La discipline d’Eglise (Jonathan Leeman)

Jonathan LEEMAN, La discipline d’Eglise, L’importance de protéger la réputation de Jésus-Christ et de son Eglise, tr. de l’anglais (Church Discipline, 2012) par Janice MARCOUX HOULE, 9Marks, Trois-Rivières [Québec], Cruciforme, 2018, 190 p.

L’exercice de la discipline au sein de nos Eglises de l’Europe francophone n’est sans doute pas au goût du jour.  Rien qu’aborder ce sujet requiert parfois un certain courage.  On comprend que la lecture d’un livre traitant de cette question risque de ne pas être une proposition motivante.  Mais je n’hésite pas à encourager tout pasteur, ancien, membre du consistoire et autre responsable d’Eglise locale à profiter de ce court ouvrage pour qu’ils soient outillés pour comprendre ce qu’est la discipline d’Eglise et quand et comment la mettre en pratique – cela pour « protéger la réputation de Jésus-Christ et de son Eglise » (sous-titre).

Il est vrai que ce livre n’expose pas pleinement les raisons pour lesquelles l’exercice de la discipline devrait faire partie de l’ADN de nos communautés.  A ce titre, il ne remplace pas (par exemple) les pages1 de la Théologie systématique de Wayne Grudem qui abordent ce sujet.  Mais dès l’entrée en matière, Leeman explique pourquoi pratiquer la discipline est un entraînement de l’Evangile lui-même, et le lecteur saisit aisément pour quelles raisons les exigences bibliques dans ce domaine sont appréciables : on voudrait faire partie d’une Eglise qui « donne envie », la discipline ecclésiale démontrant l’amour pour les personnes concernées, pour l’Eglise dont on voudrait protéger les brebis, pour le monde qui est témoin de « la puissance transformatrice de Christ » et pour le Christ lui-même (p. 32).  Vers la fin du livre, dans une section qui exhorte les responsables d’Eglise à instruire l’assemblée en matière de discipline ecclésiale à titre préventif, l’auteur revient sur l’importance de l’Evangile : « Pour que ce concept de la discipline ecclésiale paraisse un tant soit peu sensé aux membres d’une Eglise, ils doivent d’abord acquérir une compréhension solide de l’Evangile et de ce que signifie être chrétien… » (p. 163).

L’auteur explique bien comment les deux passages-phare dans Matthieu 18 et 1 Corinthiens 5 sont compatibles l’un avec l’autre : « Paul débute avec la présupposition d’un refus de se repentir.  La procédure de Jésus a pour but de déterminer si une personne refuse fermement de se repentir ou pas… » (p. 78).  Mais Leeman ne se contente pas de considérer ces deux passages : il se donne pour but d’établir un cadre théologique plus large permettant aux responsables d’Eglise d’être équipés face à toutes sortes de cas de figure.  Ce n’est pas qu’il propose des algorithmes qu’on applique aveuglément à ces cas : il reconnaît bien la complexité des diverses circonstances auxquelles on peut être exposé, ainsi que l’importance de la prière et de la recherche de la sagesse selon les cas.  Cela dit, l’auteur illustre comment le cadre théologique a été appliqué à toute une gamme de cas particuliers : l’adultère, la personne aux prises avec une dépendance, le membre absent, le « roseau cassé », le membre qui démissionne subitement, le non-membre assidu qui provoque des divisions (pour ne citer que certains titres de chapitre).  Il est appréciable que le lecteur puisse ainsi bénéficier de l’expérience d’Eglises qui prennent depuis longtemps la discipline ecclésiale au sérieux.  La question de la réintégration d’un frère ou d’une sœur, mis(e) sous discipline mais repentant(e), est également traitée (qu’en est-il, entre autres, lorsque le frère ou la sœur change d’Eglise ?)

Est-ce que l’auteur va parfois au-delà des Ecritures ?  Les informations bibliques explicites en matière de discipline ecclésiale ne sont pas amples, et le lecteur aurait pu souhaiter que quelques propos, non étayés par des textes scripturaires, soient justifiés par un raisonnement biblique plus clair (p. ex., p. 55).  D’un autre côté, certaines données pertinentes auraient mérité un traitement dans le livre : l’absence d’une mention de 1 Timothée 5,20 (reproche public adressé aux anciens) et de Matthieu 18,10-14 (recherche de la brebis errante2) est surprenante.  Mais l’essentiel de ce sur quoi Leeman insiste, on ne saurait l’esquiver – à moins de vouloir fermer les yeux sur la parole de Dieu.  Que nos responsables d’Eglise aient le souci de glorifier Dieu dans ce domaine – et que cet ouvrage fort pratique se révèle un outil précieux à cette fin.

  1. P. 982-989.
  2. Cette notion est évoquée à la page 137 sans que le passage soit cité.