Procréation Médicalement Assistée. Pour une éthique protestante évangélique (M. JOHNER)

Michel JOHNER, Procréation Médicalement Assistée. Pour une éthique protestante évangélique, Kerygma/Aix-en-Provence, Excelsis/Charols, 2019, 92 p.

Jusqu’où peut-on aller pour avoir un enfant ? C’est, en substance, la question à laquelle Michel Johner tâche de répondre dans cet ouvrage qui tombe à point nommé, avec l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes en France. Ce livre ne s’adresse toutefois pas d’abord à ceux qui s’intéresseraient au débat actuel sur la PMA homo- ou monoparentale (pour femmes en couple ou femmes seules). Mais il apporte surtout des éclairages éthiques à tous les chrétiens, et notamment aux couples chrétiens, qui s’interrogeraient sur la légitimité des techniques d’assistance médicale à la procréation.

D’ailleurs, l’auteur a fait le choix inhabituel d’aborder son sujet non sous forme de discours académique, mais de dialogue imaginaire au sein d’un couple que forment Ghislain, de confession catholique, et Isabelle, de confession protestante. En mettant ainsi en scène les questionnements de ce couple stérile ayant pris contact avec un service de PMA, l’auteur fournit une forme de « canevas » aux conjoints chrétiens pour se situer dans ce débat complexe. Mais surtout, grâce au cas particulier d’Isabelle et Ghislain, il nous fait entrer concrètement dans la réflexion qui accompagne une telle démarche.

Après un court chapitre consacré à des questions préliminaires importantes sur le respect de l’embryon, le livre se découpe en trois grandes parties.  Il est d’abord question de la PMA « endogène », qui assiste la rencontre des gamètes au sein du couple. Puis, l’auteur aborde le sujet plus délicat de la PMA « exogène », lorsque le gamète du parent reconnu stérile est remplacé par celui d’un donneur anonyme. Enfin, un dernier chapitre est consacré à des PMA de nouveaux types : homoparentales ou monoparentales.

La structure du livre est simple et le propos agréable à suivre, grâce à l’échange constant entre Ghislain et Isabelle. Le discours du premier correspond au discours du catholicisme officiel, qui condamne de façon absolue tout type de PMA (y compris « endogène »), sous prétexte que la PMA pervertirait la relation à l’enfant « en substituant un acte technique à l’étreinte des corps » (p. 22). Quant à Isabelle, l’auteur s’en sert pour essayer de formuler ce que serait la « pensée protestante ‘moyenne’ » (p. 13) sur le sujet. Dans l’ensemble, il ressort de ce dialogue que l’éthique protestante est beaucoup plus ouverte à la PMA (du moins « endogène », au sein d’un couple hétérosexuel) que son homologue catholique (même si cette ouverture se veut prudente). Car elle estime que le recours à la technologie scientifique n’est pas intrinsèquement mauvais ou immoral. Au contraire, il est même justifié lorsqu’il ne se substitue pas à l’acte conjugal, mais supplée par des moyens techniques à un dysfonctionnement en redonnant à la sexualité du couple la fertilité dont elle est anormalement privée. L’auteur montre avec beaucoup de clarté quelles sont les divergences sur la question entre catholiques et protestants. Mais il souligne aussi les convergences, beaucoup plus nombreuses lorsqu’il s’agit des PMA « exogènes », « homoparentales » et « monoparentales ».

En fin pédagogue, Michel Johner a fait le choix de partir du cas particulier d’Isabelle et Ghislain (une FIV avec don de sperme) pour aborder ce sujet complexe et sensible. Ce choix est parfaitement justifié dans la mesure où il rend son propos beaucoup plus concret. Cela dit, comme l’introduction le rappelle, « l’expression PMA peut recouvrir une grande diversité d’actes médicaux » : insémination artificielle, don d’embryon, grossesse pour autrui, fertilisation in vitro, etc. Or, « chacun soulève des questionnements éthiques spécifiques » (p. 14) que l’auteur a choisi, sans doute par souci de concision, de ne pas détailler dans son livre. Cela se comprend, mais cela signifie que plusieurs questions connexes à la PMA ne sont pas abordées. Même si les principes formulés au fil du livre sont transposables aux situations voisines avec quelques ajustements, certains lecteurs ressentiront peut-être le besoin de poursuivre leurs réflexions sur le sujet en consultant d’autres ressources, plus complètes.

S’il fallait poser un bémol, cela concernerait le manque d’assises bibliques du livre. Hormis quelques pages consacrées à la notion de filiation et au rapport à l’enfant dans l’Écriture, la formulation d’une pensée protestante « moyenne » sur la PMA se fait davantage en dialogue avec l’instruction catholique Donum vitae qu’avec la Bible. Certes, l’auteur explique dans l’introduction que son propos « implique, en amont… des prises de positions théologiques » (p. 14) motivées par une exégèse du texte biblique. Mais il nous semble que l’ancrage biblique de la position protestante aurait davantage pu être souligné.

Pour conclure, nous avons là un ouvrage qui met en lumière toute la complexité de ce sujet sensible, tout en offrant de précieux éclairages aux conjoints chrétiens confrontés à un problème de stérilité. Ce livre servira d’excellent point de départ pour tous ceux qui accompagnent des couples en mal d’enfant ou qui s’interrogent eux-mêmes sur le bien-fondé d’un recours à la PMA.