Manuel de lecture de l’Ancien Testament par le Nouveau Testament (G. K. BEALE)

Recension de Gregory K. BEALE, Manuel de lecture de l’Ancien Testament par le Nouveau Testament, tr. de l’anglais (Handbook on the New Testament Use of the Old Testament, 2012) par Vincent MARTY-TERRAIN, Editions HET-PRO, St-Légier, 2020, 279 p.

Que faire quand un auteur du Nouveau Testament (NT) cite l’Ancien Testament (AT) ? Comment s’y prendre pour analyser la citation ? L’auteur du NT prend-il en compte le contexte où se trouve la citation ? Qu’est-ce qui constitue un type dans l’AT ? Comment identifier une allusion à l’AT ? Gregory Beale est un spécialiste de la théologie biblique et de l’usage de l’AT par le NT et dans ce livre, il nous fournit un manuel détaillé qui nous aide à répondre à ces questions et à comprendre comment le NT utilise l’AT.

Au sein de ce qu’il appelle « le cœur » du livre (p. 65), à savoir le chapitre 3, Beale présente une approche en neuf étapes que nous devrions suivre si nous trouvons une citation ou une allusion à l’AT dans le NT : (1) identifier la référence à l’AT ; (2) analyser le contexte plus large du passage dans le NT ; (3) analyser le contexte plus large du passage auquel le NT fait référence ; (4) analyser l’usage du passage de l’AT dans la littérature juive ; (5) comparer la forme textuelle de l’AT (le texte massorétique en hébreu, la LXX en grec ainsi que d’autres) avec le NT en grec ; (6) analyser l’usage textuel que fait l’auteur du NT de la citation ; (7) analyser l’usage interprétatif de la citation ; (8) analyser l’usage théologique de la citation ; et (9) analyser l’usage rhétorique de la citation1. Ceci nous encourage à prendre le temps d’aller creuser dans l’AT pour comprendre le contexte de la citation et de se demander pourquoi l’auteur du NT a choisi de la citer ainsi. 

Beale m’a ouvert les yeux sur deux considérations en particulier. Premièrement, il est important de comprendre comment les livres ultérieurs à l’AT comprennent les parties antérieures. Beale précise que le NT « peut citer un passage antérieur à l’AT, mais le comprendre en tenant compte des développements interprétatifs plus tardifs de ce passage dans le canon vétérotestamentaire » (p. 156). Cela m’a aidé à voir que nous devons donc non seulement analyser le contexte immédiat du passage cité par le NT, mais encore analyser la façon dont l’AT lui-même emploie tel ou tel passage cité dans le NT. 

Deuxièmement, il est utile d’étudier la littérature juive de la période intertestamentaire pour nous aider à comprendre comment les contemporains des écrivains du NT ont compris tel ou tel passage de l’AT. Beale compare cette littérature aux commentaires que nous consultons dans l’étude du NT. « En effet, si nous pensons que consulter les commentaires modernes est utile, pourquoi nous priverions-nous des commentaires antiques, qui sont plus proches de l’époque où les écrits néotestamentaires étaient composés, et qui peuvent montrer une connaissance inédite des modes de pensée qu’ils avaient en communs avec les auteurs du NT ? » (p. 76)2. La littérature juive peut nous aider de trois manières différentes : si l’auteur du NT cite l’AT de la même façon que ses contemporains juifs, la littérature juive peut parfois nous aider à comprendre pourquoi c’est le cas. En revanche, si le NT cite l’AT d’une manière tout à fait différente par rapport à la littérature juive de l’époque, nous voyons ce qui est unique dans le NT. On peut penser ici à la façon dont Paul fait appel à Abraham en Romains 4 en demandant s’il était justifié par ses œuvres. Il emploie la citation de Genèse 15,6 pour prouver que ce dernier fut justifié non pas par ses œuvres mais par la foi, contrairement à ce que les écrivains juifs de l’époque avaient enseigné, à savoir que sa foi était une œuvre méritoire3. Troisièmement, si la littérature juive ne fait aucune mention d’un passage particulier dans l’AT, il y a peut-être une raison particulière pour ceci. Je pense à l’usage que fait Jésus du titre de « Fils de l’homme » (cf. Daniel 7) pour s’auto-désigner, usage qui était tout à fait inconnu dans la littérature juive de l’époque. L’emploi de ce titre relève donc de son propre choix qui comprend clairement l’idée du Messie mais sans les a priori des gens concernant un Messie militant4. Bien que le pasteur fort chargé n’ait probablement pas l’occasion de chercher lui-même dans la littérature juive pour comprendre comment tel un tel passage de l’AT fut compris et de comparer cet emploi avec celui qu’en fait le NT, ce livre nous encourage à être plus attentif à ce que les commentaires plus techniques en disent. 

Je recommanderais ce livre pour un pasteur désireux de mieux comprendre comment le NT utilise l’AT. Le livre est assez complexe et dense et ne se prête donc pas facilement à édifier la majorité des chrétiens dans nos Eglises. Cependant, il serait d’une grande utilité pour les étudiants en théologie désireux de développer de bonnes habitudes pour comprendre une citation de l’AT dans le NT. Tout pasteur ou ancien soucieux de comprendre l’utilisation variée que le NT fait de l’AT bénéficierait de cet ouvrage.

Si vous avez accès à l’anglais, je vous encourage chaleureusement à profiter du volume édité par Beale (et Donald Carson), le Commentary on the New Testament Use of the Old Testament5. Celui-ci utilise la méthode proposée par Beale dans le Manuel et analyse pour chaque livre du NT chaque citation de l’AT qui s’y trouve. Il s’agit d’une véritable mine d’or !

  1. Ces étapes sont résumées aux pages 211-212.
  2. Bien sûr, un commentaire rédigé par quelqu’un qui est régénéré par l’Esprit de Dieu aura plus d’utilité pour éclairer le sens du texte qu’un commentaire écrit par quelqu’un qui est irrégénéré, quelle que soit l’antiquité de l’écrit en cause, mais les textes du judaïsme primitif peuvent nous aider à voir comment les textes de l’AT furent compris par d’autres à l’époque de la rédaction du NT.
  3. Voir la discussion de Samuel BENETREAU, L’Epître de Paul aux Romains, tome 1, Vaux-sur-Seine, Edifac, 19962, pp. 114-116.
  4. Voir les remarques de Richard T. FRANCE, The Gospel of Mark, NIGTC, Grand Rapids, Eerdmans, 2002, pp. 127-128.
  5. Grand Rapids, Baker, 2007, 1239 p.