Courir pour remporter le prix, La persévérance dans le Nouveau Testament (Thomas SCHREINER)

Thomas SCHREINER, Courir pour remporter le prix, La persévérance dans le Nouveau Testament (Réflexions), tr. de l’anglais (Run to Win the Prize, 2009), Lyon, Clé, 2020, 118 p.

Au moment où je prépare cette recension (en août 2020), je viens d’avoir une « rencontre » par Zoom avec deux membres d’une Eglise wallonne qui souhaitaient discuter de la prédestination.  Je ne connaissais pas par avance la teneur de notre discussion, mais plusieurs questions reviennent régulièrement dans ce domaine et perturbent souvent des croyants.  Parmi ces interrogations « classiques » figurent les suivantes.  Si les croyants sont prédestinés et persévéreront à coup sûr, à quoi cela sert-il de les mettre en garde contre la possibilité qu’ils quittent la course ?  N’est-il pas possible, dans la pratique, de perdre son salut ?  Ne connaissons-nous pas des personnes qui avaient professé la foi en Christ à une certaine époque mais qui l’ont abandonnée depuis ?  

Très souvent, les difficultés qui sont évoquées proviennent du fait de valoriser certains textes bibliques sans les faire cohabiter avec d’autres.  Courir pour remporter le prix correspond au meilleur exposé que j’aie lu de l’articulation entre (1) les promesses selon lesquelles Dieu gardera le croyant jusqu’au bout de la course et (2) les avertissements quant à la nécessité que le croyant persévère.  L’arminien insiste sur (2) aux dépens de (1), et certains calvinistes insistent sur (1) aux dépens de (2).  Thomas Schreiner a le souci d’éviter le réductionnisme et de faire justice à toutes les données des Ecritures.  Voici la façon dont il conjugue (1) avec (2) :

…les avertissements sont un des moyens qu’il utilise pour nous garder sur le bon chemin de la confiance en Christ.  Les mises en garde ne s’opposent pas aux promesses, mais Dieu les utilise pour accomplir ses promesses.  Tout comme les panneaux nous aident à conduire en sécurité sur l’autoroute, les avertissements nous rappellent qu’il nous faut continuer à mettre notre confiance en Christ. 1

Cette solution, prônée, entre autres, par Charles Spurgeon2 et Herman Bavinck3, ne plaira sans doute pas aux calvinistes qui discernent dans Hébreux 6,4-6 une allusion à des non-croyants, encore moins aux arminiens.  Je la trouve personnellement persuasive4.  L’exégèse mise en avant par l’auteur, l’un des spécialistes néotestamentaires les plus réputés de notre époque, est fine et présentée avec clarté5.

Schreiner répond à plusieurs objections qui sont soulevées, dans l’esprit de certains, par le point de vue qu’il développe.  Persévérer ne correspond pas, insiste-t-il, à une œuvre méritoire ni ne signifie être libre de péché (« Une vie de persévérance est une vie de foi et de repentance6 »).  Il explique aussi que « les avertissements n’éteignent pas notre assurance, mais sont un des moyens que le Seigneur utilise pour la fortifier7 ».  

Ce livre, malgré sa brièveté, est assez dense8 du fait des nombreux paragraphes d’exégèse, mais Schreiner écrit avec un cœur pastoral, et son argumentation est édifiante.

Les questions qu’aborde ce livre ont bien figuré dans la rencontre sur Zoom.  J’ai pu recommander – vivement – ce livre au frère et à la sœur en question.  Il me semble probable que c’est un cas de figure qui se répétera dans le cadre de discussions semblables.  Mais je voudrais encourager mes frères et sœurs plus largement à profiter de ce livre : il n’est pas nécessaire d’attendre le moment où ces questions en rapport avec le calvinisme (re)deviendront brûlantes !  Gloire à Dieu pour l’éclairage appréciable sur ce sujet important qui est mis à notre disposition !

  1. P. 96.
  2. P. 38.
  3. P. 77.
  4. Il y a, bien entendu, la possibilité que je porte des œillères.  Ce livre correspond au point de vue que j’enseigne depuis des années, et j’aurais peut-être besoin de me laisser davantage exposer à l’autre position calviniste.  Mais l’un des apports de ce livre consiste en le fait de démontrer que Hébreux 6 n’est pas essentiellement différent d’un bon nombre d’autres passages tels que Galates 5,2-4.  « [L]es avertissements de cette épître [aux Hébreux] fonctionnent de la même manière que la plupart des autres avertissements néotestamentaires » (p. 31).
  5. Une petite tare s’est glissée dans la traduction à la page 13 mais n’affecte aucunement la valeur globale du livre : au lieu de « conseil » dans la 15e ligne, on devrait lire « admonestation » ou « avertissement ».
  6. P. 64.
  7. P. 87.
  8. On comprend la décision de reléguer les notes à la fin du livre, mais je ne suis sans doute pas le seul lecteur à souhaiter les trouver en bas de page…