Comment participer à la construction de la nouvelle Jérusalem

Encouragement pour nos projets d’évangélisation à partir d’une source inattendue (Néhémie 3)

Ce texte correspond essentiellement à une courte prédication apportée à l’intention des étudiants quelques jours avant une récente semaine d’évangélisation de l’Institut. 

Le mur de Donald Trump : certains n’y croyaient pas, et il est vrai que débloquer les fonds n’a pas toujours été facile, mais la construction se poursuit.  On pourrait débattre de l’utilité de construire ce mur.  Mais on ne pourrait pas débattre de cette réalité-ci : il y a eu un moment dans l’histoire divine où la construction d’un mur était d’une importance capitale.  Nous voici au 5e siècle avant J.-C. à Jérusalem.  Et construire cette muraille – ou la reconstruire, la réparer –, c’était s’engager dans l’œuvre de Dieu.

Je vous invite à lire Néhémie 3,1-32.

Je n’ai pas été présent, mais il y a quelques années, au cours d’une rencontre chrétienne, des prières ont été prononcées sur la base de ce chapitre.  D’après ce qui m’a été rapporté, un responsable d’Eglise a prié approximativement ainsi : « Notre Dieu, notre Père, merci pour cette muraille.  Merci pour la porte des brebis, parce qu’elle nous rappelle le fait que nous sommes des brebis et que Jésus est notre bon berger.  Merci pour la porte des poissons, parce que cela nous rappelle le fait que nous sommes appelés à être des pêcheurs d’hommes.  Merci pour la porte des fumiers, … même si … là … je ne sais pas trop pourquoi elle est là… »

Ce qui est appréciable dans cette prière, c’est que le responsable d’Eglise savait que Néhémie 3 fait partie des Ecritures chrétiennes et doit avoir une portée pour nous chrétiens du 21e siècle.  Mais quelle portée ?

1.     Une réalité que nous devrions chérir

Eh bien, cette muraille est une maquette en quelque sorte qui anticipe sur quelque chose de plus grandiose et glorieux.  Certes, nous sommes de retour de l’exil babylonien – pour certains en tout cas.  Mais ce nouveau départ pour les Israélites n’est pas fameux.  Ecoutez ce que le prophète Esaïe avait promis (Es 54,11-15) :

Malheureuse, battue par la tempête,
toi que personne ne console !
Je garnis tes pierres de stuc,
et je te donne des fondations de lapis-lazuli ;
je ferai tes créneaux de rubis,
tes portes d’escarboucles
et toute ton enceinte de pierres précieuses.
Tous tes fils seront disciples du SEIGNEUR,
et la paix de tes fils sera abondante.
Tu seras affermie par la justice ;
tiens-toi loin de l’oppression
— tu n’auras plus peur —
et de la terreur
— elle n’approchera plus de toi.
Si l’on t’attaque,
cela ne viendra pas de moi ;
quiconque t’attaquera
tombera à cause de toi.

Ces promesses ne se réalisent pas dans Néhémie 3.  En effet, trois versets plus loin que notre lecture, au verset 35, l’un des adversaires parle ainsi : « Si un renard s’élance, il fera une brèche dans leur muraille de pierres ».  Des propos d’autant plus blessants qu’ils comportent sans doute une particule de vérité – de même que le nouveau temple est suffisamment décevant pour provoquer des larmes (Esd 3,12) et pour être considéré comme « rien » (Ag 2,3).

Dans Néhémie 3, nous sommes dans le domaine des ombres.  Et grâce à la révélation du Nouveau Testament, nous croyants de la nouvelle alliance pouvons comprendre que cette maquette, cette ombre, cette image pointe vers une réalité extraordinaire – celle de la nouvelle Jérusalem glorieuse.  Celle-ci est un endroit exempt de tout adversaire, une cité de paix, une ville où la sécurité est garantie – et cela à tout jamais.  Et l’un de nos réflexes en lisant un passage tel que Néhémie 3 devrait être de nous projeter dans l’accomplissement que ce passage présage.  Nous observons dans ce passage la main de Dieu à l’œuvre à ce stade de l’histoire du salut, et c’est remarquable, c’est passionnant, c’est encourageant – et pourtant pas suffisamment pour qu’on soit satisfait.  On sait qu’il y a quelque chose de plus remarquable, de plus passionnant, de plus encourageant qui doit venir – la nouvelle Jérusalem ; la cité fondée par Dieu (Hé 11) ; la cité qui est tantôt présentée comme correspondant à un nouveau cosmos (Hé 11 ; Ap 21), tantôt présentée comme correspondant à un peuple parfait (Ap 21) – la ville sainte, l’épouse aimée de Dieu, qui descend du ciel ; un peuple qui réunit des personnes issues de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue (Ap 7) ; un peuple caractérisé par l’adoration de Dieu et de l’Agneau.  Ce n’est pas ici-bas, dans ce monde-ci, que nous pourrions avoir une cité qui demeure, mais nous cherchons celle qui est à venir (Hé 13).

Et pourtant, en même temps, nous appartenons déjà à la nouvelle Jérusalem – cela dans les lieux célestes, par la foi en Christ (Hé 12).  Il en va de même pour chaque nouveau converti : il se tourne vers Dieu dans la repentance ; il est gracié par la mort de Jésus-Christ à sa place ; il se joint à cette nouvelle Jérusalem.  La semaine prochaine, si Dieu œuvre pour le salut de certains par la puissance de son Evangile, il sera en train de construire sa nouvelle Jérusalem.  Et nous participons à cette œuvre de construction.  Les Eglises locales sont de petites antennes terrestres, et avant l’heure, de la cité à venir.  Et tant que nous serons vivants, et tant que le Seigneur ne reviendra pas, nous sommes engagés dans des projets de construction – Ephésiens 4,7-16 – au sein d’Eglises locales.  Nous mettons nos dons à l’œuvre pour l’édification du corps du Christ pour promouvoir la gloire du Christ.  Au fond, c’est le ministère de la parole qui permet que l’Eglise soit bâtie et que les divers dons de tout le corps soient exploités pour la croissance de tout le corps.  La semaine prochaine, nous allons prêter main forte à des projets de construction au sein de quatre Eglises locales.  Nous serons en train d’investir pour l’éternité : nous n’allons pas regretter cela.  Et je vous encourage à chérir la réalité de nous trouver dans l’accomplissement de Néhémie 3.

Je n’ai pas dit « accomplissement final ».  Car la semaine prochaine nous serons encore en présence du péché – et pas seulement chez les autres…  Lors de la concrétisation finale de la nouvelle Jérusalem, rien d’impur ne pourra y entrer (Ap 21)… alors que, même dans notre cœur régénéré, le péché subsiste.  Et là, le livre de Néhémie nous aide en nous fournissant une attitude que nous devrions éviter…

2.     Une attitude que nous devrions éviter1

Nous lisons le livre de Néhémie, et nous sommes frappés par l’échec au plan moral des Israélites.  C’est particulièrement flagrant à la fin du livre.  Tous les engagements rompus : en matière de mariage, de sabbat, de temple (comparer le chapitre 10 avec le chapitre 13).  Et cela nous stimule à vouloir faire mieux.  C’est vrai aussi dans notre passage.  J’attire votre attention sur le verset 5 : « à côté d’eux travaillèrent les Teqoïtes, dont les princes ne se soumirent pas au service de leur maître. »  On pourrait glisser sur cette information comme si elle était anodine.  Mais rien n’est mal placé dans la parole de Dieu, et ces principaux – ces notables, ces nobles – se démarquent des autres.  Ils ne vont pas accepter des emplois qui seraient indignes d’eux.  Voilà une attitude à éviter alors que nous sommes engagés dans l’œuvre de Dieu. Mais je dois dire que je prêche des convertis.  Je me sens comme l’apôtre Paul qui donne une exhortation et précise immédiatement après : « comme vous le faites déjà » (1 Th 5,11).  Il y a des personnes dans cette salle qui ont des dons remarquables ou un rang élevé dans l’Eglise locale, mais il ne leur vient même pas à l’esprit de considérer la vaisselle comme étant indigne d’elles.  Le fait que vous prenez les tâches matérielles à l’Institut au sérieux est très bon signe.  Année après année, après la semaine d’évangélisation, nous nous disons en Conseil académique et pastoral : « quel esprit de service au sein des équipes ! »  La semaine prochaine, il se peut que tu sois placé à la porte des fumiers pour ainsi dire.  Accepte cela.  Voici le genre d’attitude qu’on ne voudrait pas rencontrer : « Pourquoi est-ce X dans l’équipe, qui est plus jeune que moi, est invité à apporter un message alors qu’on me demande d’être à la sono ou de prendre des photos ou de balayer la salle… Je suis tout aussi doué que lui, plus expérimenté que lui, plus mûr que lui… »  Non : il faudrait penser aux « notables » parmi les Teqoïtes et à leur contre-exemple.

A vrai dire, dans Néhémie 3, nous sommes surtout en présence de bons exemples – les prêtres notamment.  Oui : malgré le fait que nous nous trouvons dans le domaine des ombres, ce passage expose un modèle à suivre.  Comment cela ?

3.     Un exemple que nous devrions suivre

Plusieurs observations s’imposent à cet égard.  D’abord, toutes sortes de personnes mettent la main à la pâte.  Jetez un œil au verset 12 : « A côté d’eux travailla Shalloum, fils de Lohesh, chef de la moitié du district de Jérusalem, avec ses filles ».  On n’entend pas les filles en train de se dire : « Je ne pourrais pas participer à la construction, parce que je n’ai pas toutes les forces qu’ont ces gars-là. »  Au contraire, voici ce que les Réformateurs appelaient le « sacerdoce universel ».  La tête ne dit pas aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous » (1 Co 12).  La semaine prochaine, l’orateur ne dira pas à celui qui distribue les dépliants : « Je n’ai pas besoin de vous ».  En effet, deuxièmement, remarquons la coopération et le travail d’équipe : sur le pourtour du mur, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, nous lisons, « à côté de lui », « à côté d’eux », « à côté d’eux »…  Troisièmement, considérons le souci de l’autre, le service de l’autre, la vie tournée vers l’autre : verset 2, les hommes de Jéricho ne sont pas des hommes de Jérusalem, mais ils servent Jérusalem – vous pouvez noter le verset 7 et le verset 13 aussi.  Quatrième considération à titre d’exemple à suivre : le zèle (v. 20 : « avec ardeur »), l’application ou le travail supplémentaire (v. 27 comparé avec le v. 5).  Samedi soir, nous serons épuisés et en train de rêver à la perspective de dormir.  Nous aurons déjà passé des heures à annoncer l’Evangile.  Mais nous nous disciplinerons pour aller jusqu’au bout de la vaisselle.  Nous nous retrousserons les manches. Ensemble.  Et, par conséquent, il ne sera plus question de la règle 80/20 – 80 pour cent du travail effectué par 20 pour cent des personnes…  Non : nous mettrons cette règle à mort.

Mais l’œuvre de la construction de l’Eglise du Christ n’est pas facile – et surtout en ce qui concerne l’évangélisation. Effectivement, l’opposition est mise en relief du fait d’encadrer notre passage – il faudrait lire 2,19 et 3,33-35.  Dans mon expérience de nombreuses précédentes semaines d’évangélisation, l’opposition est palpable chaque année, même si elle provient souvent de personnes se disant croyantes et non seulement des personnes dans le monde.  Comment faire ?  Eh bien, comme dans l’encadrement de ce passage, il y a une dépendance que nous devrions cultiver…  Une dépendance à l’égard de Dieu…

4.     Une dépendance que nous devrions cultiver

Notons quatre textes dans le contexte immédiat précédent et suivant : 2,18 ; 2,20a ; 3,36a ; 4,3.  L’œuvre de construction est accomplie par le « Dieu des cieux » – le Dieu souverain.  Il se sert d’instruments comme nous, mais, justement sa « bonne main » doit être sur nous.  Et la façon d’exprimer cette dépendance à l’égard de Dieu, c’est par la prière et en restant fidèle à son Evangile.  L’opposition nous obligera à nous mettre à genoux dans la prière – comme pour Néhémie.  Et nous saurons ainsi ceci : la valeur éternelle de notre travail de la semaine prochaine n’est pas à attribuer à nos dons.  L’un des privilèges de la semaine d’évangélisation, c’est de découvrir vos dons qui ne se voient pas en salle de cours.  Tel étudiant invite X à un événement d’évangélisation ; X vient.  Je ne sais pas comment il fait.  Si, si : il a reçu un don de la part de Dieu.  L’étudiant en question n’a pas le réflexe de s’auto-glorifier lorsqu’il donne son témoignage et quelqu’un se convertit.  C’est l’œuvre de la bonne main de Dieu : Dieu choisit de se servir de son instrument (cet étudiant) qui proclame fidèlement son Evangile à titre de réponse à des prières prononcées à son intention.  Voilà la dynamique.  Toute autre approche de construction ne vaut pas grand-chose.  1 Corinthiens 3 : que chacun prenne garde à la manière de bâtir – la qualité de notre travail sera éprouvée par le feu.

Mais, justement – 1 Corinthiens 3 – nous sommes ouvriers avec Dieu dans la tâche – quel privilège !  Participer à la construction de la nouvelle Jérusalem !  Laissons-nous inspirer par ce chapitre la semaine prochaine : retroussons nos manches ensemble pour nous lancer dans le travail de Dieu vers lequel ce chapitre pointe – le travail de Dieu en faveur de la nouvelle cité glorieuse –, cela pour la gloire du Christ.

  1. Pour des éléments de cette partie et la suivante, nous reconnaissons notre dette envers D. Ralph DAVIS dans un document qui était disponible sur le site de la Gospel Coalition mais semble ne plus l’être.