Petit guide pour apprentis théologiens (K. M. KAPIC)

Kelly M. KAPIC, Petit guide pour apprentis théologiens, tr. de l’anglais (A Little Book for New Theologians, 2012) par Jean-Philippe BRU, Charols/Aix-en-Provence, Excelsis/Kerygma, 2019, 141 p.

L’idée-clé de ce livre est que notre façon d’étudier la théologie est importante.  L’auteur a le souci qu’on évite ce genre de clivage artificiel en matière d’études théologiques : « entre le domaine académique et l’Eglise, entre la théologie et la vie, entre la vérité et l’amour » (p. 5).  Le livre est rempli de principes, de dictons et d’astuces utiles concernant la théologie.  Je mettrai en avant plusieurs de ces principes dans le cadre de cette recension.

Dans la première partie, « Pourquoi étudier la théologie ? », l’auteur explique que la question n’est pas de savoir si nous allons faire de la théologie ou pas, mais si nous allons faire de la bonne théologie ! « Lorsqu’on parle de Dieu, on fait de la théologie. Le terme ‟théologie” signifie parole (logos) sur Dieu (theos). Par conséquent, toute personne qui parle de Dieu, qu’elle ait ou non suivi des études supérieures, fait de la théologie » (p. 12). En faisant de la théologie, nous sommes invités à « penser les pensées de Dieu après lui1 » (p. 25).

Mais pouvons-nous vraiment connaître Dieu ? L’auteur nous rappelle que notre connaissance de Dieu est limitée par deux facteurs, « notre finitude et notre péché » (p. 28). Malgré ces deux facteurs, par la grâce de Dieu, « nous pouvons avoir une vraie connaissance de Dieu, même si c’est une connaissance incomplète2 » (p. 28).

Dans la deuxième partie, l’auteur présente sept « caractéristiques d’une théologie fidèle » :

  • « La vie et la théologie sont inséparables » (ch. 4) : « La sainteté est essentielle à une juste connaissance des choses divines et la meilleure garantie contre l’erreur3» (p. 43-44).
  • « La raison fidèle » (ch. 5) : « Nous devons admettre dans notre réflexion sur Dieu que notre raison ne fonctionne correctement qu’associée à notre foi. La raison sans la foi est vide, tout comme la foi sans la raison peut être aveugle et conduire à l’idolâtrie » (p. 55).
  • « La prière et l’étude » (ch. 6) : « Parfois on entend dire que dix minutes à genoux donnent une connaissance de Dieu plus vraie, plus profonde et plus efficace que dix heures dans les livres. Mais ne peut-on pas passer dix heures dans les livres tout en étant à genoux ? Pourquoi devriez-vous vous détourner de Dieu quand vous vous tournez vers vos livres, ou vous détourner de vos livres afin de vous tourner vers Dieu ?4 » (p. 69).
  • « L’humilité et la repentance » (ch. 7) : « Un bon théologien travaille dans l’humilité et la repentance parce qu’il n’y a aucune autre posture à avoir – nous venons comme des adorateurs avec le cœur ouvert et les mains levées. Nous remercions Dieu pour son Fils et son Esprit, et nous le louons de ce qu’il s’est fidèlement révélé à son peuple » (p. 78-79).
  • La compassion pour les autres (ch. 8) : « La connaissance de Dieu va de pair avec une compassion pour ceux qui sont vulnérables » (p. 86).
  • Notre regard pour la communauté et la tradition (ch. 9) : « Les partenaires de conversation les plus importants pour le théologien viennent de l’Eglise historique et de l’Eglise locale » (p. 100). « La communauté de l’Eglise – passée et présente – se tient toujours sous la Parole de Dieu. Malgré tout, si notre théologie est en désaccord avec la théologie historique et celle de nos communautés actuelles, nous sommes sur un terrain glissant » (p. 110).
  • Notre « amour de l’Ecriture » (ch. 10) : « …[P]uisque Dieu se fait connaître par sa Parole, nous devons cultiver un amour et une dépendance envers les textes saints5 » (p. 120).

A titre de conclusion, Kapic affirme que « [d]ans sa forme la plus fondamentale, la théologie chrétienne est une réponse active à la révélation de Dieu en Jésus-Christ, par laquelle le croyant, dans la puissance du Saint-Esprit, soumis aux témoignages des prophètes et des apôtres tels qu’ils sont consignés dans les Ecritures et en communion avec les saints, lutte avec et se repose dans les mystères de Dieu, son œuvre et son monde6 » (p. 126).

Malgré le titre du livre, certains des concepts sont peut-être plus adaptés à des personnes ayant déjà fait quelques années d’études de théologie. Par ailleurs, le chapitre sur la compassion pour les autres aurait pu être complété par un chapitre sur la mission et la volonté de proclamer à un monde perdu la théologie que nous apprenons dans la Bible.

Mais j’ai apprécié beaucoup d’éléments de ce livre et notamment la mise en garde contre un faux clivage entre les études de théologie et une relation vivante avec Dieu. Que Dieu nous donne, à nous tous, que nous entreprenions ou pas des études formelles en théologie, de devenir des théologiens de plus en plus fidèles à la Parole et ainsi de grandir dans notre piété et dans notre désir de servir Dieu et les autres.

  1. Il cite à ce titre Herman BAVINCK, Reformed Dogmatics: Prolegomena, tr. J. VRIEND, Grand Rapids, Baker Academic, p. 44.
  2. Ici, l’auteur attire notre attention sur la distinction historique entre la connaissance archétypale (la connaissance que Dieu a de lui-même, qui est parfaite) et la connaissance ectypale (la connaissance que nous avons de lui grâce à sa révélation dans la Bible, une connaissance indirecte et incomplète quoique vraie), p. 28-29.
  3. Il s’agit d’une citation de Charles HODGE, « Lecture to Theological Students », dans Mark A. NOLL, dir., The Princeton Theology, Grand Rapids, Baker Academic, 2001, p. 112.
  4. Il s’agit d’une citation de B. B. WARFIELD, « The Religious Life of Theological Students », dans John E. MEETER, dir.., Selected Shorter Writings of Benjamin B. Warfield, Nutley, Presbyterian & Reformed, 1970, vol. 1, p. 412.
  5. C’est lui qui souligne.
  6. C’est lui qui souligne.