L’alliance d’amour (C. STAM)

Clarence STAM, L’alliance d’amour, Comprendre la relation profonde entre Dieu et son peuple, tr. de l’anglais (The Covenant of Love, 1999) par Vincent COLLET, Trois-Rivières [Québec], La Rochelle, 2019, 260 p.

Comment faudrait-il appréhender le déroulement du plan salvateur de Dieu au travers des Ecritures ?  Ce livre parcourt l’histoire du salut en privilégiant le concept d’« alliance », est rempli de propos théologiquement justes qui font chaud au cœur, et cite régulièrement la Confession de foi belge1. Voilà autant d’atouts qui devraient suffire pour qu’il soit recommandé.  Il n’en est pourtant pas ainsi.

Le but du livre est d’« explorer les richesses de la relation que nous avons avec Dieu au sein de l’alliance d’amour » (p. 14).  Pour bien des lectrices et des lecteurs de cette recension, cet énoncé soulève deux questions.  D’abord : à quelle alliance fait-il référence ?  Pour Clarence Stam, il n’y a qu’une seule alliance divino-humaine, et même si « en quelques occasions la Bible parle d’alliances au pluriel, … dans ces cas-là elle fait référence à la seule et unique alliance qui existe à travers le temps2 ».  Notre désaccord avec l’auteur sur ce point n’est pas en lui-même une raison de déconseiller la lecture du livre : il est possible d’être persuadé qu’il faut distinguer nettement l’ancienne alliance de la nouvelle alliance (cf. 2 Co 3 ; Ga 3-4 ; Hé 8) et, en même temps, de confronter avec profit ses convictions à l’argumentation mise en avant par le partisan d’un plus grand degré de continuité au travers de l’histoire du salut.

La seconde question soulevée par le but-énoncé du livre concerne l’identité du « nous » qui jouit d’une relation avec Dieu.  La réponse que donne l’auteur à cette question est problématique et préoccupante.  Selon lui, on peut être membre du peuple de Dieu, parmi « [c]eux qui ont été placés dans l’alliance », « enfant de l’alliance », voire « enfant de Dieu en Christ », sans pourtant être sauvé3.  Comment est-ce possible ?  Stam explique : « Tout ce qui était vrai du peuple historique de Dieu est vrai aujourd’hui du peuple de Dieu dans la nouvelle alliance dans une mesure encore plus grande4 » ; « [l]’alliance s’accompagne toujours de sévères sanctions5 » ; « [l]’alliance ne garantit pas automatiquement le salut… Le salut des enfants de l’alliance est en danger lorsqu’ils deviennent laxistes et qu’ils se relâchent…6 » ; la prédication devrait avoir pour résultat que « [l]es enfants de Dieu … feront de plus en plus d’efforts pour montrer qu’ils sont en Christ7 » ; « …lorsque nous refusons d’observer l’obligation, nous perdons aussi le droit à l’accomplissement des promesses8 » ; « [a]pprenons à vivre conformément aux préceptes divins et ayons ainsi pour objectif de recueillir la bénédiction de ses promesses9 ».  Autrement dit, d’après l’auteur, le peuple de Dieu aujourd’hui est régi par la même structure d’alliance qu’à l’époque du régime établi au mont Sinaï, et cela entraîne, malgré des protestations par ailleurs10, une théologie de la justification par les œuvres11. Les implications pastorales de cet aspect majeur du livre sont de taille : qui oserait prétendre être à la hauteur ? Qui pourrait connaître l’assurance de son salut ? N’en déplaise aux propos de l’auteur, grâces soient rendues à Dieu pour la réalité de l’Evangile : la nouvelle alliance, qui régit la relation entre Dieu et nous qui sommes en Christ, ne comporte aucune condition ! Nous sommes sauvés sans référence à nos œuvres, cela grâce uniquement à l’œuvre du Christ (Rm 3-4 ; Ga 2-5) ! Que cela ne donne pas lieu au laxisme moral – souci légitime de l’auteur – est expliqué en Romains 5 à 8.

A la lumière de l’insistance de Stam sur la conditionnalité, il est paradoxal qu’il puisse traiter de « l’alliance de Dieu avec Adam, Noé, Abraham, David et aussi de la nouvelle alliance dans le sang du Christ12 » et laisser ainsi de côté l’alliance du Sinaï. Etant donné qu’il suit la trame biblique, nous lecteurs trouvons tout d’un coup une omission en cet endroit : c’est comme si un chapitre manquait… Pourtant, plus loin, l’auteur reconnaît l’existence de cette alliance sinaïtique13 dans le cadre de sa discussion de la nouvelle alliance14 ; il est même prêt à affirmer que « [cette] ancienne alliance devint désuète15 ».

Une autre incohérence figure dans sa discussion des sacrements : il déclare que « [l]e baptême et la foi ne doivent jamais être séparés16 » et, en même temps, il préconise le baptême des nourrissons. D’autres faiblesses significatives doivent être relevées : l’emploi d’un homme de paille dans son argumentation17, la citation de confessions de foi là où les Ecritures devraient suffire18 et un accent disproportionné sur le livre de la Genèse (la moitié de son ouvrage) aux dépens du reste de la révélation biblique.

Ce n’est pas que l’auteur soit libéral dans son attitude vis-à-vis de la parole de Dieu ni que sa propre piété doive être remise en question19. Mais il aurait été préférable que l’éditeur sélectionne un représentant plus persuasif du point de vue réformé sur les alliances : l’ouvrage classique de Palmer Robertson20 remonte à 1980 mais, au moment de la préparation de cette recension, semble ne toujours pas avoir été traduit en français.

  1. Voir notre article « Une confession belge, étalon de la foi », Le Maillon spécial Réforme 2017, p. 22-23.
  2. P. 49.  Pour expliquer ces cas, il fait appel à un « pluriel d’intensité » qui conviendrait au fait que l’histoire du salut englobe plusieurs dispensations.
  3. P. 13, 39, 41, 201-203, 241.
  4. P. 179 ; cf. p. 230.
  5. P. 200.
  6. P. 202.
  7. P. 203.
  8. P. 236.
  9. P. 242.
  10. Dès la page 13.
  11. D’autres adeptes d’une seule alliance de grâce (Walter Kaiser [Toward an Old Testament Theology, Grand Rapids, Zondervan, 1978, p. 111], Palmer Robertson [The Christ of the Covenants, Phillipsburg (New Jersey), Presbyterian and Reformed, 1980, p. 175, n. 7]) imposent la structure de la nouvelle alliance à l’ancienne alliance. Une telle démarche donne lieu au même effet en ce qui concerne le nivèlement des contours de l’histoire du salut mais est nettement moins grave au plan dogmatique. En réalité, tout théologien réformé/presbytérien, du fait de privilégier excessivement la continuité au travers des Ecritures, est obligé de permettre à la nouvelle alliance de faire de l’ombre à l’ancienne ou vice-versa. L’option prônée par Stam va plus aisément de pair avec le baptême des nourrissons (cf. ses chapitres 19 et 20) – au prix, chez lui, d’aller dans le sens de la régénération par les œuvres (p. 225 : la promesse de Dieu concernant la régénération est valable à condition de faire « un usage adéquat et sincère » des « moyens de Dieu »). Nous insistons sur le fait que la régénération est « monergistique », l’œuvre de Dieu seul (Ep 2,1-10 ; Ph 1,29 ; Ep 2,8 ; Ac 11,18 ; Ac 14,27 ; Ac 5,31 ; Rm 4,20 ; 1 Co 4,7 ; Jn 15,5 ; 2 Tm 2,25 ; 2 P 1,1).
  12. P. 45.
  13. Il la qualifie également de « mosaïque » (p. 150).
  14. P. 148ss.
  15. P. 150.
  16. P. 217.
  17. P. 214.
  18. P. 231.
  19. Nous abondons dans son sens lorsqu’il affirme que la prière est « le thermomètre de la foi » (p. 248).
  20. The Christ of the Covenants, Phillipsburg [New Jersey], Presbyterian and Reformed, 1980, 308 p.