L’identité humaine (dir. M. RAZZANO)

Micaël RAZZANO, dir., L’identité humaine (Terre Nouvelle), Paris/Charols, Groupes Bibliques Universitaires/Excelsis, 2019, 228 p.

« …[P]lus que jamais la question se pose : qu’est-ce qui fait que l’être humain est unique ? » (p. 7). Face à l’intelligence artificielle, la technologie médicale et les théories psychologiques qui foisonnent, nous avons besoin de savoir comment réagir de façon biblique et convaincante. Le passé, tel que des liens entre les chrétiens et l’esclavagisme, ainsi que l’avenir nous posent des questions sur la nature humaine. L’identité humaine, sous la direction de Micaël Razzano, tente de nous donner quelques bases, tout en construisant des ponts entre les champs de recherche actuels dans nos universités et la vision biblique.

Depuis une dizaine d’années, les Groupes Bibliques Universitaires de France organisent des réseaux professionnels, ayant pour but de rassembler des évangéliques qui travaillent dans des domaines différents, cela afin de réfléchir aux questions qui leur sont pertinentes. Ce livre représente le fruit de deux d’entre eux, le Réseau des scientifiques évangéliques (RSE) et le Réseau évangélique des sciences humaines (RESH), qui ont travaillé la même thématique : l’identité humaine.

La gamme des sujets traités est vaste : la relation entre la science et la foi ; l’utilisation de la technologie au début et à la fin de la vie humaine ; le fonctionnement de nos cerveaux et les implications pour l’identité humaine et notre vision de l’intelligence artificielle ; le sens de personne dans la théologie trinitaire et christologique ; une déconstruction des visions du monde des religions différentes ; le rapport du christianisme à l’esclavage ; et la construction de l’identité d’une personne selon les théories dominantes dans la psychologie. Le tout est lancé par une réflexion de Lydia Jaeger sur le Psaume 8 et conclu par Micaël Razzano avec le Psaume 139.

Nous avons particulièrement apprécié le chapitre sur les « Questions de vie et de mort » de John Wyatt. Il souligne la schizophrénie qu’implique notre utilisation de la technologie pour, d’un côté, assister à la procréation, et pour, d’un autre côté, mettre fin à la vie. Face à la philosophie qui envisage le corps humain comme une simple machine biologique, Wyatt nous rappelle que, créé à l’image de Dieu, « le sens de notre vie se situe en dehors de nous… » (p. 62). Face à la technologie qui semble permettre de résoudre nos problèmes les plus fondamentaux, il nous rappelle que « Nous sommes faits pour être des créatures physiques, dépendantes, fragiles et vulnérables… Pourtant… notre Créateur se souvient de notre nature fragile » (Ps 103.14, p. 63). Le lecteur intéressé aurait raison d’acheter le livre rien que pour ce chapitre, avant de poursuivre avec son ouvrage plus complet : Questions de vie et de mort, publié par Excelsis.

Lydia Jaeger nous fournit une excellente, bien que trop brève, étude de l’humanité centrée sur Christ : « si l’humanité trouve sa plus haute expression en Jésus-Christ, celui qui veut comprendre l’identité humaine doit aller à sa rencontre » (p. 107). Elle poursuit afin de montrer comment la compréhension de personne dans la définition de nos doctrines de la Trinité et des deux natures du Christ nous équipe aujourd’hui pour bien comprendre l’identité de la personne humaine : « La distinction entre la personne et ses propriétés, que la théologie patristique nous a apprise, se révèle particulièrement cruciale au début et à la fin de la vie humaine » (p. 136).

Stéphanie Clarke nous émerveille devant la complexité du cerveau humain. Wulfram Gerstner explique de façon lucide les avancées en matière d’intelligence artificielle tout en montrant la différence entre une machine qui apprend et une personne qui vit en relation avec autrui. Catherine Audéoud nous fournit un résumé franc et honnête sur l’histoire des relations entre les chrétiens et l’esclavage.  Le lecteur est souvent frustré de ne pas avoir les auteurs en face : soit pour demander des clarifications, soit pour pousser la réflexion plus loin. Pourtant, une telle compilation d’articles nécessite la concision. De la même façon, le lecteur pourrait être surpris que le livre ne comporte pas de réflexions par rapport à l’identité sexuelle, mais il lui serait alors conseillé de bénéficier d’un livre de la même série : Le genre : destin, construction, vocation ?, sous la direction de David Brown. Nous aurions été intéressé par une réflexion sur les effets du péché sur l’identité humaine, compte tenu surtout de la psychologie humaniste qui nous semble omniprésente.

Si nous lecteurs ne souffrons pas encore de vertiges, ce sera sûrement le cas en lisant cet ouvrage : nous y apercevons quelques merveilles de la création de Dieu, mais le contenu reste très technique. Néanmoins, nous pouvons être reconnaissants pour ce livre et le travail des réseaux professionnels qui cherchent à encourager une réflexion biblique chez les chrétiens qui travaillent dans ces domaines et également à équiper l’Église.