Être membre d’une Eglise locale (J. LEEMAN)

Jonathan LEEMAN, Être membre d’une Eglise locale, L’importance de représenter Jésus aux yeux du monde, tr. de l’anglais (Church Membership: How the World Knows Who Represents Jesus, 2012) par Nathalie SURRE, 9Marks, Publications Chrétiennes, Trois-Rivières [Québec], 2018, 174 p.

La pertinence de ce livre risque, de par son titre, de ne pas être bien comprise. La première partie, « Être membre d’une Eglise locale », peut nous faire croire qu’il est question d’un manuel technique pour une sous-catégorie de chrétiens appelés « membres » d’une Eglise locale. Pourtant, le livre est un plaidoyer en faveur d’une vision grandiose de l’importance de l’Eglise locale, et par conséquent, l’adhésion de tout chrétien à l’Eglise locale. C’est ainsi que la traduction française de ce livre parle souvent d’« adhésion à une Eglise » au lieu d’« être membre d’une Eglise ». La deuxième partie du titre, « L’importance de représenter Jésus aux yeux du monde », peut, quant à elle, nous paraître tellement bizarre que nous pourrions faire l’impasse sur son sens.

Ce qui serait une erreur. Cette expression (y avait-il un moyen de la formuler autrement ? Peut-être…) va au cœur du privilège et de la responsabilité qui sont propres au croyant en Jésus-Christ dans ce monde. Car Leeman dresse un portrait de l’Eglise en faisant une comparaison entre la relation d’un citoyen à sa nation (l’Etat) et le chrétien à l’Eglise. Si l’Etat a le pouvoir du glaive (et, par conséquent, le citoyen a une relation avec l’Etat qui est plus exigeante, plus formelle qu’une adhérence à un quelconque club bénévole), l’Eglise a le pouvoir « des clés » (et, par conséquent, le chrétien a une relation à l’Eglise qui est plus exigeante, plus formelle, qu’une adhérence à un club bénévole). Et pourtant, par défaut, notre société considère l’appartenance à l’Eglise comme se situant sur le même plan que la participation à une activité bénévole. Mais, selon Leeman, l’Eglise est comme une ambassade – un avant-poste d’un royaume, spirituel certes, mais toutefois bien réel. Lorsqu’un chrétien comprend que l’Eglise a la tâche de « représenter » Jésus ici-bas, il constate que ce n’est ni anodin, ni « optionnel » de faire partie d’une Eglise.  C’est même juste pour le chrétien de se soumettre à l’Eglise. Si ce propos heurte nos sensibilités, c’est la preuve, dirait Leeman, de l’écart qui existe entre notre pensée et la pensée biblique.

Le livre sert à rappeler aux croyants en Christ la portée de leur appartenance à Jésus-Christ : adhérer à Jésus-Christ par la foi, c’est adhérer à l’Eglise ; bien plus, c’est être l’Eglise de Christ (en partie, car l’Eglise, répétons-le pour notre contexte « post-chrétien » en Europe, n’est pas le bâtiment, mais le peuple, le rassemblement de membres de ce royaume qui avance).

De cette réalité découlent deux définitions importantes : (1) ce qu’est l’Eglise locale et (2) ce qu’est un « membre » d’une Eglise locale.  D’abord, « Une Eglise locale est un groupe de chrétiens qui se réunissent régulièrement au nom de Christ pour manifester officiellement leur appartenance à Jésus-Christ et à son royaume par la prédication de l’Evangile et les ordonnances de l’Evangile, et pour veiller les uns sur les autres1. » Deuxièmement, « le statut de membre d’Eglise implique une relation formelle entre une Eglise et un chrétien, où l’Eglise atteste la bonne marche d’un chrétien et veille sur lui, et où le chrétien se soumet à l’Eglise pour vivre sa vie de disciple sous ses soins2. » Cette compréhension de l’Eglise et en quoi consiste l’adhésion à une Eglise est établie dans les quatre premiers chapitres, terminant avec un résumé : « Douze raisons pour lesquelles il importe d’adhérer à l’Eglise locale. »

Les chapitres 5 à 8 construisent sur cette base, et traitent des questions qui en résultent : comment devenir membre (ch. 5), comment se soumettre à l’Eglise (ch. 6) et ce qui devrait se passer lorsqu’un membre échoue dans ces responsabilités (ch. 7). L’adhésion à l’Eglise en tant que membre, doit-elle revêtir la même forme partout ? Le chapitre 8 répond à cette question et plaide en faveur d’un certain degré de souplesse quant à la forme : des considérations telles que le lieu où le baptême a lieu ou le fait de passer par des cours avant de devenir membre peuvent varier en fonction du type de société dans laquelle l’Eglise se trouve, pourvu que la forme en question soit en adéquation avec les critères du Nouveau Testament (développés dans les chapitres précédents).

Dans ces chapitres il se trouve également des « excursus » utiles pour aborder des questions plus complexes (la relation d’un croyant envers les responsables d’Eglise, les limites de la soumission dans un contexte local).

En résumé : ce livre aide les chrétiens à concevoir autrement l’Eglise et leur appartenance à l’Eglise3. Il est court, biblique, non technique, bien illustré et appliqué, et accessible à tout chrétien.  Il est à recommander (1) à ceux qui sont dans nos Eglises mais qui ne sont pas sûrs de ce qu’un engagement peut signifier ; (2) à nos membres existants qui ignorent la grandeur ce qu’est leur Eglise locale (toute petite et faible qu’elle peut paraitre ici-bas) ; et (3) à nos responsables, pour qu’ils soient capables de bien expliquer aux autres la haute responsabilité qu’implique l’adhésion à leur Eglise locale.

  1. P. 71 (dans le livre, la définition figure en italiques).
  2. P. 84-85 (dans le livre, la définition figure en italiques).
  3. le livre présuppose une ecclésiologie congregationnaliste, sans que cela empêche une application utile des principes énumérés aux autres traditions ecclésiales.