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Dieu, le débat essentiel (T. KELLER)

Timothy KELLER, Dieu, le débat essentiel, Une invitation pour les sceptiques, tr. de l’anglais (Making sense of God: An invitation to the skeptical, 2016) par Jonathan CHAINTRIER, Lyon, Editions Clé, 2019, 457 p.

Ce nouveau livre du pasteur Timothy Keller nous fait entrer dans la vision du monde caractérisant la société occidentale actuelle, c’est-à-dire séculière ou sans Dieu. C’est déjà une bonne raison de lire ce livre. Il nous permet de mieux comprendre les rouages des modes de pensée de beaucoup de personnes autour de nous. Certaines auront mûri leur réflexion, d’autres seront moins conscientes des raisons pour lesquelles elles croient ce qu’elles croient. Mais pour nous, en tant que chrétiens, c’est notre responsabilité non seulement d’acquérir une vision du monde nourrie de la parole de Dieu en étant « renouvelés dans l’intelligence » (Rm 12,2), mais aussi de rendre compte de cette espérance à ceux que nous côtoyons (1 P 3,15). Cela nécessite de pouvoir bien communiquer en particulier avec des hommes et des femmes marqués par la pensée matérialiste, qui rejettent toute transcendance.

Après avoir présenté son projet dans la préface et défini les contours de sa contribution, Keller aborde le dialogue avec les athées en trois grandes étapes. Dans les deux premiers chapitres, il démontre que le matérialisme est au moins autant un acte de foi que le christianisme. Il montre de manière convaincante, à mon avis, que la charge de preuve ne repose pas que du côté de la foi chrétienne.

Dans une deuxième partie, Keller passe au test de grands questionnements de l’existence humaine : la souffrance, notre recherche de sens et de satisfaction, la liberté et nos choix, notre identité, notre espérance quant à l’avenir, la recherche de vérité à propos de ce qui est bon ou mauvais. Avec chacun de ces sujets, il fait ressortir les incohérences des sceptiques, le manque de preuve et d’appuis de certains de leurs arguments principaux. Keller le fait posément. Le ton n’est pas acerbe. Les points de vue sont abondamment étayés par des citations d’auteurs et penseurs. De plus Keller parle avec sa longue expérience personnelle dans ces types de débats (p. 7). Dans ces chapitres centraux, il s’attache également sur chaque sujet à présenter les arguments en faveur du christianisme. La façon dont l’Evangile, le message central de la Bible, vient éclairer toutes ces questions existentielles est régulièrement exposée (p.ex., p. 95 ; 132-133 ; 158-162 ; 282-288).

Enfin, dans sa troisième partie, Keller conclut en deux chapitres et un épilogue. Il explique comment le christianisme biblique apporte des réponses plus satisfaisantes à ces questions que les autres systèmes de pensée. Croire en Dieu, et en Jésus comme étant celui qui l’a le mieux fait connaître, explique mieux le monde dans lequel nous nous trouvons que le matérialisme.

Il y a d’abondantes notes de bas de pages reportées à la fin : 113 pages. J’étais content de recevoir le livre avec un marque page ! Je suis allé lire à chaque fois les notes finales. Mais cela coupe trop souvent la lecture. Je crois qu’une meilleure façon de procéder serait de rester dans le texte principal et de revenir aux notes, par ailleurs fort intéressantes généralement, si on veut creuser l’un ou l’autre chapitre1.

Ce livre n’est pas un outil clef en main pour une discussion qui pourrait avoir lieu demain avec vos collègues ou voisins. Si vous voulez l’offrir à quelqu’un (après l’avoir lu, bien sûr), il vaudra mieux penser à des personnes qui sont à l’aise avec des concepts. Même si des témoignages et des histoires illustratives viennent régulièrement l’appuyer, le déroulement des arguments reste assez dense. Pourquoi ne pas l’offrir à votre prof de philo au lycée (ou à l’équivalent en dehors de la France), ou à des amis étudiants (en se fixant des rendez-vous pour discuter de chaque chapitre autour d’un verre ?). Ce livre pourrait être précieux pour préparer une série de rencontres dans votre Eglise autour des questions existentielles abordées dans la deuxième partie. Il peut aider à préparer des soirées de discussion dans lesquelles on peut inviter des amis et collègues. Dans ce cas, rechercher et mentionner quelques références culturelles francophones seraient un plus. Beaucoup d’auteurs cités par Keller sont connus dans le monde anglophone mais pas spécialement de ce côté-ci de l’Atlantique.

La lecture de ce livre m’a rappelé qu’il y a beaucoup de sujets de conversation dans nos vies quotidiennes qui touchent aux fondements de notre vision du monde. Pour quelqu’un qui sera capable de faire le lien entre les pensées de fond exposées dans ce livre et une discussion autour d’un café avec un ami qui doute de l’existence de Dieu, il sera possible d’amener le débat plus loin, de poser de bonnes questions révélant que les fondements de la pensée séculière moderne ne sont pas si solides qu’ils ne paraissent. Tout cela, je le souhaite, pour que le message de l’Evangile soit annoncé.

  1. NDLR : petit plaidoyer à l’intention des éditeurs en général : serait-il possible d’afficher les notes en bas de page et non en fin d’ouvrage ?