La vie chrétienne au jour le jour, par Donald Grey Barnhouse

Message apporté lors de la Convention de Keswick en 1938

« Mais ceux qui se confient en l’Eternel renouvellent leur force.
Ils prennent le vol comme les aigles ;
Ils courent, et ne se lassent point,
Ils marchent, et ne se fatiguent point. »
(Es 40,31)[1]

Les vérités que nous avons abordées au cours des messages précédents pourraient être comparées au vol ou à la course. Les dons que le Christ nous a accordés, notre identité en lui, les privilèges glorieux qui se rattachent à notre identité d’enfants de Dieu, sa gracieuse providence pour la purification constante de notre péché ; l’assurance absolue que nous restons siens, et cela pour l’éternité – ces vérités nous transportent jusque dans les lieux célestes et nous y gardent.

Cependant, tout cela ne serait que connaissance intellectuelle si nous n’en venions pas à l’étape finale de notre étude pratique, et si nous ne voyions pas comment nous pouvons vivre, heure après heure, sous la puissance du Saint-Esprit pour que nous ayons moins souvent besoin de confesser au Seigneur des résurgences de l’ancienne nature. Nous considèrerons donc notre marche quotidienne avec Christ comme l’entretien pratique de notre sainteté de tous les jours.

La nuit

Je propose que nous considérions une journée-type avec tout ce qu’une journée apporte à votre vie et à la mienne. De cette façon, nous réussirons à sortir notre étude du domaine théorique et théologique pour l’appliquer au domaine intensément pratique et de la vie de chaque jour, bien que nous devions rester enracinés dans la Bible à chaque moment. La journée commence à minuit ; pour les Juifs, la journée commençait au coucher du soleil. Je me permets, ainsi, de commencer la description de notre journée quelque part entre les deux, et pour une raison qui sera bientôt manifeste, j’ai choisi le moment où l’on est sur le point d’aller se coucher. L’on pourra se demander pourquoi je commence le récit de ma journée à ce moment, et la réponse découlera d’une vérité psychologique que beaucoup d’entre nous ont expérimentée. J’ai fréquemment remarqué que je me réveille le matin avec les mêmes pensées que j’avais à l’esprit lorsque je me suis endormi la veille. Beaucoup savent de leur triste expérience que l’esprit dérive fréquemment vers des pensées complètement tournées vers soi-même, vers ses propres intérêts et ses désirs dans ces moments de demi-sommeil/semi-éveil qui terminent nos journées et commencent nos nuits. J’ai découvert ainsi qu’il est d’une grande importance de maîtriser ce demi-monde de l’esprit pour notre Seigneur Jésus-Christ.

Un matin, alors que je m’éveillai, essayant de résoudre un problème de la partie d’échecs qui avait empli mon esprit alors que je posais ma tête sur l’oreiller, je devins conscient de cette loi et déterminé dorénavant à aller au lit en pensant au Christ. Alors que les mois passaient, je découvrais qu’il s’agissait là de bien plus qu’une habitude. C’était une preuve de la présence du Seigneur Jésus Christ dans mon cœur et mon esprit, qui contrôlait même mon subconscient. Puis j’ai appris que je ne devais pas seulement m’endormir en pensant au Christ, mais que je devais m’endormir en communion avec lui. J’ai commencé à mémoriser des versets de l’Ecriture le soir, et à les réciter alors que je m’endormais. Au début, ces vérités étaient simplement objectives. « On l’appellera Admirable … » pouvait être mon verset un soir. Tout d’abord, je méditais sur cela, dans des termes semblables à ceux que j’utiliserais pour les présenter à un auditoire. Son nom est merveilleux. Son nom est le nom de Jésus, celui du Sauveur. Il sauvera son peuple de ses péchés…. Puis vint un changement qu’il apporta à ma façon de faire. Ces mêmes phrases ont changé de sujet grammatical et d’intensité dans la communion. Ton nom est merveilleux. Ton nom est Jésus. Tu es mon Sauveur. Tu me sauves continuellement de mes péchés. Bientôt, Il est devenu plus réel que l’intérieur de mes paupières. Je ne peux pas les voir bien qu’elles soient proches de mes yeux ; j’ai appris à Le connaître dans tous les domaines, sans le toucher. Et fermer ses yeux avec Christ fait taire toute peur de nuit sans sommeil. Laissons aux autres le soin de compter les moutons ; moi je parle au Berger. « Il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil » (Ps 127,2). « Je me couche, et je m’endors » dit David, « Je me réveille, car l’Éternel est mon soutien » (Ps 3,5).

Lorsque le sommeil refuse son baume
Mon esprit soupire en silence,
Que Jésus-Christ soit loué !
La nuit devient comme jour,
Lorsque du cœur l’on dit
Que Jésus-Christ soit loué !

Puis, quand je me lève à l’aube du jour nouveau, je m’éveille pour l’entendre me parler, et pour lui parler.
David savait bien cela quand il a dit : « Je m’éveille, et je suis encore avec toi. » (Ps 139,18)

Tranquille, tranquille avec toi, lorsque l’aube pourpre se lève,
Lorsque l’oiseau s’éveille et l’ombre fuit,
Plus juste que le matin, plus belle que la lumière du jour
Se lève la douce conscience que je suis avec toi.
Seul avec toi, au milieu des ombres mystiques,
Le silence solennel de la nature nouvellement éclose,
Seul avec toi dans une adoration émerveillée
Dans la rosée et la fraîcheur calmes du matin.
Tranquille, tranquille avec toi ! Comme à chaque matin nouveau
Une splendeur nouvelle et solennelle est donnée à nouveau,
De même cette conscience bénie, cet éveil,
Respire chaque jour la proximité avec toi et le ciel.

O combien ces premiers moments d’éveil sont importants ! Les vivre avec Christ nous fera peut-être gagner des heures de notre journée. Nous ne devrons pas revenir plus tard pour confesser que nous avons agi selon la chair au lieu de vivre selon la foi en Christ. Et le verset que nous avons appris la veille, alors que nous nous endormions, revient à notre cœur et à notre esprit, et notre communion est nourrie des merveilles de son nom et de tout ce qu’il comporte.

La louange

Le cœur se tourne alors naturellement vers la louange. Pour le Christ, reconnu, exalté et couronné, nous vivrons en nous-mêmes la même vie de louange et d’intercession qu’il vit dans le ciel. Avez-vous remarqué cette superbe image dans l’épître aux Hébreux du Christ en train de conduire la louange, la musique si vous voulez, qui provient du cœur des rachetés ? Parce qu’il nous a mis à part pour lui, il dit qu’Il n’a pas honte de nous appeler frères, déclarant : « J’annoncerai ton nom à mes frères, Je (le Christ) te célébrerai au milieu de l’assemblée. » (Hé 2,12). Mon cœur aime cette image du Christ qui chante, et je trouve que, comme la saison du printemps appelle le chant des oiseaux, la vie du Christ en nous, exaltée et reçue, appelle de même la louange de notre être racheté.

Robert Murray McCheyne a écrit un très beau passage dans ses mémoires, dans lesquelles il explique comment il a appris à bannir la tentation par la louange. Lorsque Satan déploie ses forces, le Seigneur élève le cri triomphant de la louange à Dieu, et les armées de l’ennemi doivent fuir. M. McCheyne a découvert que le malin ne peut résister à un psaume de louange. Il existe, bien sûr, une profonde réalité spirituelle derrière cela car le croyant ne peut pas vivre dans un esprit de louange, à moins d’être soumis à la seigneurie du Christ. Un vrai psaume ne peut provenir de lèvres qui n’ont pas été complètement purifiées. Ainsi :

Lorsque l’aube dore le ciel,
Mon cœur s’éveillant crie,
Que Jésus-Christ soit loué !

La prière

Puis, une prière rapide et précise doit être élevée pour que le Seigneur s’empare de mon être, de mon esprit et de ma langue alors que je salue mes bien-aimés. Ceci est pour leur bien, et non le mien, car je n’ai pas de mal à m’entendre avec eux. Combien parmi nous doivent se rendre compte que ceux qui vivent sous le même toit que nous doivent recevoir une bénédiction spéciale de la part de Dieu pour vivre avec nous ! Certaines épouses et enfants préféreraient la caverne d’un ours plutôt que de devoir rencontrer certains d’entre vous avant que vous ayez bu votre café ou votre thé du matin. Certains membres de votre famille ont-ils été soulagés de vous voir partir pour Keswick, sachant que la semaine serait paisible à la maison en votre absence ? Le Seigneur n’a jamais suggéré qu’un chrétien puisse venir grommeler des excuses tardives à son époux ou épouse, disant : « Peut-être que j’ai un peu ronchonné, mais je n’étais pas complètement réveillé, et tu sais que je ne suis pas responsable de mes actes la demi-heure qui suit le saut du lit. » Le Seigneur n’aura que faire de tout cela, et quel que soit le pied que vous poserez à terre au réveil, il sera le bon quand vous lui aurez soumis votre esprit et votre langue pour ces premiers contacts que vous aurez avec les autres.

Or, j’ai appris par expérience que la meilleure chose à faire pour moi était de diviser ma journée en sections, et de venir à Dieu pour un constant renouvellement tout au long de ma journée. David a dit : « Sept fois le jour je te célèbre, à cause des lois de ta justice. » (Ps 119,164). Vous trouverez peut-être nécessaire de diviser votre journée en sections plus longues ou plus courtes, mais un retour constant vers Lui est nécessaire au milieu des activités de la vie. Lorsque j’étais au sud de l’Inde, j’ai rendu visite à Mademoiselle Amy Carmichael à Dohnavur. L’une des habitudes de ce qui est probablement le plus beau poste missionnaire du monde, est de s’arrêter à chaque nouvelle heure qui sonne. Dans la tour de prière qui domine, couverte de fleurs, au-dessus de la chapelle, se trouvent des cloches dont le carillon est entendu dans toute la propriété. Toute l’activité extérieure de la mission cesse lorsque les cloches sonnent l’heure. Les filles plus âgées, marchant dans leur beau sari le long des allées fleuries, s’arrêtent et se courbent pour méditer.

Les enfants sur les terrains de jeu cessent leurs jeux pour un bref moment. Les grands frères descendent de vélo alors qu’ils étaient partis faire une course, et se tiennent un moment en silence alors que le carillon retentit. C’est comme un film qui soudain s’arrête sur une image et reprend ensuite son cours. Qu’elle est triste la vie chrétienne qui ne connaît pas de carillons au cours de la journée pour arrêter toute activité de cette terre et écouter le carillon du ciel, pour contempler le Sauveur un moment, lui parler directement, écouter sa voix à travers un verset qu’il nous rappellera, puis rejoindre le travail ou l’activité du moment.

Le culte de famille

Dieu m’a enseigné à regarder en avant comme quelqu’un qui marche le long d’une route, demandant à Dieu de le garder et de le soutenir jusqu’au prochain arbre, au prochain kilomètre, au prochain tournant de la route où je pourrai respirer un air qui provient d’une autre atmosphère que celle-ci, puis me diriger vers le prochain point. A la maison, le matin, je regarde vers la table du petit-déjeuner. C’est là que nous nous réunissons tout d’abord autour de la Parole de Dieu, avec nos enfants et les domestiques, pour un moment autour du Livre. Nous aimons tenir notre moment de culte de famille avant de manger. Je me rappelle que Leland Wang, de Hong Kong, a donné ce slogan à sa famille : « Pas de Bible, pas de petit-déjeuner ! » Si vous devez vous passer de l’un des deux, passez-vous de porridge, mais ne laissez pas un seul matin votre âme affamée. Votre corps peut tenir avec les forces en réserve, mais la manne de la veille se gâte si l’on essaye de la réutiliser le lendemain. Il existe beaucoup de chrétiens qui pourraient trouver la raison d’une vie d’échec dans leur négligence de la méditation de la Bible.

Le petit-déjeuner

Puis, en terminant la prière, peut-être même en silence après que les derniers mots ont été prononcés, je regarde vers le prochain tournant de la route et soumets au Seigneur la conversation autour de la table et tout ce qui doit se passer jusqu’à ce que les enfants passent la porte pour aller à l’école. Tant de choses peuvent être enseignées aux enfants par la conversation spontanée et indirecte entre le père et la mère, pendant que les enfants sont en train de manger. On peut relever des détails de la presse du jour ou de la vie de la paroisse, et relever les échecs ou les succès de quelqu’un et en comprendre la raison. Dire que John Smith a eu des problèmes parce qu’il a fait telle ou telle chose laissera une impression plus durable que de dire : « Donald, prends garde de ne jamais faire une pareille chose. » La discussion concernant un verset de l’Ecriture pourra faire ressortir une vérité que le père et la mère savent être capitale dans la vie de l’un des enfants, et ces derniers sont plus rapides pour comprendre que certains adultes.

Le tourbillon du départ pour l’école

Le petit-déjeuner est maintenant terminé et ils sont sur le point de partir à l’école. Je me demande souvent quand je chante « Like a River Glorious » si Mademoiselle Havergal qui a écrit ces paroles a jamais entendu quatre enfants, pleins de santé et de vigueur, qui se lèvent de table et se préparent à partir pour l’école ! Elle a écrit :

Aucune vague d’inquiétude,
Aucune ombre de souci,
Aucune explosion de hâte,
N’atteint ici l’esprit.

J’ai bien peur que nous connaissions à certains moments « une explosion de hâte » dans notre maison. Nous gérons bien l’inquiétude et les soucis car nous avons appris depuis longtemps que si nous nous inquiétons, nous ne faisons pas confiance à Dieu, et si nous lui faisons confiance, nous ne nous inquiétons pas. Une même tasse ne peut contenir à la fois de l’eau et du lait. De même, vous ne pouvez avoir un cœur qui se repose en Christ et est rempli de soucis. Ceci vaut pour tous les événements de la vie familiale : maladie, difficultés, mort, argent, discipline ou quelle que soit l’urgence qui se présente. Il est fidèle à sa promesse et donne la force, pourvoit aux besoins, réconforte le cœur et garde nos yeux fixés sur lui. Ceci vaut pour votre vie de famille et vos circonstances, que vous soyez responsable de la maison ou que vous vous rendiez à l’école ou au travail. Le Seigneur est fidèle et capable, et il nous gardera continuellement. C’est le chemin de la vie vécue par la foi dans le Fils de Dieu.

Les nouvelles du jour

Et maintenant que les enfants sont partis à l’école, je m’assieds à mon bureau pour un rapide coup d’œil au journal du jour. En cet instant, je dois me consacrer au Seigneur. Je dois savoir le Seigneur dans mon cœur tandis que je lis le journal. Je regarde les titres en gras. Quelle ville a été bombardée aujourd’hui ? Quel dictateur attaque encore plus les libertés des chers enfants de Dieu ? Quelle nouvelle persécution voit le jour envers le Peuple Elu ? Quel prédicateur a fait une déclaration scandaleuse pour renier la foi ? Et en communion avec mon Seigneur je l’entends dire, en lisant le journal : « Gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent » (Mt 24,6). Cela semble-t-il impossible ? C’est le Seigneur qui l’a déclaré. Mais te rends-tu compte que nous avons à prendre des mesures de précaution face aux raids aériens ? N’oublie pas que la première partie de ce verset dit : « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres. » C’est par rapport à cela que Jésus dit : « Gardez-vous d’être troublés. »

Ces derniers temps, en lisant mon journal, je découvre que le Seigneur, qui demeure en mon cœur, me conduit dans le même travail qu’Il fait dans le ciel ; car de là, Il intercède pour son peuple. Il serait étrange qu’Il fasse autrement alors qu’Il a reçu tout pouvoir sur la vie ici-bas. « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse[2]… » (Es 63,9). Cette affliction doit être dans nos cœurs quand nous voyons ce pauvre monde malade aujourd’hui. Je ne lis jamais les nouvelles de la Chine sans que mon cœur et mon esprit ne parcourent ce pays dans la prière. Est-ce que je lis des nouvelles de Pékin ? Mon cœur dit, Seigneur, bénis Wang Ming Tao alors qu’il prêche, et protège-le de l’ennemi. Est-il question de la ville de Changsha ? Marcus Cheng et Ch’eng Chi Kuei s’y trouvent. Ou de Nanking ? Qu’est-il arrivé à Jonathan et Lena Cheng, et Calvin Chao ? Ou de Shanghai ? Seigneur, qu’en est-il de John Soong et de Watchman Nee ? Ou de Hong Kong ? Seigneur, bénis Leland Wang alors qu’il prêche. Et ainsi de suite, en parcourant la Chine et le monde. Vous ne connaissez peut-être pas toutes ces personnes, mais vous devriez avoir une liste de ceux pour qui vous priez. Dans un des tiroirs de mon bureau, il y a trois carnets remplis de noms de missionnaires et de responsables chrétiens du monde entier. J’aime parcourir la carte du monde avec ces carnets et ces noms, et les porter devant le Seigneur.

A cet instant, quelqu’un dira peut-être : « Oh, mais vous êtes pasteur ; vous avez le temps de faire cela ! Nous, nous avons notre famille ou notre travail et nous ne pouvons pas passer autant de temps dans la prière, ou nous arrêter pour lire la Bible. » Je ne suis pas certain de vous croire. En admettant que j’aie plus de temps pour cela que la plupart d’entre vous, je suis convaincu que la plupart des gens passent beaucoup plus de temps que nécessaire à des choses inutiles et qu’elles négligent les choses importantes. Vous dormez huit heures, vous travaillez huit heures et dans le temps restant, il y a beaucoup de moments que vous pourriez consacrer à la tâche de l’intercession et à la joie de vous nourrir de la Parole de Dieu, si seulement vous soumettiez votre volonté au Seigneur pour cet objectif. Cela est bien plus nécessaire que vous ne le pensez.

Je m’arrête ici pour l’illustrer avec une histoire. Mes quatre enfants sont très friands d’histoires et de devinettes et me demandent fréquemment d’en raconter de nouvelles pour leur plaisir. Un jour, je leur ai raconté l’histoire suivante : un bébé était né à New York quelques mois plus tôt et il pesait presque 25 kilos à la naissance. On l’a nourri de 40 litres de lait chaque jour et, en l’espace de quelques mois, il pesait presque 45 kilos. Il y eut un moment de silence, puis mon fils de neuf ans a répliqué : « Comment, papa, ce n’est pas possible ! Nous pesions moins de 4 kilos quand nous sommes nés, et Donny qui a plus de 11 ans ne pèse pas encore 45 kilos. » Après discussion et manifestation de beaucoup d’incrédulité, ils ont enfin demandé l’explication. J’ai alors répondu que ce bébé était né au zoo, et qu’il s’agissait d’un bébé éléphant ! Puis, je leur ai dit : « Supposez que le gardien du zoo fasse les distributions de nourriture un matin et trouve que les 40 litres de lait sont trop lourd à porter. Supposez qu’il dise : ‘Je donnerai ces 40 litres de lait à ces petits oiseaux dans ce nid, dans la cage, et j’apporterai ces vers aux éléphants.’ Qu’arriverait-il ? Bien sûr, les oisillons seraient noyés et les éléphants mourraient de faim ! » Nous comprenons que chaque membre du règne animal doit avoir sa propre nourriture, sans laquelle il ne peut vivre.

On peut donc étendre cette analogie. Nous avons une nouvelle nature qui est la vie du Christ, et nous avons une vieille nature qui est la vie du péché en nous. Saul et Paul demeurent tous deux dans le même corps du chrétien. Saul a un appétit vorace, et toute l’organisation de la société de ce monde est consacrée à la satisfaction de cette ancienne nature. Tant de livres, de magazines, de banalités de la conversation, d’images publicitaires, de films (je pense que le jugement sera peut-être plus tolérable pour Sodome et Gomorrhe que pour Hollywood) en bref, toute la vie autour de nous représente de la nourriture pour l’ancienne nature. Elle s’engraisse et prospère grâce à cette nourriture, et la seule chose à faire est de la crucifier. Mais il existe bien une nourriture pour la nouvelle nature. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). O chrétiens, pourquoi affamez-vous votre esprit jusqu’à ce qu’il n’ait plus de force pour résister à l’ennemi quand il vient vers vous ? Lui, le malin, ne fuira jamais sauf devant la Parole de Dieu, celle que l’on s’est fraîchement appropriée, qui a été assimilée et éclairée par la puissance de la présence vivante du Seigneur de la croix du Calvaire. Là se trouve la victoire. « Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’agneau et à cause de la parole de leur témoignage… » (Ap 12,11). Et dans le courant de ma journée, de nombreuses appropriations renouvelées de la Parole de Dieu seront nécessaires pour faire face aux attaques subtiles et variées de l’ennemi.

Le travail

Venons-en maintenant au travail de la journée. Une des secrétaires apporte le courrier et le travail. Voici encore l’un de mes points d’arrêt. Une rapide prière doit être élevée au ciel : « Seigneur, que toute la louange te revienne pour cette heure passée, et je me tourne vers la prochaine heure en étant complètement dépendant de toi. Que chaque courrier et chaque aspect de mon travail soit considéré et traité dans la lumière de ta sainte présence et en accord avec ta volonté. » Là encore, j’ai une analogie avec votre travail, que ce soit la direction d’un bureau, un rôle d’employé, les études, la tenue d’une maison ou quel que soit votre rôle spécifique. Nous publions un magazine mensuel, nous recevons beaucoup de courrier lié à notre travail radiophonique, et il y a des problèmes en lien avec quelques familles de la paroisse locale. Plus de trois cents livres sont à trouver chaque mois pour payer les factures de la radio. Il y a des manuscrits à examiner et beaucoup de poésie religieuse à rejeter ! Cependant, chaque détail doit être fait dans la force du Seigneur, en regardant à Lui, heure après heure.

Le Christ a promis la puissance pour chaque besoin. Récemment, j’ai lu un paragraphe concernant la diversité de pouvoirs donnés par le Saint Esprit aux hommes de la Bible.

Quelle diversité de capacités pour des besoins spécifiques ! Par exemple, l’Ancien Testament nous parle de Joseph, le jeune berger, qui a été rendu capable de gouverner le royaume le plus puissant du monde antique et de sauver des vies en grand nombre lors d’une famine sans précédent. Betsaleel a reçu l’habileté de l’artisan pour réaliser le plan divin pour le Tabernacle au milieu du désert. Samson a reçu la force physique suffisante pour mettre à mort un millier de Philistins au moyen d’une mâchoire d’âne. Le psalmiste compose des chants si profonds qui ont été l’héritage du peuple de Dieu à travers les âges. Les prophètes ont reçu le courage de se tenir devant le peuple d’Israël récalcitrant, et de dénoncer de façon claire leur idolâtrie et leur péché. Le reste d’Israël, de retour dans son pays sous Zorobabel et le grand prêtre Josué, reçoit cette disposition de cœur qui, au sein d’une rude opposition, voit le nouveau temple s’ériger lentement mais sûrement sur les ruines de l’ancien.

Je crois qu’il est conforme avec l’enseignement de la Bible de vous dire, mesdames, que Dieu le Seigneur peut vous accorder l’Esprit de l’ordre de la maison, que votre place soit dans l’arrière-cuisine ou dans le salon. L’Esprit de la capacité à diriger peut être donné aux hommes qui en ont besoin. L’Esprit de la fidélité dans les tâches humbles peut être donné aux employés. L’Esprit de la compétence peut être donné aux médecins et aux infirmières. Je connais de jeunes chrétiens qui ont demandé au Seigneur de leur donner des capacités dans leur pratique de la musique et de la peinture, et dont les prières ont été exaucées. L’Esprit de Dieu est disponible pour répondre à de nombreux types de besoin dans nos vies.

Au fil des ans, nous avons reçu des milliers de lettres en lien avec notre travail radiophonique. Un très petit nombre d’entre elles proviennent de personnes excentriques, et le Seigneur donne la patience à mes secrétaires pour les lire et la sagesse de ne pas me les montrer. J’en suis venu au point où je n’ouvre jamais une lettre qu’on m’apporte sans une rapide prière à Dieu pour lui demander la capacité de répondre au besoin qui y est exprimé. Je me suis rendu compte que ces lettres sont presque des composantes de l’esprit humain. Je connais celles qui ont été recopiées parce qu’il y avait trop de traces de larmes sur les mots. Je connais la lettre qui a été écrite puis laissée dans un tiroir pendant plusieurs mois avant que le courage de l’envoyer soit trouvé. Nous avons besoin que le Seigneur lui-même réponde à ces questions sensibles qui proviennent des profondeurs de l’âme déchirée.

Puis soudainement, alors que retentit la sonnerie du téléphone, arrive une attaque acérée de l’ennemi. Nous ne savons jamais quelle avenue il empruntera. Nous ne savons jamais quelle enveloppe le contiendra, quel appel téléphonique cachera ses flèches. Voici un ami au bout du fil. Ai-je vu telle ou telle revue cette semaine ? Non, je ne l’ai pas vue ! Est-ce que je sais que j’ai été âprement attaqué par tel fondamentaliste, et que l’article principal de la revue dit que je me suis livré à l’apostasie et à un faux enseignement parce que je ne quitte pas l’union d’Eglise dans laquelle je suis ? Ai-je entendu qu’il a été suggéré que j’y restais à cause de mon salaire, et de ma réticence à renoncer à mon logement de fonction et à ma retraite pour sortir avec le petit troupeau, qui dit maintenant que son travail est la véritable cause de Dieu ? J’avais négligé de prier au sujet de cette conversation téléphonique quand le téléphone a sonné. Je n’avais pas demandé au Seigneur de me donner son Esprit pour répondre au téléphone quand il a brusquement interrompu mon travail. Et j’ai donc répondu : « Ces hommes sont des lâches et ils font le travail de Satan, l’accusateur des frères ! » Puis une fois le combiné reposé, je me sens agité. Je me tourne vers mes lettres, mais il y a quelque chose qui ne va pas. Je lis un paragraphe deux ou trois fois et n’arrive pas à en saisir le sens.

Ecoutez attentivement maintenant. A cet instant, l’âme chrétienne se tient dans le plus grand péril qu’elle peut rencontrer dans la vie chrétienne. Il existe deux types d’actions devant nous. Nous pouvons nous dire « ce travail doit être fait » et nous pouvons nous lancer dans la correspondance et répondre aux lettres avec l’énergie de la chair. Ce sont ces lettres qui entraîneront des engagements dans des réunions qui ne seront pas bénies. Ce sont ces lettres qui donneront lieu à des échanges subséquents de correspondance nécessités par un manque de clarté et des malentendus à régler. L’autre façon de faire est de dire : Seigneur, qu’est-ce qui ne va pas ? T’ai-je offensé ? Qu’ai-je fait avec mes propres forces qui aurait dû être soumis au Saint-Esprit ? La secrétaire qui attend, stylo en l’air, peut penser que la réponse à la lettre est en train d’être formulée, mais en réalité, un enfant revient en communion avec celui qui est vraiment saint et qui ne permettra pas de propos tels que ceux que j’ai tenus au téléphone. Puis, rapidement, je dis : Seigneur, cette vieille nature était de retour. Elle m’a échappé ! Veux-tu bien la crucifier maintenant et me restaurer dans la plénitude de ta communion ?

Le nuage est passé, le soleil brille et la lumière luit à nouveau ; je suis conscient du fait que j’aurais dû parler autrement. C’est l’occasion d’examiner tout le cours de mes actions à la lumière de ces accusations. Seigneur, est-ce que je te vendrais pour un logement, un salaire ou une retraite ? Est-ce que ce frère a raison ? Ai-je manqué un tournant ? Aurais-je dû quitter l’union d’Eglise avec force et clameur ? Et le Saint-Esprit rappelle à mon cœur le souvenir de la paix à la suite du long combat dans la prise de décision. Je me rappelle ce passage des Ecritures où le Seigneur ressuscité parle à l’Eglise de Sarde. Et bien qu’Il dût lui dire qu’elle passait pour être vivante alors qu’elle était morte, Il dit à Son messager : « Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir… » (Ap 3,2). Il me rassure qu’il n’y a pas eu de changement dans Ses ordres, et je me rappelle comment j’ai reçu et entendu sa Parole, puis je repose mon cœur sur elle et vais de l’avant. Je me souviens que le Seigneur a rétabli la situation de Job après qu’il ait prié pour ses amis qui l’avaient probablement plus blessé que ses furoncles, et je demande au Seigneur de me donner une prière honnête pour ce frère qui a lancé l’attaque : qu’il soit béni dans son travail, dans la mesure où il exalte le Seigneur Jésus-Christ. Et la joie envahit à nouveau mon cœur.

Il y a des moments où nous avons besoin de plus de puissance qu’à d’autres. Hier, les jeunes hommes qui gèrent ces haut-parleurs m’ont dit que par un beau jour comme celui-ci, il n’y a besoin que de très peu de puissance pour porter la voix aux milliers de personnes dans cette tente, ainsi qu’à ceux qui sont assis dans l’herbe. Quand il pleut et que la tente est mouillée, trois fois plus d’électricité est nécessaire pour porter la même voix. Il y a des jours humides dans la vie où toutes les toiles semblent saturées de soucis, et où l’on doit revenir bien plus souvent au Seigneur pour recevoir plus de sa puissance afin de surmonter toutes ces circonstances de la vie. Mais la puissance est là avec lui, et Il est toujours prêt à intervenir pour combler tout besoin.

Puis la journée se poursuit. Des assauts d’inquiétude peuvent survenir, des moments où sa compassion est nécessaire pour soutenir une âme qui a perdu son emploi ou qui passe par le deuil. Il peut y avoir des moments de joie, belle et grande, quand un pécheur repentant fléchit le genou pour recevoir le Seigneur Jésus, comme beaucoup l’ont fait dans mon bureau. Il peut y avoir des heures de méditation calme au cours desquelles l’Esprit permet aux Ecritures de briller et d’inspirer un message pour les brebis affamées sur lesquelles nous veillons et que nous nourrissons. Il est partout présent tandis que la journée se déroule. A un autre moment, le chéquier en main, l’examen scrupuleux de chaque achat sera soumis à Son regard. Un dixième t’appartient, enfin dix dixièmes t’appartiennent, O Seigneur ! Le même Esprit doit nous venir en aide pour la facture de l’épicerie aussi bien que pour la cause missionnaire. Il verra que l’équilibre approprié est maintenu, dans les deux sens : l’équilibre entre Son œuvre et les nécessités de la vie ; ce que je veux dépenser pour moi et l’équilibre au premier du mois pour payer les factures.

L’après-midi

L’après-midi suit son cours. Les enfants reviennent de l’école, et c’est leur droit et leur privilège de venir s’asseoir sur les genoux de leur père pour bavarder de tout ce qui vient à l’esprit d’un enfant, comme mon bureau se trouve au cœur de la maison. Il y a des questions auxquelles répondre ou des petits riens à partager ; et l’on dit rarement aux enfants que leur père est occupé. L’Esprit des relations familiales les garde. Ils ont leurs droits, et c’est leur privilège de passer ainsi du temps avec leur père, d’autant plus qu’il doit bientôt partir à une réunion pour porter la Parole de vie à ceux qui seront rassemblés.

S’agissant du message, il y a un besoin particulier de communion avec le Seigneur, et de soumission au Saint Esprit. La prière a arrosé tous les éléments de la préparation du message, et maintenant il doit y avoir une onction spéciale pour le moment de la prédication elle-même. Comment osons-nous nous tenir debout pour prêcher quand on n’a pas reçu la puissance du Seigneur ! Comment osons-nous tenir une conversation sans regarder au Seigneur et lui demander le contrôle sur celle-ci ! Comment osons-nous poursuivre toute œuvre sans Lui ! N’a-t-il pas dit : « Sans moi, vous ne pouvez » (précisément) « rien faire » ? Il y a eu des moments où je me suis adossé au mur de l’arrière-salle de l’église avec un profond sentiment de faiblesse physique, une faiblesse comparable à celle d’une mère qui enfante. Je ne sais pas qui le premier a appliqué le mot « délivrer » à un sermon comme à la naissance d’un enfant, mais je crois que l’Esprit de la prédication a dû lui en donner l’idée. Paul savait cela en écrivant : « Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor 2, 3-5). Quelle joie !

Nous devons avoir une telle relation avec Christ, une telle communication constante avec lui, que quelle que soit la difficulté qui survient au cours de la prédication ou des réunions de la journée, nous pouvons nous tourner vers lui et savoir que nous l’avons rencontré et que nos problèmes ont été complètement pris en charge. Permettez-moi de l’expliquer par une illustration qui m’est très, très précieuse. Je suppose que chaque famille a un vocabulaire privé qui est inconnu d’autrui. Vous êtes dans un groupe et quelqu’un mentionne une chose avec un sens caché, seulement connu de vous et d’une autre personne. Vous tournez la tête et jetez un regard en direction de l’autre personne, qui signifie : « Tu as compris ? » Et vous recevez en réponse : « Oui, j’ai compris ». Personne d’autre ne sait que quelque chose a déclenché tout un processus dans votre mémoire. Nous avons un vocabulaire privé comme cela à la maison. Certains événements font surgir certaines expériences de la vie.

Au début de notre mariage, quand notre aîné avait presque un an, Mme Barnhouse et moi vivions dans le sud de la France où j’étudiais à l’Université de Grenoble. Un automne, nous sommes allés en Grèce pour plusieurs mois, et alors que nous étions là, nous sommes partis faire un voyage d’étude en lien avec mon travail en archéologie. Un jour, nous avons quitté Corinthe et sommes descendus vers Nicée où se trouvent les ruines de la ville d’Agamemnon. Nous sommes descendus à la petite gare et avons marché un kilomètre ou deux jusqu’au mont qu’étaient les ruines de l’ancienne ville. Là, j’ai installé ma femme et le bébé à l’ombre puis j’ai procédé à mon travail. Au bout d’un certain temps, alors que j’arrivais de l’autre côté du mont, je suis tombé sur un champ de cyclamens sauvages. Je n’avais jamais vu ces fleurs pousser de façon sauvage, et j’ai composé un grand bouquet et suis revenu de l’autre côté du mont avec les fleurs dans le dos et les ai offertes à ma femme. Nous avons souvent parlé de leur beauté, et des années après nous avons souvent eu des fleurs similaires qui poussaient chez nous. Les années ont passé et chaque fois que nous voyons des cyclamens de cette teinte particulière, nous nous regardons et nous rappelons cette expérience du début de notre mariage. Un soir juste avant Noël, il y a quelques années, nous marchions dans une rue de Philadelphie avec l’un de nos amis. L’esprit de Noël flottait dans l’air, la neige tombait, c’était une soirée fraîche, une soirée d’hiver. Nous parlions d’un sujet bien éloigné de la Grèce ou des fleurs. Nous sommes passés près de la boutique d’un fleuriste et dans la vitrine se trouvait un énorme pot de cyclamens de notre nuance lavande pastel si particulière. Nous l’avons vu tous deux au même moment, et en s’approchant ma femme a dit « Oh ! » et je me suis approché et j’ai dit « Oh ! ». Nous avons continué, poursuivant notre conversation interrompue, mais ce que nous avions fait en réalité à ce moment, c’était approcher nos fauteuils de la cheminée et dire : « Tu te rappelles ces jours, de cette promenade, de la route poussiéreuse, du parfum et de la douceur de ces fleurs et toute la joie associée à ces jours ? » Tout avait été dit en un mot, en un éclair de seconde.

La vie est faite de milliers d’expériences et de souvenirs comme ceux-ci. De la même façon, notre vie spirituelle doit être remplie d’expériences que l’Esprit de Dieu peut nous rappeler quand nécessaire. Nous connaissons des temps, par exemple au milieu d’un sermon, où il est nécessaire de regarder à Dieu, et en un éclair se tourner vers sa face et se rappeler une pensée ou une expérience qu’il nous a donnée un jour, pour nous rappeler une bataille dans l’âme qui a scellé pour toujours certains points que le malin pourrait maintenant rappeler à notre esprit. Par exemple, vous présentez un point et vous voyez qu’il a frappé en plein cœur l’attention de votre public et qu’il est compris. Chacun ici sait que l’ancienne nature de l’orgueil peut resurgir et chercher les honneurs pour quelque chose que Dieu s’est plu à faire au moyen d’un être humain. Il est alors nécessaire de jeter un regard vers Dieu et de se rappeler ceci : « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. » (1 Cor 1, 26-29). Vous vous rappellerez peut-être de longues expériences de combat dans votre vie quand vous avez décidé de le suivre et de prêcher ce qu’il vous demandait de prêcher. Vous pouvez revoir tout cela en un instant, en un éclair, alors que votre esprit s’approche du sien, et vous pouvez continuer dans la puissance de l’Esprit au milieu de votre travail.

De nouvelles forces et une vigueur nouvelle viennent en prêchant. Il pourvoit tellement abondamment qu’il n’y a pas à douter que sa propre force a été déversée dans notre corps. Finalement vous rentrez à la maison, dans ce sanctuaire sur terre où se trouve votre compagne qui vit cette même vie de l’Esprit et fait de la maison un refuge contre les langues querelleuses du dehors.

La prière du soir

La soirée touche à sa fin. Le Livre est ouvert une nouvelle fois et la journée est passée en revue sous son regard rien de moins que saint. Qu’il est triste de regarder en arrière et de voir les choses qui lui ont déplues. Hier soir, tandis que j’apportais ma journée devant son regard, son esprit m’a convaincu d’un péché d’omission. J’avais déjeuné hier midi avec un groupe de jeunes hommes. Il n’est pas nécessaire de les identifier, ils se reconnaîtront. Après le repas, nous nous sommes assis ensemble pendant une heure et avons parlé des principes à la base du ministère de l’Evangile de Jésus-Christ. A mon départ, j’ai fortement ressenti que certains d’entre vous n’étiez pas nés de nouveau, même si vous envisagez un travail religieux. Je ne vous ai pas demandé d’exprimer la certitude de votre appel et de votre élection. Je ne vous ai pas demandé si vous étiez nés de nouveau. Hier soir, j’ai demandé au Seigneur de me pardonner pour ma négligence, de me pardonner de ne pas avoir plaidé avec vous d’abandonner le ministère plutôt que de vous tenir derrière la chaire avec des messages moralisateurs, qui proviennent des éléments naturellement bons de la vieille nature, pourtant étrangère à la vie de Dieu en Jésus Christ. Le Seigneur m’a tendrement pardonné pour cela et d’autres péchés de la journée, et m’accorde maintenant gracieusement l’occasion de faire cet appel à votre cœur ainsi qu’à tous les autres. Il y eut des jours, cependant, où la confession d’occasions manquées s’accompagna de honte sachant que de telles occasions ne se représenteraient plus et que des âmes avaient été touchées par l’ancienne nature sans que l’Esprit de Dieu, à travers moi, n’ait comblé leurs besoins.

Juste avant de me retirer pour la nuit, je me tourne pour le chercher à nouveau dans sa Parole et le louer. Pour ma méditation finale, je lis cette description du trône de Dieu où les rachetés de la terre sont rassemblés. Ici nous nous voyons, notre position déjà garantie par tout ce que représente notre Sauveur, assis avec lui dans les lieux célestes. « Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal…. » (Ap 4,6). Je me rappelle que la mer, dans le temple de Salomon, était le bassin où les prêtres du Seigneur se lavaient après avoir offert l’agneau. Je sais qu’il s’agit du symbole de ma purification quotidienne par la Parole, même si l’autel est le symbole de ma justification. Mais dans ce passage, je médite sur la mer de verre, semblable à du cristal. La Parole a pris sa forme éternelle, il n’y a plus besoin que je vienne à Dieu pour être purifié. Mon cœur est alors rempli de reconnaissance, d’adoration, de louange en Esprit et en vérité. Viendra un jour où le temps de la confession ne sera plus nécessaire. Viendra un temps où je me tiendrai devant Dieu dans toute la sainteté de Jésus-Christ, dans ma condition autant que dans mon statut, ma vieille nature partie pour toujours, la racine du péché détruite pour toujours, après la mort de ce corps, ou sa transformation au retour du Seigneur. Je lis alors mon passage biblique du soir, je contemple autour de moi cette scène du ciel et entrevois ce moment de triomphe éternel. Je lis : « Quand les êtres vivants rendent gloire et honneur et actions de grâces à celui qui est assis sur le trône, à celui qui vit aux siècles des siècles, les vingt-quatre vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône et ils adorent celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant : Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées » (Ap 4,9-11). Et je contemple à nouveau, avant que mes yeux ne se ferment, et me vois parmi eux, comme je le serai un jour, et je peux me joindre à leur culte parce que je sais que la nécessité merveilleuse de purification momentanée ne sera plus nécessaire ce jour-là.

Saint, saint, saint ! Tous les saints t’adorent,

Déposant leurs couronnes dorées autour de la mer de verre ;

Chérubins et séraphins se prosternent devant toi,

Qui étais, qui es et qui seras pour l’éternité.

Je ne connais pas de vérité plus propice pour susciter notre plus profonde dévotion que la certitude de l’arrivée de ce jour, où je n’aurai plus jamais besoin de regarder en arrière et de dire : « Seigneur, je confesse ceci et je te demande pardon pour cela. »

Puis je m’endors calmement, pensant à lui, lui parlant, avec des méditations qu’il a lui-même qualifié de douces. Et je sais que demain, que ce soit un jour de tempête ou de calme, je m’éveillerai avec lui. Que je connaisse de calmes journées ensoleillées de travail et de bénédiction, ou bien les combats de la maladie et des soucis qui assaillent tout humain, je peux néanmoins reposer ma tête sur les promesses de Dieu avec l’assurance que tout concourra à mon bien. Rien ne m’atteindra sans être passé par la volonté aimante de mon Père céleste qui connaît les projets qu’Il a pour moi, projets de paix et non de malheur, pour me donner cette espérance attendue (Jr 29,11).

 

[1] Version Louis Segond 1910 utilisée pour toutes les citations bibliques

[2] Version Darby