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Les Anciens, Comment devenir un berger comme Jésus (J. RINNE)

Jeramie RINNE, Les Anciens, Comment devenir un berger comme Jésus, tr. de l’anglais (Church Elders: How to Shepherd God’s People Like Jesus, 2014) par Marie-Michèle RAÎCHE, 9Marks, Trois-Rivières [Québec], Cruciforme, 2019, 173 p.

La tâche et la fonction des anciens n’est pas toujours bien définie dans l’Eglise, si bien qu’il arrive qu’elle soit mal comprise par les premiers intéressés eux-mêmes. Fort de ce constat, qui conduit régulièrement des Eglises à nommer des anciens selon des critères humains de management plutôt que selon des critères bibliques, Jeramie Rinne revient à l’essentiel de l’enseignement biblique sur la fonction des anciens. Comme il le dit lui-même, « ce livre vise à fournir une description biblique et concise des tâches d’un ancien » (p. 20). Il le fait au moyen de huit chapitres courts, bien définis et pratiques.

Le chapitre 1 nous donne six critères pour définir qui devrait être ancien.

Le chapitre 2 définit la tâche des anciens au moyen de la métaphore du berger, démontrant que la responsabilité prioritaire des anciens ne consiste pas à « gérer » l’Eglise, mais à prendre soin de la croissance spirituelle des membres.

Quant au chapitre 3, il explique que c’est principalement au moyen de la Parole de Dieu prêchée et expliquée que ce soin spirituel s’exerce. Car c’est par sa Parole que Dieu règne dans l’Eglise. Selon lui, cette tâche d’enseignement repose collégialement sur tous les anciens de l’Eglise. Ainsi elle ne devrait pas être réservée à l’ancien salarié de l’Eglise (notons qu’il emploie l’expression « ancien non rémunéré » pour parler des anciens qui ont un travail séculier à côté de leur ministère, sans pour autant faire une distinction « clergé-laïc »).

Dans le chapitre 4, Rinne souligne que le soin des anciens envers les brebis ne se limite pas à l’enseignement de la Parole, mais qu’il inclut aussi le fait de veiller sur les brebis qui s’égarent. Il les répertorie, avec sensibilité et nuances, en cinq catégories distinctes.

Au chapitre 5 il définit l’autorité avec laquelle les anciens devraient exercer leur ministère. Avec équilibre, il démontre que les anciens ont reçu une véritable autorité pour diriger l’Eglise, mais qu’elle doit être exercée dans une attitude de service humble envers tous, à l’exemple du Seigneur Jésus-Christ.

Afin de relativiser l’ampleur de la tâche pastorale des anciens, au chapitre 6, Rinne explique qu’elle doit toujours être envisagée au sein du conseil des anciens et de la pluralité des dons qui s’exercent dans un tel groupe.

Les deux derniers chapitres revêtent une importance capitale. En effet, d’un côté, au chapitre 7 Rinne met l’accent sur le fait que, pour que l’enseignement porte des fruits, il faut qu’il soit accompagné par une vie conséquente avec l’enseignement dispensé, car les paroles sans les actes n’ont aucune autorité. D’un autre côté, au chapitre 8 il termine en soulignant l’importance de la prière dans la vie des anciens. Prière personnelle, bien sûr, mais aussi prière en conseil pour chaque membre de l’Eglise ainsi que pour les anciens eux-mêmes dans l’exercice de leurs tâches. Pour souligner l’importance de la prière dans le ministère des anciens, il a cette belle image tirée de l’informatique actuelle : « Percevez-la (la prière) plutôt comme un système d’exploitation sur lequel fonctionnent toutes les applications nécessaires aux anciens » (p. 145).

Rinne a le mérite de prendre des positions claires sur des sujets controversés et de les assumer sans entrer dans la polémique : Il est complémentariste sur la question du ministère pastoral, exerce son ministère dans une Eglise de type congrégationaliste et croit à l’équivalence des termes « ancien », « berger », « évêque » et « pasteur-docteur », ces termes servant à souligner les aspects multiples et variés du ministère. Cela dit, je trouve que son orientation ecclésiastique transparaît assez peu, c’est pourquoi, quelle que soit la forme d’organisation de l’Eglise à laquelle vous appartenez (épiscopalienne, presbytérienne, indépendante, congrégationaliste) vous tirerez profit de la lecture de cet ouvrage.

Après un tel résumé, on pourrait penser que la lecture de ce livre est réservée exclusivement aux anciens (rémunérés et non rémunérés) de nos Eglises.  Eh bien détrompez-vous ! Je crois que cet ouvrage, de par sa clarté et sa brièveté, devrait être lu par chaque personne impliquée dans une Eglise locale. Il permettrait ainsi à chacun d’acquérir une vision claire du ministère de ses anciens pour prier plus spécifiquement pour eux, et afin de ne pas avoir d’attentes excessives ou erronées à leur égard. Et pour ceux qui veulent vraiment creuser le sujet, il me semble que ce petit ouvrage est une bonne entrée en matière avant de « s’attaquer » aux ouvrages plus volumineux et techniques comme ceux de Alexander Strauch : Les anciens, Qu’en dit la Bible ? et Diriger avec amour.