Tite 1.1-6 – Exhortations adressées par un pasteur parisien

Au seuil d’une nouvelle année académique, nous nous mettons à l’écoute des exhortations adressées par Trévor HARRIS, pasteur de l’Eglise Protestante Evangélique de la Garenne Colombes, dans l’Ouest parisien. Nous reproduisons à cette fin la prédication qu’il a apportée il y a un an, au début de notre dernière année académique. Il nous encourage, au moyen d’une prédication sur Tite 1, à rester attachés à notre vision et, en particulier, à notre deuxième principe de fonctionnement – la centralité de l’Evangile.

INTRODUCTION

Je me rappelle que lorsque j’étais à l’institut biblique, un prof nous a dit une fois que c’est bien d’avoir repéré des passages dans la Bible auxquels on peut revenir constamment pour nourrir notre foi et notre ministère en temps de sécheresse ou lorsque nous sommes particulièrement conscients de notre faiblesse. Pour moi, l’épître de Paul à son collaborateur Tite est un des puits d’eau fraîche qui me fait du bien.

C’est un peu à la mode de nos jours de parler d’un ministère centré sur l’Evangile ou de la centralité de l’Evangile en toutes choses. Il s’agit d’une bonne mode, et cette épître a été écrite, je le pense, pour aider Tite à vivre ce ministère centré sur l’Evangile et à faire en sorte que de multiples ministères centrés sur l’Evangile, nourris de la grâce, enracinés en Jésus-Christ, portés vers l’espérance, fructueux en bonnes œuvres foisonnent sur l’île de Crète là où Tite se trouvait au moment de recevoir cette lettre – et, bien sûr, bien au-delà, même ici en Belgique ou en France, parce que, selon sa providence souveraine, Dieu a donné cette lettre personnelle à toute l’Église, pour que chaque Eglise, où qu’elle se trouve, quelle que soit son époque, puisse vivre un tel ministère.

Il y a beaucoup de choses dans ce chapitre et, bien sûr, on ne va que les effleurer ce matin. Nous allons voir, dans un premier temps et dans les quatre premiers versets, à quel point la proclamation de l’Evangile est vitale. Ensuite, plus brièvement, dans un deuxième temps, nous verrons la saine cohérence de la saine doctrine et, finalement, dans un troisième temps, nous méditerons sur la cruauté pastorale de l’hérésie.

1 VERSETS 1 A 4 : LA PROCLAMATION DU PUR EVANGILE EST VITALE

Selon son habitude, l’apôtre Paul a bien réfléchi à l’introduction de sa lettre. Oui, il nous donne quelques informations de base un peu à la façon de nos e-mails. Cette lettre vient de Paul et elle a pour destinataire Tite. Tite n’est pas n’importe qui pour Paul, mais son fils bien-aimé dans leur foi commune, verset 4.

On sent là toute la tendresse de cette lettre pastorale. En effet, le ministère crée cette tendresse, parce que nous luttons ensemble dans cette foi commune. Nous sommes frères et sœurs du même Père et du même grand frère, Jésus-Christ. Le ministère que Dieu nous a donné n’est pas un ministère solitaire : il n’est pas juste un ministère de professionnels qui ont acquis quelques compétences, mais un ministère profondément familial.

 

Alors comment est-ce que Paul comprend ce ministère familial ? Dans les versets 1 à 3, il nous en livre beaucoup de détails.

¹ Paul, esclave de Dieu, apôtre de Jésus-Christ selon la foi de ceux qui ont été choisis par Dieu et selon la connaissance de la vérité qui est conforme à la piété, ² dans l’espérance de la vie éternelle, – cette vie, Dieu, qui ne ment pas, l’a promise avant les temps éternels, ³ et en son temps il a manifesté sa parole dans la proclamation qui m’a été confiée, à moi, par ordre de Dieu, notre Sauveur.

Les idées sont construites de manière précise et dense chez Paul. C’est pour ça qu’il vaut la peine d’apprendre le grec en institut biblique. Le prédicateur a besoin de passer pas mal de temps à examiner ces phrases et leur syntaxe. C’est un travail nécessaire qui porte du fruit et qui nous montre également où Paul veut en venir dans cette épître, car ce qu’il dévoile dans ces versets nous prépare pour toute la suite et nous aide à bien interpréter la suite aussi.

Si nous savons déjà qui a envoyé la lettre et qui en est le destinataire, ces versets nous révèlent aussi l’objectif de sa lettre. En fait, ils nous révèlent le pourquoi de la mission de Paul, son but dans le ministère et cela n’est pas sans lien avec le but que Tite a également dans le ministère et que nous avons dans le ministère.

Certes, nous ne sommes pas des apôtres de Jésus-Christ comme Paul, mais nous sommes des esclaves de Dieu, et la suite de la lettre montre bien que Tite est appelé à poursuivre le ministère de Paul, à faire comme lui.

Quelle est sa mission ou son ministère ?

D’abord, il s’agit d’un ministère en faveur des élus – en faveur de ceux que Dieu a choisis. Il ne s’agit pas d’un ministère envers nos convertis, nos brebis, notre Eglise, mais envers son peuple, celui que, selon sa grâce souveraine, il a pris l’initiative de sauver. Si nous voulons exercer un ministère qui rend gloire à Dieu, il convient de ne pas oublier ce point. Notre ministère est en faveur de son peuple et non pas le nôtre. Nous voulons fortifier leur foi en Jésus-Christ.

Et ce n’est pas pour rien que Paul choisit ce petit mot « élus » pour décrire les chrétiens. Nous voyons tout au long de cette épître le thème de la grâce, c’est-à-dire cette faveur imméritée de Dieu qui est accordée à tous ceux qui mettent leur confiance en Christ. Cette grâce est un don qui est accordé et qui n’est jamais gagné. Il est donné à ceux que, par pure grâce, Dieu a choisis dès la fondation du monde. C’est un mystère qui nous dépasse, mais un mystère lumineux qui nous rend humbles et reconnaissants devant Dieu.

Ensuite, nous voyons que ce ministère est « selon la connaissance de la vérité ».

Leur foi sera fortifiée au fur et à mesure qu’ils grandissent dans leur connaissance de la vérité, celle qui concerne Jésus. Le peuple de Dieu a besoin d’une connaissance de la vérité, d’une connaissance de l’Evangile, d’une connaissance de notre Dieu trinitaire. Cette connaissance est vitale. C’est pour ça que vous êtes à l’Institut, le maillon / 4 pour grandir vous-mêmes dans cette connaissance de l’Evangile sans laquelle votre ministère ne peut fortifier la foi du peuple de Dieu.

Dans la suite de cette lettre, Paul va évoquer à de nombreuses reprises la connaissance de la vérité. Au chapitre 2, il va parler de l’œuvre rédemptrice de Jésus à la croix. Il va évoquer la grâce qui y a été manifestée. Il nous parle de notre sanctification en Jésus-Christ. Au chapitre 3, il va parler de la régénération, c’est-à-dire, de la nouvelle naissance. Il va la lier à la justification par la foi seule en vertu de la grâce seule. Il parle de notre adoption en Jésus-Christ. Partout, on goûte à l’espérance chrétienne de la vie éternelle, à l’eschatologie.

C’est un message très saillant et salutaire pour notre époque, parce qu’il y a une pression énorme en faveur d’un enseignement pas trop lourd, mais plutôt léger – un enseignement motivant, un enseignement qui divertit et qui touche nos sentiments avant tout. Bien comprises, ces choses-là ne sont pas forcément mauvaises, mais souvent cet accent trahit un manque de confiance dans la suffisance de la parole et dans la pertinence de la parole pour toute notre vie. Mais le peuple de Dieu, celui que nous servons, a un besoin criant, qu’il en soit conscient ou non, qu’il le réclame ou non, de la connaissance de la vérité, de la saine doctrine.

Il a vraiment besoin de mieux comprendre la sainteté de Dieu, la perfection de sa justice, la toute puissance de sa souveraineté. Il a besoin de cerner la gravité de son péché devant Dieu. Il a besoin de bien comprendre la justification par la foi seule, en vertu de la grâce seule. Il a besoin de savoir que la nouvelle naissance est une œuvre souveraine de Dieu en faveur d’hommes et de femmes qui d’eux-mêmes ne peuvent même pas choisir de suivre Dieu.

Dans nos milieux, je pense que nous devons avouer que nous sommes souvent très faibles dans ce domaine. Vous êtes à l’Institut pour être formés en vue de remédier à cela, afin que le peuple de Dieu puisse goûter, semaine après semaine, à la richesse de la vérité, à la pureté de la doctrine chrétienne. Nous verrons un peu plus loin que les enjeux sont de taille. Ça vaut la peine pendant ces années d’études d’acquérir de bons outils d’étude biblique, de mieux comprendre la doctrine chrétienne afin d’être en mesure de l’expliquer de manière claire, succincte, intéressante et fidèle.

Alors, pourquoi ?

Parce que cette connaissance n’est pas purement intellectuelle, mais elle est profondément fructueuse et pratique. Est-ce que vous voyez ça à la fin du verset 1 : « la connaissance de la vérité qui est conforme à la piété » ?

Peut-être que ce petit mot « piété » ne vous dit pas grand-chose. C’est un mot dont se servait une génération précédente, je pense. C’est le mot « eusebeïa », et il renvoie à l’idée de « la vie qui plaît à Dieu » – une vie ancrée en Dieu qui est conforme à sa sainteté, qui produit sa sainteté. On peut également parler de « la vie heureuse », d’une vie où Dieu se trouve au centre, où Dieu est honoré, craint et aimé. Ce mot n’apparaît qu’une fois dans cette lettre, mais il s’agit pourtant d’un des thèmes majeurs de cette lettre : la vie qui plaît à Dieu – la vie bonne et fidèle – revient dans une autre expression que l’on rencontre régulièrement, celle qui mentionne les bonnes œuvres. Le chapitre 1er parle de responsables d’Eglises qui mettent en pratique ce qu’ils croient. En 2,7 Paul exhorte Tite à être un modèle de belles œuvres. En 2,14 Paul dit que Jésus « … s’est donné lui-même pour nous, afin de nous rédimer de tout mal et de purifier un peuple qui soit son bien propre et qui se passionne pour les belles œuvres. » En 3,8 Paul dit, « Cette parole est certaine, et je souhaite que tu l’affirmes catégoriquement, afin que ceux qui ont placé leur foi en Dieu s’appliquent à exceller dans les belles œuvres. Voilà qui est beau et utile aux humains ! » Et l’avant-dernier verset de la lettre insiste encore une fois là-dessus : « Il faut que les nôtres aussi apprennent à exceller dans les belles œuvres, pour subvenir aux nécessités urgentes, afin de ne pas être sans fruit. »

Si nous sommes au Seigneur, si nous avons été pardonnés et justifiés, c’est en vue de porter du fruit, en vue de vivre autrement, à la gloire du Dieu qui nous aime.

Si nous nous rappelons les premiers chapitres de la Genèse, nous comprenons que c’est ce que Dieu avait toujours voulu. Il a toujours voulu une planète peuplée d’êtres humains qui l’aiment – qui lui obéissent, qui lui font confiance, qui vivent pour l’adorer. C’est la connaissance de la bonne nouvelle de Jésus-Christ qui produit cette nouvelle vie qui honore notre Seigneur et qui nous fait du bien en nous préservant de bien d’écueils pécheurs. C’est dans cet Evangile si fructueux que s’accomplit le dessein de Dieu dans la création.

Mais comment est-ce que cette connaissance de la vérité produit cette vie d’obéissance, cette vie bonne et fidèle ?

Revenons au verset 2 ! Elle le fait « dans l’espérance de la vie éternelle. » Cette logique, Paul va l’expliciter plus loin au chapitre 2, aux versets 11 à 14, mais déjà nous voyons sa pensée en germe. La connaissance de Jésus est profondément transformatrice, car elle nous donne la vie éternelle, cette vie promise par Dieu dans les Écritures il y a bien des années, promise dès le chapitre 3 de la Genèse, promise à Abraham et à ses descendants. C’est la bénédiction d’une vie avec Dieu, dans sa présence, comme ses enfants. C’est le renversement des malédictions de la chute. Cette espérance évoque la grâce immense qui est la nôtre en Jésus-Christ.

Et Paul ajoute un détail de poids : la personne qui nous a promis cette vie éternelle est Dieu lui-même, et il ne ment jamais. Notre vie éternelle à venir est fondée sur le fait que les promesses de Dieu sont sûres – que Dieu est sûr, fidèle, fiable.

La foi croit Dieu. Elle le croit sur parole. Le croyant a la foi que Dieu fera tout ce qu’il a promis, et cette foi qui saisit la promesse de la vie éternelle est le carburant injecté dans le moteur qui nous propulse vers la vie qui plaît à Dieu – cette vie où Jésus est honoré comme Seigneur.

Cette espérance doit être bâtie sur la connaissance de Dieu et de l’Evangile. C’est la connaissance que Dieu a tout fait pour que nous puissions connaître le maillon / 5 sa faveur et garder sa faveur aujourd’hui comme dans l’éternité. Si cela dépendait de nous-mêmes et de nos efforts, on n’aurait aucune certitude quant à sa faveur envers nous – tout au contraire.

Est-ce que vous voyez que c’est l’Evangile de la grâce qui nous change ?

Ce n’est pas un ministère où nous insisterions sur notre devoir de faire de bonnes œuvres sans parler de Jésus, de son œuvre achevée et suffisante, de la grâce. Le légalisme ne produit pas de bonnes œuvres.

Mais ce n’est pas non plus un ministère où l’on parlerait d’une grâce au rabais, d’une grâce selon laquelle c’est le métier de Dieu d’être sympa, de ne pas imposer d’exigences, de nous accepter tels que nous sommes comme si de rien n’était.

Non, c’est un ministère centré sur l’Evangile qui nous change. Cet Evangile qui nous montre de manière humiliante à quel point nous avons besoin du pardon de Dieu, de sa grâce. Cet Evangile qui nous montre que Dieu a tout fait pour que nous puissions être à lui, aujourd’hui, et jusque dans l’éternité. C’est la grâce acquise une fois pour toutes qui sera le socle de notre espérance, et cette espérance sera le carburant de la vie qui plaît à Dieu. C’est la connaissance nourrie de la grâce, enracinée en Jésus, portée vers l’espérance qui produit la vie qui plaît à Dieu. Cette connaissance nous libère de la condamnation pour nous faire entrer de manière permanente dans la présence du Dieu qui nous a rachetés. Elle nous donne une nouvelle envie, celle de lui plaire. 

Paul finit la section en disant quelque chose qui peut nous surprendre.

Comment est-ce que nous avons cette vie éternelle ? Nous l’avons certainement parce que Jésus nous l’a acquise à la croix et nous l’a procurée à sa résurrection, mais ici Paul met l’accent sur le moyen immédiat de ce salut. Il a été manifesté par la proclamation de la parole de Dieu.

Frères et sœurs, si nous avons cette espérance, c’est parce que la bonne nouvelle nous a été prêchée. La prédication est d’une importance capitale, vitale. Je suis sûr que vos cours d’homilétique sont intéressants, stimulants, captivants, mais plus que ça, ils sont d’une importance extraordinaire, parce qu’ils vous équipent pour un ministère par lequel Dieu donne la vie à ceux qu’il a choisis d’avance.

Il y a beaucoup de choses à faire dans le ministère, beaucoup de choses qui vont réclamer notre attention – que ce soit un ministère en tant que pasteur, évangéliste, assistante de paroisse, conseiller en relation d’aide – mais la proclamation de la parole, du haut de la chaire, en étude biblique, de manière plus personnelle, est vitale parce qu’elle donne la vie. Un ministère centré sur l’Evangile sera forcément un ministère où la proclamation de la parole est centrale.

Certes, cette proclamation a l’air parfois très faible, et nous sommes faibles. Les illustrations pertinentes nous manquent. Il y a des passages difficiles que nous avons du mal à expliquer. Nous ne sommes pas tous des orateurs doués qui savons utiliser notre voix ou qui captons facilement l’attention de nos auditeurs avec des anecdotes amusantes. Il n’empêche que Dieu utilise sa parole pour donner la vie. Et dans la mesure où nous restons fidèles à sa parole, sa voix efficace sera entendue. Paul veut que Tite en soit convaincu, que nous en soyons pleinement convaincus.

Vous vous préparez à un tel ministère, et c’est pour ça que vos études sont rigoureuses. Oui, c’est parfois dur, mais ça vaut la peine, car il y va de la vie, de la vie éternelle de ceux à qui vous allez annoncer cette parole.

Et c’est le ministère de la parole, cette parole proclamée semaine après semaine, dans la faiblesse, cette doctrine expliquée avec fidélité et clarté bon an mal an, qui va porter du fruit, qui va transformer notre cœur et celui de nos frères et sœurs.

2  VERSETS 5 A 9 : LA SAINE COHERENCE DE LA SAINE DOCTRINE

Dans les versets 5 à 9, Paul parle de la mission spécifique qu’il a donnée à Tite, celle de nommer des anciens dans chaque Eglise. Nous n’avons plus la personne de Tite dans nos Eglises, mais cette lettre a été donnée par Dieu à nos Eglises pour que nous puissions discerner et nommer des anciens.

Et comme il l’a déjà fait, Paul est soucieux de nous montrer le lien entre la connaissance de la vérité et la vie qui plaît à Dieu qui en découle. Il faut que ce lien entre l’orthodoxie et l’orthopraxie, entre la saine doctrine et la vie bonne et fidèle, soit là – soit manifeste dans la vie des hommes qui sont choisis pour ce ministère.

Paul énumère un certain nombre de traits de caractère à chercher dans un tel homme. Il évoque sa vie de famille, sa fidélité maritale, sa capacité à gérer sa famille. Il faut chercher des hommes qui ne sont pas avides, ni portés sur l’argent, ni portés sur le prestige du ministère, mais qui sont profondément humbles, maîtres d’eux-mêmes, pondérés. Paul décrit la vie bonne et fidèle, la vie que l’Evangile produit, la vie qui ressemble à celle de Jésus. Ce ne sont pas que les anciens qui doivent produire de tels fruits dans leur vie, c’est la vie à laquelle nous sommes tous appelés, auquel tout chrétien est appelé.

Mais parce que nous sommes tous appelés à ressembler à Jésus, c’est d’autant plus important que nos responsables aient commencé à faire des progrès dans chacun de ces domaines. Ils sont nos modèles. On enseigne verbalement, mais comme Paul invitait parfois ses lecteurs à l’imiter, qu’on le veuille ou non, ceux qui suivent notre enseignement observeront aussi notre vie et par la force des choses ils l’imiteront. C’est une pensée qui devrait nous rendre bien sobres. Il suffit de penser à tous les enfants dans votre Eglise. Ils vous regardent de près.

Et la vie de l’ancien démontre, qu’il le veuille ou non, à quel point il a lui-même compris la vérité de l’Evangile dans toute sa splendeur, à quel point il est animé par l’espérance de la vie éternelle parce que c’est l’Evangile qui produit de tels fruits. Un des objectifs le maillon / 6 de l’IBB est « la rigueur dans l’étude de la parole » et cet objectif va de pair avec un autre, à savoir « l’importance de la croissance des étudiants dans la maturité spirituelle. »1

On peut être rigoureux dans l’étude de la parole sans grandir dans la maturité spirituelle. On peut juste rechercher des connaissances théologiques pour être en mesure d’avoir de bonnes notes, mais si la parole est vraiment crue, méditée, chérie, si vos cœurs s’y soumettent en toute humilité, cette parole va vous transformer et vous serez des serviteurs vraiment utiles pour vos frères et sœurs.

Peut-être que vous ne serez jamais pasteur ou ancien dans une Eglise, mais vous serez sans doute un jour appelé à choisir un pasteur, à voter sur la candidature d’un ancien. Sa vie est d’une importance capitale : elle vous montre à quel point cet homme a compris l’Evangile –cet Evangile que vous et vos frères et sœurs avez besoin d’entendre semaine après semaine, dans toute sa richesse, si vous voulez progresser.

Mais au-delà de sa vie exemplaire, il lui faut quelques compétences dans la parole aussi. Il y en a qui ont et qui développent ces compétences et d’autres qui n’en ont pas et qui ont tout simplement d’autres dons. Ce n’est pas la peine de choisir quelqu’un parce qu’il a un travail stable ou impressionnant ou parce qu’il est quelqu’un de bien, mais pour le bien de l’Eglise il faut qu’il sache enseigner les Écritures. Sans cette doctrine comment est-ce que ceux que Dieu a choisis vont l’entendre et recevoir la vie éternelle ? Sans un bon enseignement comment est-ce que nous allons grandir en maturité spirituelle ? Ce n’est pas facile dans nos Eglises francophones où on manque de chrétiens mûrs et où parfois nos conseils d’Eglise manquent cruellement d’anciens. La tentation, c’est de mettre quelqu’un qui n’est pas vraiment à sa place et les conséquences peuvent se révéler désastreuses.

Le verset 9 nous dit qu’il faut qu’il soit « attaché à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, pour pouvoir encourager par l’enseignement sain et réfuter les contradicteurs. »

C’est un travail d’enseignement positif et négatif. Il faut que nous soyons assez futés non seulement pour exposer avec clarté les Ecritures, enseigner fidèlement les doctrines du péché et de la justification, mais assez clairvoyants et surtout assez courageux pour exposer ce qui est faux, ce qui mine la vérité. Nos Eglises ont besoin de pasteurs, d’anciens qui peuvent relever la barre et enseigner plus clairement, plus fidèlement, et cela, pour que nous puissions grandir, porter du fruit. Elles ont aussi besoin de pasteurs qui aiment assez la parole, qui aiment assez les brebis du Seigneur pour les protéger de faux enseignements parce que tout faux enseignement est forcément cruel.

3  VERSETS 10 A 16 : LA CRAUTE DE L’HERESIE

C’est ce que nous voyons dans la dernière partie, les versets 10 à 16 – « la cruauté de l’hérésie », expression que j’ai empruntée à un livre portant ce titre2. Encore une fois, nous voyons le lien entre la saine doctrine et la vie qui plaît à Dieu, sauf qu’ici c’est l’inverse : la fausse doctrine qui mène à la vie qui déplaît à Dieu. Le verset 16 l’explique succinctement : « Ils déclarent connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres. Ils sont abominables, rebelles et inaptes à toute œuvre bonne. » Certains vont déclarer connaître Dieu, déclarer connaître même la bonne doctrine chrétienne évangélique, mais leur vie révélera que ce n’est pas le cas.

Et les conséquences sont dramatiques. Le verset 11 nous dit que des maisons entières sont bouleversées. Lorsque notre enseignement est médiocre, lorsqu’il est dilué, lorsqu’il ne présente pas Jésus-Christ dans toute sa grandeur, lorsqu’il s’agit simplement d’une recette pour aller mieux dans la vie, pour être émotionnellement plus épanouis, pour vivre une meilleure vie ici-bas, plus riches, plus en sécurité, avec une belle famille, ça se révèle tôt ou tard cruel. Ça déstabilise les croyants. Ça les éloigne du Sauveur. Leur foi est affaiblie. Eux aussi commencent à porter de mauvais fruits : la générosité cède à l’égoïsme, les paroles édifiantes à la médisance. Ils risquent de ne pas persévérer dans la foi.

Si on aime le peuple de Dieu et si on aime la parole de Dieu, on ne peut pas laisser faire. Paul a dit à Tite de faire quelque chose, de « les reprendre sévèrement ». Ce n’est jamais facile de faire ça. Certains vont dire « Pour qui est-ce que vous vous prenez ? ». Franchement, c’est difficile d’exercer la discipline d’Eglise dans notre culture qui rejette l’autorité de manière ostentatoire. Vous serez traités sans doute d’autoritaires. C’est aussi pour ça que Paul a parlé de la famille des anciens. Est-ce qu’ils sont capables de se faire respecter par leurs enfants ? Est-ce qu’ils ont de l’autorité dans leur famille ? Est-ce qu’ils savent en faire bon usage, dans la douceur et dans la fermeté ? N’oublions jamais que la motivation doit être l’amour. Si nous aimons nos frères et sœurs, nous aurons envie de les protéger, de protéger leur espérance. Les enjeux sont de taille, rien de moins que la vie éternelle.

CONCLUSION

Nos Eglises en Belgique et en France ont vraiment besoin de l’Evangile, celui de la grâce, centré sur Jésus-Christ, fondé sur le Dieu qui ne ment jamais, celui qui nous donne une ferme espérance. Elles ont besoin d’enseignants, de pasteurs, d’anciens, de moniteurs d’école du dimanche, d’assistantes de paroisse et ainsi de suite qui aiment cette parole, qui s’y soumettent, qui en vivent jour après jour. Elles ont besoin de pasteurs et d’anciens qui puissent l’enseigner avec clarté, qui sont enracinés dans la saine doctrine et qui travaillent dur pour que tout le conseil de Dieu soit exposé, prêché avec fidélité semaine après semaine.

Je vous invite à profiter de vos études cette année pour grandir dans la clarté doctrinale, pour être équipés pour une exégèse rigoureuse. Les cours sur la justification, la régénération, l’élection, l’eschatologie, la christologie, le salut ne sont pas que des cours vous permettant d’avoir des notes, mais votre santé spirituelle et la santé spirituelle de nos Eglises en dépendent.

Bien sûr, profitez-en avec un esprit d’humilité et de prière, parce que c’est Dieu par son Esprit qui applique ces vérités à nos cœurs pour que nous portions du fruit. Il n’y a que lui qui puisse nous changer et renouveler notre intelligence. Prions que le Seigneur nous donne cet esprit d’humilité et cet amour pour sa parole et pour son peuple.

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  1. Vision de l’IBB, www.institutbiblique.be
  2. C. FitzSimons ALLISON, The Cruelty of Heresy, An Affirmation of Christian Orthodoxy, Harrisburg [Pennsylvanie], Morehouse, 1994, 197 p.