Les rencontres chrétiennes : et si j’étais finalement rebuté(e) par le présentiel ? (Ps 133)

 

Est-ce qu’il t’arrive d’éprouver de la difficulté à avoir de la joie lorsque tu te retrouves avec d’autres chrétiens ? As-tu l’impression, à certains moments, de faire tous tes efforts pour être intégré mais de te sentir, malgré tout, rejeté ou négligé ? Es-tu frustré de ta vie communautaire avec les frères et sœurs de ton Eglise ? Tu t’investis et tu n’obtiens pas de retours… Est-ce que cela t’arrive de préférer « l’Eglise sur Zoom » à l’Eglise en présentiel ?

Mais qu’est-ce qui doit concrètement caractériser notre joie dans nos liens avec nos frères et sœurs ? Quelle est la réelle source de cette joie ?

Dans le Psaume 133, David nous fournit la réponse. Nous sommes dans le contexte des Psaumes des montées. Ces chants indiquent l’état d’esprit que devait avoir le pèlerin en route vers la fête à Jérusalem. Des quatre coins du pays, tous se rassemblaient sous une même bannière, et avaient un même but et une même pensée unificatrice : le privilège de rencontrer Dieu dans son temple, de pouvoir lui offrir un sacrifice et de recevoir, conformément à l’ancienne alliance, la prospérité des récoltes et d’autres bénédictions pour eux-mêmes et leur famille.

Mais quelle est la différence entre la joie expérimentée dans un tel contexte et celle qu’on peut éprouver dans le club de pétanque du village ? Dans ce psaume, David nous l’explique, nous fait sentir la profondeur qui définit cette joie et la manière dont celle- ci est infiniment plus grande que n’importe quelle autre chose.

L’UNITE (v. 1)

Au v. 1, nous voyons que le point de départ passe par « des frères unis comme un ». Par cette expression, l’auteur reprend l’idée de l’unité de la famille, des liens du sang. Ceux-ci représentaient, à l’époque, certaines obligations, comme celle de prendre soin les uns des autres – d’aider chacun à survivre et à prospérer. Il s’agissait d’une unité forte qui permettait à chaque individu d’être épanoui et protégé au sein d’une même famille.

Ce que David définit ici par l’unité des frères reprend cette compréhension mais va également au-delà des liensdu sang. Il redirige cela vers le domaine spirituel. En effet, ce qui unit, dans ce cas, les Juifs entre eux n’est pas l’appartenance filiale, mais bien le mont Sion, une même destination, une même espérance, qui transcende les différences, bref, une même croyance en YHWH, le Dieu de l’univers.

De cette unité profonde ressort de la joie. David mentionne deux métaphores pour que nous puissions comprendre la source et l’intensité de cette joie dans l’unité.

L’ONCTION (v. 2)

Il évoque l’onction du grand prêtre Aaron au verset 2. L’onction est l’acte de verser de l’huile sur une personne pour la consacrerà un rôle ou à un service (royauté, prêtrise). Nous savons qu’il existe une dimension particulière avec l’onction du grand prêtre Aaron : c’est lui le premier de la lignée des grands prêtres instaurés par Dieu. Cette onction était plus importante que celle des autres prêtres (Ex 29.35 ; Lv 8.33) et était associée à l’onction des rois.

Mais la notion la plus importante se situe dans le rôle que jouait ce grand prêtre. Le grand prêtre avait un rôle d’intermédiaire entre Dieu et son peuple et un rôle d’intercesseur pour le peuple.Il était aussi le seul à pouvoir pénétrer dans le lieu très saint une fois par an afin de faire la propitiation pour tout le peuple (Lv 16). Hébreux 9,6-7 décrit le rôle privilégié et exclusif du grand prêtre : « Tout cela étant ainsi installé, les prêtres entrent en tout temps dans la première tente, lorsqu’ils accomplissent le rituel du culte. Mais, dans la seconde, seul le grand prêtre pénètre, une fois par an, non sans y présenter du sang pour lui-même et pour les fautes du peuple. »

Nous voyons donc que le grand prêtre répond au plus grand problème du peuple, à savoir son péché, car, on sait que, dans l’Ancien Testament, aucun sacrifice ne permettait de pardonner les péchés commis à main levée,de façon volontaire. Le grand prêtre détenait donc, à lui seul, la possibilité de bénir le peuple d’une manière particulière.

Et quelle manière ! Car la plus grande joie qu’un homme puisse ressentir est de se savoir en règle avec son Dieu. Cela passe par le pardon des péchés, par le privilège de pouvoir être déclaré juste, de pouvoir s’approcher de Dieu – de savoir que sa bénédiction viendra et qu’il n’est plus sous son jugement.

Ici, il est question de la joie comme de l’huile d’onction sur la tête d’Aaron qui symbolise la bénédiction que seul le grand prêtre peut donner et qui est associée à une grande joie, le grand prêtre étant lui-même une bénédiction pour le peuple.

LA ROSEE (v. 3a)

La deuxième métaphore nous parle de la rosée de l’Hermon qui vient sur Sion. Pour bien comprendre cette métaphore, je la replacerais dans un contexte plus parlant pour nous aujourd’hui.

Il faudrait nous imaginer en train de marcher dans le désert le plus aride du Sahara avec juste quelques réserves d’eau dans nos bagages. Nous marchons vers une destination merveilleuse, nous le savons, mais en attendant, nous sommes toujours dans le désert. Il fait chaud, et le voyage est difficile. Tout à coup, de manière inattendue, les nuages apparaissent, puis deviennent de plus en plus noirs… Une pluie soudaine et abondante surgit en pleine saison sèche et il s’avère que cette pluie provient de la Belgique !

Quelle bénédiction bienvenue et bienfaisante ! Mais as-tu noté le caractère impossible de ce phénomène ? De la même manière, il serait scientifiquement impossible que la rosée en provenance de l’Hermon (montagne connue pour ses grandes réserves de neige) puisse atteindre les flancs de Sion. Nous sommes ici en présence d’un miracle : seule une intervention divine pourrait rendre cela possible.

Le peuple chemine avec le désir d’être béni par Dieu à l’arrivée de son voyage (dans le cadre de l’ancienne alliance, pour recevoir la prospérité matérielle et, alors qu’il fait cet effort, Dieu le bénit déjà d’une manière particulièrement bienfaisanteet inattendue pour l’aider à arriver plus facilement à destination).

ET NOUS ?

Il existe un autre type de pèlerinage bien plus glorieux que ce pèlerinage vers Sion. Si nous sommes chrétiens, nous pouvons nous compter parmi les pèlerins en voyage vers une destination fabuleuse !

De la même manière que nous marchons actuellement dans ce monde en terre étrangère aride et parfois dangereuse, nous possédons tous une même espérance et avons une seule chose en tête : tous les rachetés de Dieu en Jésus-Christ sont des pèlerins en route vers la Jérusalem céleste.

Ce chemin est aride et sera sans aucun doute difficile. La Bible, à de nombreuses reprises, nous met en garde à ce sujet ! Mais une chose nous unit et nous procure de la joie : la pensée de ce qu’a accompli notre grand prêtre quia reçu l’onction de Dieu pour effectuer son rôle. Il s’agit de la pensée que notre grand prêtre, Jésus-Christ, a donné sa vie pour que nous puissions avoir une espérance et l’assurance que nos péchés sont pardonnés et que nous sommes en bonne relation avec notre Père céleste. Nous savons, n’est-ce pas, que le sacrifice accompli par Jésus-Christ a une valeur infiniment plus grande que celui de l’ancienne alliance offert par Aaron ? Christ a offert sa propre vie en sacrifice afin de nous donner une assurance qui ne doit pas être renouvelée chaque année mais qui nous est acquise définitivement. Et, plus encore, en Christ, nous possédons bien plus que les bénédictions matérielles de l’ancienne alliance : nous avons en lui tous les avantages de la nouvelle alliance.

Voici quelle est la source de notre joie : une espérance commune, une motivation commune dans la chose la plus importante au monde. C’est cela qui nous apporte une joie que le monde ne connaît pas – et que ton club de pétanque ne pourra jamais reproduire…

Qu’y a-t-il de plus glorieux et de plus réjouissant que l’assurance du pardon de ses péchés et la joie de pouvoir cheminer vers notre destination éternelle en sachant que cet héritage a été acquis une fois pour toutes, que nous en sommes les bénéficiaires et que, dans cet endroit, nous pourrons vivre pour l’éternité, proches de notre Dieu ?

C’est l’espérance et la motivation communes à tout chrétien, que nous vivons en famille et que nous partageons les uns avec les autres. Car, si nous avons placé notre foi en Christ, nous appartenons au même Père qui nous bénit et, comme il nousa aimés, nous voulons également aimer d’autres aujourd’hui.

Souvenons-nous cependant qu’il s’agit d’un cheminement. Nos attitudes, notre joie, notre compréhension du sacrifice ne sont pas encore parfaites, car nous sommes encore en progression dans la sanctification, n’est-ce pas ? Il ne faut donc pas puiser notre joie dans la manière dont les autres frères/sœurs agissent envers nous, ou encore s’attendre à ce que les autres frères/sœurs nous apportent quelque chose de particulier. Notre joie doit fondamentalement provenir de l’onction de notre grand prêtre, et plus nous connaîtrons et comprendrons l’œuvre de Jésus-Christ, plus notre joie sera grande.

Recentrer nos pensées sur l’essentiel et avoir une bonne perspective sur l’étape du trajet où nous nous trouvons permettra de nous donner entièrement à l’amour fraternel, cela sans crainte du rejet ou de la déception – sans devoir attendre quelque choseen retour, car nous saurons que Christ nous a déjà tout donné. Plus nous connaîtrons cela, plus nous aurons le désir que les autres le réalisent également, et plus nous prendrons soin de nos frères et sœurs pour les conduire, les soutenir, les encourager dans leur cheminement vers la destination finale, car nous saurons quele combat en vaut la peine.

Certains diront : « Mais c’est dur : je serais presque tenté d’abandonner le voyage ». Vous répondrez alors : « Rappelle-toi la fin glorieuse qui nous attend ! Viens, mon frère, marchons ensemble vers la demeure de notre Dieu ! » Par amour, nous voudrons que ceux qui débutent peut-être dans la foi goûtent également à cette joie, qu’ils réalisent toujours plus les privilèges de la vie chrétienne et notre espérance commune.

Rappelons-nous que cette joie et cette plénitude de l’amour fraternel ne dépendent pas de toi ou de moi. Mais, comme la bénédiction de l’Hermon vient de manière surnaturelle/miraculeuse et rafraichissante sur cette colline aride de Jérusalem, de même, la joie vient de manière miraculeuse de la part de Dieu qui nous bénit déjà aujourd’hui alors que nous cheminons vers la Jérusalem Céleste où cette unité sera rendue parfaite.

Naturellement, nous n’avons pas cela en nous-mêmes : nous sommes ennemis les uns des autres. Nous nous détestons les uns les autres. Chacun passe son temps à critiquer les autres et à se croire meilleur que les autres. Mais Dieu nous unit et nous donne de l’amour les uns pour les autres. C’est un miracle qui vient de Dieu. Dieu change nos cœurs, nos attitudes et nos motivations pour que nous puissions maintenant cheminer ensemble. La joie de l’unité fraternelle passe donc par un miracle de Dieu et est précisément une bénédiction rafraichissante qui nous aideà avancer plus facilement vers notre destination.

Dans les moments plus difficiles, il peut être bon de garder cela à l’esprit : qui est celui qui bénit le peuple par l’entremise d’Aaron ? Qui place l’huile sur son front pour le consacrer ? (Le grand prêtre est- il instauré par les hommes ou Dieu ? Seul Dieu instaure le grand prêtre !) Qui bénit par la rosée une montagne aride ? Il est impossible à l’homme de reproduire ce phénomène ailleurs que dans un studio hollywoodien.

Qui peut bénéficier de la joie de l’unité fraternelle ? Uniquement ceux qui regardent à ce modèle de bénédiction, c’est-à-dire uniquement ceux qui regardent à Christ, le grand prêtre parfait instauré par Dieu pour accomplir le salut. La bénédiction fraternelle et la joie inexprimable qui en découle proviennent entièrement de Dieu et sont données à ses enfants pour qu’ils avancent sur ce chemin parfois difficile. Par cela, nous voyons que Dieu prend soin de nous tout au long de notre chemin.

Ainsi donc, la communion fraternelle ne doit pas être considérée comme une difficulté mais bien comme un privilège, un équipement supplémentaire donné par Dieu pour nous conduire au lieu où toute bénédiction spirituelle sera intégralement expérimentée. Cherchons donc à prendre soin de nos frères et sœurs en Christ avec nos pensées orientées de la bonne manière, vers celui qui est notre modèle et le seul qui nous permet d’y arriver.

Il est impossible de vivre sa foi seule. Notre vie chrétienne est semblable à ce cheminement et Dieu nous donne des frères et sœurs pour nous aider à tenir bon, à nous entraider, à nous reprendre. Cela est une grâce !

LA BENEDICTION (v. 3b)

Nous lisons ensuite, au verset 3, « Car là est la bénédiction ! » Les Psaumes des montées ont un aspect d’« aller simple ». Nous ne voyons pas de retour. On voit les pèlerins en train de cheminer vers Sion dans les autres psaumes de ce groupe, mais il n’y a pas de suite pour exprimer le retour dans leur demeure. Cela signifie que Sion est la destination suprême où toute personne désire rester, car c’est là que nous sommes bénis.

Pour les Juifs de l’époque, la bénédiction était directement liée à la prêtrise d’Aaron et à un désir de recevoir une vie abondante consécutive à l’obéissance aux commandements de Dieu. Par l’expression « la vie pour l’éternité », les Juifs avaient en tête leur bien-être matériel sur cette terre – une prospérité durable.

Aujourd’hui, nous savons que Christ, notre grand prêtre, a accompli infiniment plus et a été obéissant là où nous ne l’avons pas été, et qu’ainsi la bénédiction nous est réservée. Et pour nous, chrétiens de la nouvelle alliance, bien qu’il soit possible de jouir d’une certaine prospérité à travers l’entraide, les dons ou le soutien de certains chrétiens à l’égard d’autres, comme c’était le cas dans l’Eglise primitive (Ac 4,34 ; Ph 4,10-20), ce n’est pas essentiellement à ce genre de bénédiction que nous devons aspirer. Ce n’est pas ce qui doit nous motiver. Nous ne devons pas nous attendre uniquement à recevoir de nos frères dans cette vie.

Mais c’est bien la bénédiction que nous trouvons en Christ qui est celle que chaque chrétien doit garder en tête. Ainsi, la plus grande des bénédictions est le privilège d’être enfant de Dieu et d’avoir l’assurance de posséder réellement « la vie pour l’éternité » auprès de lui. Le mont Sion est là où l’unité sera vécue parfaitement et où nous demeurerons pour l’éternité ensemble dans la présence de notre Dieu.

Eprouves-tu des difficultés dans la communion fraternelle ? Rappelle-toi l’œuvre de ton Dieu, sa grâce envers toi. Rappelle-toi combien ton salut en lui est complet, et souviens-toi du but précis que comporte cette communion. Rappelle-toi aussi que cela ne dépend pas de toi mais de Dieu qui donne à chacun. Rappelle-toi du but ultime de cette communion et profites-en, car il s’agit d’une bénédiction qui t’aidera, toi et tes frères et sœurs, à progresser vers la demeure de ton Père.

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