L’adoration et la prédication, Prêcher avec un cœur qui exulte devant la Parole (John PIPER)

John PIPER, L’adoration et la prédication, Prêcher avec un cœur qui exulte devant la Parole, tr. de l’anglais (Expository Exultation: Christian Preaching as Worship, 2018) par N. LAMBERT, E. BAPST, J. MARCOUX HOULE, O. LEGENDRE et O. ANYE ZHANG, Trois-Rivières (Québec), Publications Chrétiennes – Editions Impact, 2019, 351 p.

On le sent à la lecture de ses derniers livres, le pasteur John Piper est à une étape de sa vie où il désire transmettre son héritage spirituel et théologique1. Excellente nouvelle pour tous ceux qui, comme moi, ont été d’une manière ou d’une autre au bénéfice de son riche ministère de prédicateur. On retrouve ainsi dans le présent ouvrage toutes les convictions fortes de Piper au sujet de la prédication, en lien avec les traits classiques de sa pensée qui ont tant encouragé plusieurs générations de chrétiens de par le monde. 

Le livre est soigneusement structuré en sept parties. Dès les premières pages, Piper explique clairement son intention : « l’un des premiers soucis de ce livre », écrit-il, « consiste à démontrer que la prédication est non seulement une aide à l’adoration, mais qu’elle est de l’adoration » (p. 21, italiques dans l’original). Les deux premières parties développent donc cette thèse en montrant que l’adoration collective fait partie de l’identité du peuple de Dieu, et que la prédication par exposition2 tient une place centrale en la matière. Il précise ainsi : « … prêcher – l’adoration par la prédication – convient particulièrement bien au culte collectif chrétien, car adorer consiste à connaître, chérir et démontrer la valeur suprême et la beauté de Dieu » (p. 61, italiques dans l’original). Fruit à la fois de l’œuvre surnaturelle de l’Esprit (3e partie) et du travail méticuleux du prédicateur (4e partie), la prédication par exposition atteindra son but – l’adoration – dans la mesure où elle saura « prêter une attention rigoureuse aux mots mêmes du texte biblique afin d’en saisir la réalité profonde… » (p. 179, 5e partie). La sixième partie propose de définir cette dernière en trois points clés, à chaque fois expliqués puis richement illustrés : la gloire de Dieu (ch. 13 et 14), la croix de JésusChrist (ch. 15 et 16) et l’obéissance de la foi par l’Esprit (ou sanctification, ch. 17 et 18). C’est vers ces trois facettes que pointent tous les textes de l’Ecriture, y compris l’Ancien Testament (7e et dernière partie). Voilà donc l’appel dangereux et glorieux de chaque prédicateur : travailler scrupuleusement le texte biblique pour que soit mise en lumière cette réalité ultime et que jaillisse du cœur des auditeurs – et du prédicateur – une adoration sans cesse renouvelée (conclusion). 

Bien que présenté de manière très aéré et agréable3, il faut reconnaître que cet ouvrage n’est pas un livre de plage : il demande concentration et réflexion, et s’adresse plutôt à des lecteurs qui ont la responsabilité de la prédication dans leur Eglise locale ou au-delà, ou qui souhaitent s’y engager. Mais pour celui qui s’y plonge, le bénéfice sera grand et le cœur brûlera en bien des endroits comme à chaque fois que s’exprime la passion de Piper pour le Seigneur et sa Parole ou que résonnent ses nombreux appels à transmettre la Parole avec ferveur. « Le messager », écrit-il ainsi, « [ne peut] demeurer indifférent au message, à moins d’être indifférent envers le Roi » (p. 824). Nous souscrivons pleinement à l’idée que la prédication par exposition est le moyen par excellence pour atteindre le but qu’est l’adoration, comme il l’exprime si bien : « pour moi, la prédication est une adoration prêchée par exposition » (p. 62 ; italiques dans le texte5). Nous avons également trouvé très précieuses ces trois réalités vers lesquelles pointent tout texte de l’Ecriture (ch. 13 à 18) ou les conseils pratiques qu’il donne pour être un héraut qui transmet la Parole avec passion (ch. 7, p. 123ss.). 

Par contre, nous sommes plus circonspects sur certains passages du livre, comme ce qui nous semble être une spéculation hasardeuse sur la doctrine de la Trinité à la suite de Jonathan Edwards (p. 102ss)6 ou les fois où la ligne directrice du ministère Desiring God nous semble forcer quelque peu le texte biblique (p. ex., p. 293ss au sujet de la repentance). Plus généralement, et cela se vérifie dans sa manière de prêcher, nous trouvons qu’il prend parfois trop de liberté par rapport au texte biblique tel qu’il se présente à nous, dans sa structure et sa logique. Il écrit, par exemple : « Bien que ce soit la vérité, il ne suffit pas de dire : “Prêche la réalité que l’auteur de ce passage cherche à y communiquer”. C’est insuffisant… » (p. 248). Nous nous rangeons plutôt à la définition donnée par Charles Simeon : « Mon devoir est de faire ressortir de l’Ecriture ce qu’elle renferme et non d’imposer au texte ce qui, selon moi, pourrait s’y trouver. Je suis très exclusif à cet égard : ne jamais dire ni plus ni moins que ce que je crois être la pensée de l’Esprit dans le passage que je suis en train de considérer »7. 

Ces quelques réserves ne nous empêchent toutefois pas de louer le Seigneur pour le profond renouvellement ressenti à la lecture de cet ouvrage stimulant, et pour cet appel fort et clair à prêcher en adorant et pour susciter l’adoration, pour la seule gloire de Dieu.

  1. C’est sans doute ce qui explique que les livres cités en notes sont souvent ceux de l’auteur, en particulier Reading the Bible Supernaturally: Seeing and Savoring the Glory of God in Scripture, Wheaton [Illinois], Crossway, 2017, mais aussi (p. ex.) p. 32, n. 2 ; n. 4 n. 4 ; p. 172, n. 25 ;  p. 268, n. 2.
  2. Il semble que cela soit la traduction de l’expression anglaise « expository preaching » que l’on retrouve dans le titre anglais : Expository Exultation : Christian Preaching as Worship ». L’expression peut aussi se traduire « prédication textuelle » ou « prédication expositive ».
  3. Même si nous sommes plus mitigés sur la traduction qui ne nous semble pas suffisamment rigoureuse en plusieurs endroits, à commencer par la traduction du titre qui juxtapose prédication et adoration alors même que tout le propos du livre les lie intimement.
  4. Voir aussi les magnifiques formulations p. 91 en haut ou p. 295.
  5. Cf. aussi p. 180 en bas et p. 185ss.
  6. Bonne critique de la théologie trinitaire d’Edwards par Ralph CUNNINGTON dans son article « A Critical Examination of Jonathan Edwards’s Doctrine of the Trinity », Themelios 39.2July 2014,  (https://www.thegospelcoalition.org/themelios/article/a-critical-examination-of-jonathan-edwardss-doctrine-of-the-trinity/ (consulté le 31 juillet 2020).
  7. Cité par David HELM, La prédication textuelle, Trois-Rivières (Québec), Publications Chrétiennes – Editions Cruciforme, 2017, p. 16. Plus loin, Helm écrit : « c’est la forme et le thème du texte biblique qui dictent la forme et le thème de la prédication » (p. 18).