à lui faire confiance malgré ce que les circonstances pourraient nous faire croire, et une théologie bien formée nous aide à combattre les doutes et les fausses doctrines1. 

Quand les médecins m’ont annoncé que j’aurais une ablation totale du sein, 1 Corinthiens 15 m’est venu en tête. Savoir que Dieu allait me ressusciter dans un nouveau corps m’a immédiatement aidée à appréhender cette nouvelle. Mon corps actuel est mortel, faillible et temporaire. Il ne va pas vers un mieux, mais la décomposition. À la résurrection, Dieu me donnera un corps infaillible et éternel. Cette vérité changeait tout.

Il est donc tout à fait recommandé de se préparer aux difficultés en amont. Pourquoi ?

1. On passe tous par des épreuves (ça n’arrive pas qu’aux autres, même, dans le cas du cancer, quand
on est jeune et a priori en bonne santé !).

2. On ne sait jamais quand elles arriveront. Il faut être prêt.

Je suis malade, mais toujours moi-même. Le rapport entre notre identité et la maladie constitue un autre sujet qu’il me semble important d’aborder. Premièrement, ce n’est pas parce que je suis malade que je deviens inutile. C’est Dieu qui prépare nos bonnes œuvres à l’avance (Éphésiens 2.10). On a parfois une conception relativement précise (voire restreinte) de la façon dont il devrait nous utiliser dans son plan. Mais toute épreuve (ou nouvelle expérience) nous permet d’accéder à une compréhension ou des personnes difficilement atteignables auparavant. Pour ma part, j’ai dû revoir à la baisse mes ambitions de service à l’Eglise alors que j’avais justement réorganisé mon agenda pour m’y engager davantage. Cependant, quand mon médecin m’a proposé de « témoigner » de mon expérience devant deux auditoires d’étudiants en médecine, la providence de Dieu m’a tout simplement estomaquée !

Deuxièmement, je ne perds pas ma valeur si je n’ai plus la force de servir. On peut se sentir restreint dans son champ d’action (temps passé à l’hôpital, baisse d’énergie, etc.), mais être chrétien ne consiste pas à « faire » en premier lieu (malgré l’accent très – parfois trop – fort mis sur le service dans nos milieux). En effet, puisque fondée sur l’œuvre du Christ et non la nôtre, notre identité ne dépend pas de nos possibilités (Éphésiens 1.4-6 ; 1 Pierre 1.5 ; Jean 10.28).

Il me reste cependant un rôle à jouer. À commencer par la prière (1 Thessaloniciens 5.17). Vous avez peut-être entendu des témoignages de chrétiens alités, parfois des années durant, qui ont utilisé ce temps pour prier et ont ainsi engendré de grandes avancées pour le Royaume depuis leur lit !

J’aimerais également souligner les points suivants :

▪ Choisir de croire, en dépit des circonstances et de notre ressenti – croire que Dieu est entièrement bon, fidèle, juste, aimant, puissant, souverain… et que sa Parole dit vrai (Jean 17.17).

▪ Accepter que notre vie ne nous appartient pas (ou « lâcher prise »). Elle appartient (heureusement !) au créateur et juge de l’univers, qui est aussi notre Père (et qui possède toutes les qualités évoquées ci-dessus). Au final, c’est son plan, sa volonté qui se réalise, même si l’on n’en comprend pas tous les tenants et aboutissants (Proverbes 16.1 ; Ésaïe 55.8-9).

▪ Accueillir l’action de l’Esprit en nous. Dieu utilise les épreuves pour nous transformer. De plus, la lutte contre le péché ne s’arrête pas dans la maladie, et elle n’est pas un « pass » pour excuser notre attitude. Le Saint-Esprit ne se privera pas de l’occasion pour travailler à l’ancrage de certaines des vertus nécessaires à notre sainteté (telles que le fruit de l’Esprit en Galates 5.22-23) ; pour augmenter notre dépendance à lui, notre reconnaissance (cf. dernier point), notre empathie, ou encore pour nous enseigner à crier au Père d’une manière sainte… Toutes ces œuvres sont glorieuses et lui appartiennent. Notre rôle est de les accepter, de céder à son œuvre en nous (Romains 6.13 ; Éphésiens 4.30 ; 1 Thessaloniciens 5.19). Et cela est tout aussi cher au cœur de Dieu que notre service quotidien2. 

▪ Pour finir, je vous exhorte à développer votre résilience par la reconnaissance. C’est en fait un exercice à réaliser au quotidien (1 Thessaloniciens 5.18). La reconnaissance permet de ne pas sombrer dans le désespoir, car, en tant que chrétiens, nous avons toujours des raisons de remercier Dieu — donc de nous réjouir et d’espérer avec confiance et paix. En effet, même dans la maladie, notre nom reste inscrit dans le livre de vie pour l’éternité, tandis que l’épreuve aura une fin (Luc 10.20b ; 1 Corinthiens 15.573). ◼

  1. Je pense, par exemple, à l’idée qu’une maladie serait forcément l’expression d’une punition divine pour un péché particulier, ou bien l’idée que Dieu devrait logiquement nous accorder la guérison ici-bas parce qu’il est bon ou si l’on a suffisamment de foi.
  2. Au regard de 1 Corinthiens 13 (considéré dans son contexte), force est de constater que le caractère prime par rapport à l’exercice des dons.
  3. La victoire dont il est question dans ce passage est celle sur le péché et ses conséquences, en particulier la mort physique. Elle aura lieu au moment de la résurrection finale, au retour de Jésus-Christ. Je recommande vivement la lecture et la méditation de l’entièreté de ce chapitre.