L’Église et l’attirance homosexuelle : mythes et réalité (E. SHAW)

Ed SHAW, L’Église et l’attirance homosexuelle : mythes et réalité, Romanel-sur-Lausanne, Ourania, 2019, 175p.

Que vous ayez déjà lu ou non un ouvrage évangélique sur l’homosexualité, celui d’Ed Shaw mérite qu’on s’y arrête.

En effet, le livre est écrit avec honnêteté et un courage notoire : le sujet concerne l’auteur lui-même, Ed Shaw, l’un des pasteurs de l’Eglise Emmanuel de Bristol (p. 37, 40). L’auteur reconnaît qu’il n’a « jamais ressenti d’attirance sexuelle pour une femme » (p. 101) et qu’il est attiré par des personnes de même sexe, et cela depuis ses « 16 ans » (p. 101).  Le livre veut remettre en cause la pensée et l’attitude dans l’Eglise pour que les croyants (jeunes, responsables ou pasteurs) soient de plus en plus éclairés sur ce sujet qui reste tabou dans nos milieux évangéliques. L’auteur note que le silence de l’Eglise est malheureusement couvert par l’influence grandissante de la communauté gay, pourtant minoritaire, sur la vie publique et donc dans l’esprit des jeunes (et moins jeunes) de nos Eglises (p. 24).

L’auteur aborde le sujet en partant du principe que la Bible est normative pour la vie du croyant, tout en étant sensible au contexte culturel des textes. Tout au long du livre, sans jamais bâcler les questions ou fuir les problèmes, il vise à aider les croyants attirés par les personnes de même sexe en mettant en évidence la vie en abondance promise par Jésus à ses brebis dans Jean 10.10. L’essentiel de l’ouvrage (p. 29-132) consiste en l’examen de neuf « mythes » où l’auteur désire dégager les vérités bibliques des poussières relevant du produit de l’histoire, dans le but de redonner aux paroles de Jésus toute leur crédibilité et la vie en abondance qu’elles promettent.

S’opposant à la pensée que « notre sexualité définit notre identité » (mythe n°1), l’auteur fait une différence entre le fait d’être « gay » (avoir un compagnon et une vie sexuelle avec une personne de même sexe) et le fait d’avoir « une attirance envers les personnes de même sexe » (p. 30). L’auteur préfère se décrire par la seconde expression, car, sans nier la réalité du péché, elle permet d’appuyer davantage la réalité de notre union à Christ (Ep 1.4s ; Hé 2.11, etc.), ce qui permet une identification du chrétien par le Sauveur plutôt que par son péché (p. 35).

Ed Shaw ne manque pas d’examiner l’excuse très répandue selon laquelle « si l’on naît homosexuel, cela ne peut pas être mal » (mythe n°3). Sans cacher le fait qu’il est « né gay », avec une attirance envers les garçons dès le début de sa puberté (p. 49), il examine honnêtement la question du « gène gay », présente dans l’esprit de plusieurs : existe-t-il un ADN de l’homosexualité ? Même si un tel gène existait (ce que récuse le généticien Andrew Rutherford : p. 52), dit-il, cela ne dédouanerait pas l’homosexuel. Dans le Psaume 51.7, en effet, David reconnaît qu’il est conçu, marqué par le péché, sans pour autant excuser le meurtre et l’adultère qu’il a commis. Ed Shaw en déduit que le fait d’être né gay « ne justifie pas forcément le fait d’embrasser une identité et un mode de vie gays » (p. 56). En se tournant vers Dieu, on voit que le créateur appelle ce mode de vie instinctif péché et nous en tient responsables et coupables (p. 58).

L’auteur nous paraît avoir raison de noter que dans les mœurs, il semble acquis que « piété rime avec hétérosexualité » (mythe n°7), de sorte que personne n’a envie de voir son enfant devenir homosexuel (p. 97). Cependant, dit-il, au lieu de passer beaucoup de temps à éviter que son enfant adopte des tendances homosexuelles, il est plus sain de se préoccuper de la piété de sa progéniture (p. 99).

Shaw fait aussi bien de dénoncer la mauvaise presse qu’ont le célibat (mythe n°8) et la souffrance (mythe n°9) dans nos milieux évangéliques. S’il le fait, c’est parce que le célibat, vécu parfois dans la souffrance, reste l’une des seules options bibliques possibles pour un croyant attiré par les personnes de même sexe (p. 116s).

Dans cet ouvrage, si le développement et les arguments interpellent en général, le lecteur peut cependant trouver regrettable de ne pas voir, sous la plume de l’auteur, une préoccupation de faire mourir la tendance anti-biblique, contre la volonté divine, d’avoir des désirs portés vers des personnes de même sexe. L’impression reste qu’il faut l’accepter (p. 100s, 104). Certes, bien que rien ne soit impossible à Dieu, on ne peut pas garantir à un paralytique d’être guéri en ce monde-ci (c’est l’exemple cité par l’auteur, p. 104). Cependant, il nous semble normal de soutenir (par la prière et d’autres moyens de grâce) l’aspiration du paralysé à marcher en ce monde-ci ou dans l’autre.

Cela dit, la perspective de l’auteur se veut encourageante pour les jeunes attirés par les personnes de même sexe. Au lieu de se laisser engluer dans le courant ambiant qui incite à vivre une vie homosexuelle en devenant gay, l’auteur exhorte les jeunes à résister dans le sens des commandements bibliques (p. 11-19, 133s) : saisir l’identité de fils et fille de Dieu en Christ, se réjouir de tout ce que Christ a fait pour nous, trouver dans l’Eglise une famille telle que promise par Jésus (Mc 10.30).